Il est régulièrement primé comme l’un des plus beaux trains au monde. Embarquement à bord du Rocky Mountaineer pour une croisière ferroviaire hors du commun, de Vancouver à Jasper, au cœur de paysages à couper le souffle. Une déconnexion en cinémascope.
Texte Delphine Cadilhac
Il est 8 heures sur le quai de Vancouver. Une cornemuse annonce l’imminence du départ pour une expérience inouïe entre Colombie-Britannique et Alberta. En 2025, le train de luxe Rocky Mountaineer a fêté ses 35 ans de circulation dans le spectaculaire décor des Rocheuses canadiennes. Il propose trois itinéraires sur des voies ferrées riches de 125 ans d’histoire : un hommage aux traversées d’antan dans le confort de l’un des meilleurs trains au monde. Sur près de 900 kilomètres, deux jours et deux fuseaux horaires, le parcours « Voyage à travers les nuages » promet une immersion unique dans d’immenses territoires sauvages et contrastés. Contemplation et rythme lent colorent cette croisière pensée pour profiter de la lumière et des panoramas : le train ne circulant que de jour, les voyageurs passent la nuit dans une ville-étape.
À bord, deux classes de voitures panoramiques : SilverLeaf, avec un seul niveau, de larges fenêtres et les repas servis au siège ; GoldLeaf, la version premium sur deux niveaux, avec restaurant gastronomique en bas, sièges grand confort sous un toit-dôme entièrement vitré en haut, et une plateforme extérieure pour se sentir au plus près des somptueux paysages. À commencer par le pittoresque fleuve Fraser, le long duquel s’étire le train depuis Vancouver, veine nourricière des Premières Nations et royaume des saumons du Pacifique : près de 10 millions remontent chaque année ses affluents. La Ruée vers l’or sur ses rives en 1858 l’a hissé dans l’Histoire.
Alliant hospitalité canadienne chaleureuse et parfaite connaissance des régions parcourues, l’équipe de bord rythme le trajet de repères historiques et géographiques, signalant quand rejoindre la plateforme extérieure pour ne pas manquer les photos clés. Tyler D’Souza, l’un de ses membres, souligne que « sans pratiquement aucun réseau à bord, il faut maintenir l’attention et divertir les voyageurs avec des anecdotes aussi riches qu’insolites. Les inviter aussi à ouvrir l’œil, tant la faune et la flore abondent ».
Au déjeuner, nappe blanche et vaisselle soignée subliment les recettes bistronomiques et locavores du chef, inspiré par les terroirs traversés, pendant que les reliefs se succèdent : le Fraser Canyon aux parois abruptes et rapides dangereux, Hells Gate, où le fleuve s’étrangle et rugit. Puis surgit le Rainbow Canyon, palette d’ocres et de rouges entre vallées arides, lacs et cheminées de fée, avant la confluence avec le bleu profond de la rivière Thompson et du lac Kamloops. La ville décontractée du même nom signe la fin de cette première journée. Une logistique invisible affranchit de toute contrainte : les clés de l’hôtel sont remises dans le train, les bagages acheminés à part déjà déposés en chambre, le check-out très simplifié.





À l’aube le lendemain, en direction de l’Alberta, l’appel des sommets se fait sentir : le train fend des forêts de conifères géants, l’air se rafraîchit, la silhouette des « Rockies » capte le regard. Les Pyramid Falls, chutes spectaculaires visibles seulement depuis la voie, jaillissent près des rails. Puis, coiffé de neige éternelle, surgit enfin le mont Robson (3 954 mètres d’altitude), plus haut sommet des Rocheuses canadiennes, au cœur du parc provincial éponyme classé Unesco. Les passagers retiennent leur souffle… Le col de Yellowhead marque l’entrée en Alberta. Il faut avancer sa montre d’une heure alors que les rivières translucides serpentent entre vallées et forêts jadis empruntées par trappeurs et peuples autochtones. Moose Lake étale alors ses eaux bleu-vert glaciaires d’une beauté hypnotique. L’orignal (élan), qui lui a donné son nom (moose en anglais), rôde parfois en lisière. L’équipage déroule un petit bestiaire du parc national de Jasper alors traversé : ours noirs, mouflons d’Amérique, grizzlis, wapitis, castors du Canada, cerfs de Virginie, loups…
Le voyage s’achève à Jasper, où restent visibles les traces du gigantesque incendie de juillet 2024 qui a détruit des centaines d’hectares du parc national. Mais la nature reprend déjà ses droits et la résilience de la ville force l’admiration. Son environnement est époustouflant et mérite qu’on s’y attarde quelques jours pour prolonger l’émerveillement né à bord du Rocky Mountaineer.




Où dormir ?
À Kamloops : entièrement rénové il y a quelques années, le Delta Hotel by Marriott Kamloops jouit d’une position idéale à quelques pas du cœur de ville. 151 chambres et suites contemporaines, une table valorisant les produits locaux, une piscine extérieure chauffée et un jacuzzi en rooftop.
Dans le parc national de Jasper : hôtel emblématique, sur les rives du lac glaciaire Beauvert (ainsi nommé en hommage à l’éclat émeraude de ses eaux), le Fairmont Jasper Park Lodge a été ouvert en 1922 par la compagnie ferroviaire Canadian National Railway. Ses lodges en bois et pierre tournés vers le lac et cernés par la forêt composent un refuge nature haut de gamme, typiquement canadien. Plusieurs tables, un très grand spa, une piscine extérieure chauffée et un parcours de golf réputé, avec les montagnes autour.

Carnet pratique
« Journey Through the Clouds » (de Vancouver à Jasper), d’avril à octobre, 2 jours/1 nuit. Inclus : 2 petits déjeuners et 2 déjeuners à bord, boissons (avec et sans alcool), collations, prise en charge des bagages, transferts et 1 nuit à Kamloops, à partir de 1 496 €/personne.
En savoir plus :
rockymountaineer.com – lecanadanaturellement.fr
À lire : En train au Canada, 26 itinéraires sur les rails (Voyages Gallimard). Les plus beaux trajets ferroviaires, des Rocheuses au Grand Nord, avec des pages thématiques sur les cultures autochtones, parcs naturels et villes à découvrir avant ou après le voyage en train.
Article paru dans le numéro 144 d’Hôtel & Lodge.



