Elles résistent contre vents et marées aux bouleversements sociétaux, aux crises économiques, politiques, ces échappées belles qui ponctuent le calendrier. Véritables respirations, retrouvailles avec soi-même, ses amis, sa famille. On en rêve, on les peaufine. Et en fonction de ses envies, de son budget, de son état d’esprit, on choisit l’hôtel, promesse de félicité, de dépaysement, de découvertes.
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû, Céline Baussay, Delphine Cadilhac et Jean-Pascal Grosso
Il y a peu de temps encore, dans les entreprises où l’habit faisait le moine, la hiérarchie admettait que la veille du week-end, le vendredi, femmes et hommes adoptent le « casual Friday », tenue décontractée pour filer à l’anglaise vers d’autres horizons, leur journée terminée. Une coutume américaine, qui avec le télétravail a pris du plomb dans l’aile. En revanche, le week-end reste le sujet principal des conversations du vendredi en « présentiel » ou en virtuel. Et les échanges de bons plans, des itinéraires les plus fluides, des vols les plus agréables et si possible les moins chers, des destinations et des hôtels en vogue vont bon train. Histoire de mettre toutes les chances de son côté pour réussir à 100 % ces courtes parenthèses. Les hôteliers, sensibles à cet enjeu, multiplient les offres alléchantes, les expériences pouvant s’inscrire dans un planning serré, et peaufinent l’accueil des « week-endistes ». À travers les dix nouvelles adresses testées pour ce dossier spécial, nous l’affirmons haut et fort, l’imagination est au pouvoir.
La fantaisie, l’originalité prévalent, du Prince de Conti, théâtral 4-étoiles parisien, rive droite de la Seine, à l’esprit arty de Verneuil la douce, petit manoir du XIXe siècle en Normandie. Ou encore de l’hôtel Pantoufle dans la Drôme provençale, ode à la flemmardise, à la Maison Chiberta au Pays basque, propriété d’Annie Famose, championne olympique de ski en 1968, invitation à entretenir sa forme, entre le 18-trous proche et les déferlantes tout aussi proches.

L’hôtel, plaisir épicurien aussi à la Villa Pétrusse, élégante demeure Art déco où le chef Kim de Dood, longtemps bras droit de Paul Pairet (membre du jury de Top Chef) à l’Ultraviolet, 3-étoiles de Shanghai, dépoussière l’offre gastronomique luxembourgeoise. En la matière, le tout nouveau Carlton Milan, dixième établissement Rocco Forte, avec aux commandes des cuisines l’incroyable Fulvio Pierangelini, chef d’orchestre de tous les restaurants du groupe familial, cartonne.
Et si « week-end », mot anglais qui n’a pas son équivalent en français, se conjuguait dans les Cotswolds, campagne aux villages couleur miel, à moins de deux heures de West London… Un peu l’équivalent du Perche, en plus chic, plus snob, avec ses cottages fleuris, ses vieux manoirs et ses fermes. Sarah Ramsbottom et Paul Baker viennent d’ouvrir Hyll. Pas de piscine, pas de spa, pas de salle de fitness. Juste en évidence, dans les chambres, deux brochures qui donnent le ton : « Ne rien faire » et « Faire quelque chose ». Deux façons d’imaginer et vivre ses week-ends, où que ce soit. De profiter de ces escapades hôtelières pour déchiffrer les dunes et leur écosystème, visiter des musées et des expositions insolites, des manufactures résistant au temps, un vieux village, une table originale, et même parcourir sous terre des kilomètres de casemates classées au patrimoine de l’Unesco. En piste !
01 – VERNEUIL LA DOUCE
Eure
On le dirait échappé d’un conte de fées, ce manoir du XIXe siècle typiquement normand… Son seuil franchi, l’illusion se poursuit entre fresques et farandoles de mots poétiques. Cadre 4-étoiles pour échappée belle.

Samedi, jour de marché sur la place de Verneuil d’Avre et d’Iton, dominée par l’église de la Madeleine du XIIe siècle, que le peintre Maurice de Vlaminck percevait comme une « énorme et gracieuse fleur de pierre ». Un des joyaux de cette ville médiévale fondée en 1120 par le fils de Guillaume le Conquérant. Depuis le Covid, nombre de ses maisons dites de caractère ont été achetées par des Parisiens. « Ça nous a bien bousculés, confie Christine, l’une des habitantes. Les stands de traiteurs, les denrées de luxe se sont multipliés, et les prix ont grimpé. Du homard, en novembre, à 59 € le kilo, c’est l’effet parisien. »
À une heure de Paris depuis la gare Saint-Lazare, 1 h 30 environ en voiture, le gros bourg, planté dans une campagne verdoyante flirtant avec le Perche, mérite qu’on le visite de long en large. Et a charmé Camille Omerin, 37 ans, à la recherche d’un lieu pour créer son premier hôtel. Après avoir lancé Maison Père, marque de mode, elle se consacre désormais à la décoration. Première réalisation, Verneuil la douce, base line « Demeure d’art », en lieu et place du Clos, l’un des plus anciens établissements estampillés Relais & Châteaux : « J’ai pris le risque d’imaginer, en toute liberté, un autre univers, le mien, et donc de le rebaptiser. » Camille s’improvise architecte d’intérieur, entourée d’artisans et d’artistes. Ségolène Derudder, illustratrice et muraliste, diplômée de Penninghen, école renommée en arts graphiques et architecture, répond présente, d’emblée. Ses fresques s’emparent, sans retenue, des plafonds, des murs du lobby, du grand salon, du restaurant et des suites. On aime ou pas son interprétation libre de scènes mythologiques, soulignées de phrases glanées dans des recueils de poésie par Camille.


En s’attablant à Patiné, restaurant gastronomique de Cyril Coutin, on rentre en scène, prêt à interpréter son rôle de convive. Mots en écriture cursive au-dessus des voûtes, rimes traduites de George Buchanan, historien écossais du XVIe siècle, poète à ses heures, fresque au plafond, menus glissés entre les pages de romans de Gallimard… tel celui posé sur notre table, La Collision de Paul Gasnier. Cette théâtralisation distrait de la carte avant qu’elle capte le regard. Une carte saisonnière, fleurant bon la Normandie, où l’oreiller de la Belle-Aurore forme un duo équilibré avec le turbot poêlé, et le plateau de fromages, parfaitement affinés, région laitière oblige, précède la pomme et son sorbet au cidre.

Ces agapes conclues, faute de se préparer au sommeil au Spa des Songes n’ouvrant qu’au printemps, on traîne au salon, hésitant entre une tisane du jardin et un doigt de calva… avant de regagner sa suite familiale où deux adorables lits gigognes encastrés dans une niche incitent les enfants au chahut, tandis qu’au-dessus du lit parental, une fresque, un rien coquine, interpelle ses occupants.
Les aiguilles de la Risle
Bohin, Entreprise du patrimoine vivant, est la seule en France à fabriquer, depuis 190 ans, des aiguilles et des épingles de couture exportées dans 40 pays. Son outillage : des machines anciennes. Visite du 30 mars au 30 octobre 2026 des ateliers de production, mais aussi du Grand musée contemporain évoquant le passé métallurgique de la vallée de la Risle et expositions temporaires consacrées aux travaux de haute couture. À Saint-Sulpice-sur-Risle, à 15 minutes de Verneuil.
02 – LA PARTICULIERE
Calvados
Huit chambres, c’est peu, mais huit chambres de caractère, c’est formidable, pour découvrir à Caen les merveilles historiques épargnées par les bombardements de 1944, se balader sur les plages proches et les campagnes au long cours de l’Orne.

Reconstruite dans l’urgence, à la va-vite, après la Seconde Guerre mondiale, Caen, capitale de la Basse-Normandie, avant qu’administrativement le terme disparaisse, ne retient guère le flot des touristes, filant vers les plages du Débarquement entre Ouistreham et Colleville-sur-Mer, le Bessin et la cathédrale de Bayeux, le Bocage et la Suisse normande sculptée par l’Orne courant se jeter dans la Manche. La plupart des visiteurs passent, au mieux, une demi-journée entre l’abbaye aux Dames, l’abbaye aux Hommes, le château fort de Guillaume le Conquérant et le Mémorial, centre culturel dit de la Paix. Caen mérite mieux. Cet hôtel de caractère marque peut-être l’amorce d’une ère nouvelle, espérant que d’autres suivront le mouvement, la ville manquant de jolis hôtels.
Ils sont trois, Hélène, Charles-Antoine et Paul-Henri, à l’initiative de ce projet adults only. « Nous savons qu’en France ce parti pris interpelle, mais notre maison ne se prête pas à la réception des bébés et des enfants de moins de 14 ans », expliquent les propriétaires, ajoutant : « Notre priorité, permettre de vivre, en centre-ville, une expérience authentique dans une demeure du XVIIe siècle, jouxtant le couvent des Cordeliers, monastère franciscain au XIIIe siècle, partiellement détruit en 1944, et dont ne subsiste qu’une partie de la chapelle et des bâtiments conventuels. »


Franchir les battants en bois massif de La Particulière, c’est pénétrer dans la Normandie opulente, aristocratique, discrète, des seigneurs prêts à défendre leur territoire et leur foi. « L’essentiel était de retranscrire cette époque avec l’aide d’artisans chevronnés, de restaurer les poutres, les murs en pierre de Caen, de restructurer l’espace avec nuance pour créer notre boutique-hôtel. » Huit chambres, dont les tissus, les objets, dessinent des univers différents, deux salons, un bar à cocktails et un patio jardin regardant la chapelle de la Miséricorde, se partagent les étages, sans heurter l’œil esthète. Avec naturel et une signature très française : linge de maison, étoffes d’éditeurs, produits Clarins. Et bien sûr, au bar, quelques calvados millésimés.
Musée des Beaux-Arts, le grand écart
À l’intérieur des remparts du château, ceint d’un jardin de sculptures, ce musée possède la plus belle collection européenne de peintures du XVIe au XXe siècle. Et une salle dédiée au cubisme, en partenariat avec le Frac de Normandie. Avec en prime, ateliers, stages, activités, tous publics.
03 – HÔTEL PRINCE DE CONTI
Paris
Joyeux, baroque, entre œuvres d’art du XVIIe siècle, couleurs flamboyantes et bosquets verdoyants, l’hôtel particulier du mécène de Molière évoque les fêtes galantes, les pièces de théâtre qui se jouaient des travers des hauts personnages.

Alexandra et Julie Marang, les deux sœurs désormais à la tête de la collection hôtelière Paristory, rêvaient de posséder un établissement dans le vieux quartier historique de la Rive gauche. Elles l’ont déniché en traversant la Seine via le pont Neuf, rue Guénégaud. Une demeure particulière du siècle du Roi-Soleil, avec ses bosquets redessinés et plantés d’essences pérennes par Caroline Vandervort. Une poignée des 23 chambres ouvre sur ces espaces disposant au cœur de Paris d’un coin de verdure. À quelques pas du premier théâtre de Molière dont le prince de Conti fut l’un des mécènes. Ressusciter l’esprit de l’époque, des lieux et de ses personnages, tel est le but, pour transporter les hôtes dans ce Paris courtisan, avant qu’il ne file à Versailles.


Avec Eric Allart, architecte d’intérieur, designer mais aussi antiquaire, les sœurs Marang s’en donnèrent à cœur joie, jonglant entre ambiance baroque, celle de ce siècle qui aimait tout sauf la sobriété, et une collection d’œuvres d’art. En un an, Eric Allart parvint à réunir une vingtaine de pièces certifiées, glanées sur les sites d’enchères en ligne, dans les galeries et les maisons de vente. Fier, entre autres, de son petit portrait de Molière du XVIIe siècle et du testament du prince de Conti acheté en Allemagne. Heureux d’avoir accroché dans le lobby le portrait de la duchesse Suzanne de Navailles, dame d’honneur de Marie-Thérèse d’Autriche, reine de France et de Navarre. Charmé par ladite dame, le roi força ses appartements. Elle sut le tenir à distance. Le lendemain, le roi trouva porte verrouillée. Ce qui valut à la duchesse dix ans de bannissement sur ses terres. Ainsi, en escaladant les étages, d’une pièce à l’autre, d’un tissu Pierre Frey à une photo style XVIIIe siècle du fleuriste photographe Harald Altmaier, l’histoire de Paris se raconte. « Cela vous étonne, si je vous confie que les Américains raffolent déjà du lieu. Aimant occuper, dans les étages supérieurs, les chambres avec vue sur la coupole de l’Institut de France et celles qui, ouvrant sur un même palier, peuvent, portes closes, composer un appartement privé, précise Julie Marang, propriétaire associée. Pratique pour les familles, de plus en plus nombreuses, à voyager, enfants, parents, et grands-parents. »
04 – PANTOUFLE
Drôme provençale
En reprenant sur la place de Marsanne, son village, l’ancien hôtel de France datant de 1905, Jeanne Jouvet décide de mettre tous les atouts de son côté pour ouvrir, à l’année, les 17 chambres, classées par pointure. Le pied !

C’est une de ces petites communes perchées, où les siècles se lisent en parcourant ses ruelles, des ruines du château du ixe siècle à l’église romane de Saint-Félix. Un village vivant, avec ses marchés de producteurs, sa poignée de commerces. Un village entouré de forêts, départ de chemins de randonnées cyclables, équestres et pédestres. Avec non loin, Grignan et les vignobles de la vallée du Rhône.


Jeanne, mesurant les charmes de sa commune, désolée de constater que le vieil hôtel, un temps conserverie avant d’être repris par des Parisiens, n’a pas trouvé sa vitesse de croisière, tente sa chance. Pour recréer du lien social, attirer les visiteurs, nombreux dans la région, à séjourner à Marsanne. Formée à l’Institut Bocuse, Jeanne se lance. La tendance « slow life », le calme et la sérénité de Marsanne lui inspirent le nom Pantoufle, et la philosophie : inciter à la flânerie, la flemmardise, à prendre son temps. Un concept qu’elle traduit avec les architectes décorateurs Luc et Laëtitia Boulant, choisissant des matières naturelles, des objets vintage, des pièces design d’éditeurs et dans les chambres, des produits de courtoisie Terre de Mars, français, vegan, bio, en adéquation avec l’esprit Pantoufle. Reste pour que son 4-étoiles vive toute l’année, entre sa piscine, son espace fitness, à imaginer des retraites bien-être orchestrées par des spécialistes du yoga, de la méditation, invités en résidence, des week-ends à thème. Et de proposer avec le chef Quentin une carte savoureuse, joyeuse, changeant tous les trimestres, une carte très « maison de campagne » pour reprendre son expression. « L’enthousiasme de mes premiers hôtes, certains ont déjà retenu leur prochain séjour, m’incite à poursuivre plus avant, à imaginer une vraie collection de demeures campagnardes, dans de vieilles bâtisses. Histoire de sauvegarder le patrimoine, histoire à 28 ans de ne pas pantoufler », s’amuse Jeanne, très déterminée.
De vignes en truffières
Faire le plein de vins et de truffes au Domaine de Montine, près de Grignan, dans la vallée du Rhône… À 25 minutes en voiture de Pantoufle, les Monteillet produisent de belles appellations du sud de la vallée du Rhône dont nombre à base de marsanne, cépage blanc. Mélina et Camille Monteillet, quatrième génération à la tête du vignoble, élèvent leurs vins en biodynamie, organisent des visites du vignoble et des installations. Et la vente, sur place, de leurs vins, mais aussi de truffes.
05 – MAISON CHIBERTA
Pays basque
Construit en 1930, l’hôtel de Chiberta et du Golf, à Anglet, méritait un sérieux « ripolinage ». Mission accomplie avec flamboyance, entre architecture olé olé et cuisine tout feu, tout flamme, du très médiatique chef Juan Arbelaez.

Si elle a raccroché ses bâtons de ski, Annie Famose, médaillée lors des JO d’hiver 1968, continue de décrocher des étoiles, désormais hôtelières et épicuriennes. Dernier 4-étoiles entré dans sa collection, Maison Chiberta. Un nom qui traduit exactement son positionnement : celui d’une grande maison de vacances, sans chichi, sans prétention, de 58 chambres. Une maison ouverte toute l’année, entre golf 18 trous, lac, pinède et plage. Situation privilégiée pour s’échapper aussi bien en février qu’en septembre, en mars qu’en novembre, pour qui souhaite éviter la foule estivale.


Rénové en quelques mois par l’atelier Gardera & Pastre, bien implanté dans le Sud-Ouest, le vieil hôtel défraîchi assume sa nouvelle identité hispanisante entre ses sols en terre cuite, ses objets artisanaux, chinés de l’autre côté de la frontière, ses couleurs ocre, bronze, mandarine et sa table du chef colombien Juan Arbelaez, maître ès braises. Ciel bleu, on file au golf ou contempler de plus près l’océan, voire le braver sur une planche de surf. Ciel grisonnant, direction le spa L:a Bruket, marque bio suédoise, pour cultiver sa forme, entre massages, piscine intérieure, sauna, hammam, studio fitness Technogym, ouvert jour et nuit. Envie de ville, fièvre acheteuse, on s’offre une escapade à Biarritz, moins de 4 kilomètres, à pied ou à bicyclette pour les plus sportifs. Avant de rentrer à la Maison, pour, au bar, savourer un cocktail signature, Basilswing, Pinafizz ou Maverick, accompagné de quelques tapas, empanadas, tiropita, piquillos. Histoire de se dépayser.
La maison de l’environnement
Rouverte en novembre après avoir été détruite par un incendie, il y a cinq ans, avec son architecture basse, élégante, c’est une belle entrée en matière au parc d’Izadia, 15 hectares dunaires d’une diversité incroyable. Visites guidées ou non, kit d’apprenti naturaliste pour les enfants, expositions, ateliers, photos. Pour tout savoir sur la faune, la flore, le passé et le devenir du littoral, mais surtout le parcourir en connaissance de cause.
06 – VILLA PÉTRUSSE
Luxembourg
Une villa bourgeoise, construite au XIXe siècle en surplomb d’une rivière, la Pétrusse. Abandonnée pendant des années. Et qui, magnifiée par Tristan Auer, architecte amoureux des belles demeures patrimoniales, affiche cinq étoiles.

C’était la mode en 1880 d’asseoir sa réussite en construisant, non loin du pont Adolphe enjambant la Pétrusse, une villa cossue. Henri-Eugène de Kerckhoff, riche négociant en tissu, succomba à la tentation, chargeant Pierre Kemp, architecte en vogue du chantier, et édouard André, paysagiste reconnu, celui du parc des Buttes-Chaumont à Paris, de lui aménager un jardin romantique au-dessus de la rivière. Deux ans de travaux rondement menés, et en 1882 la famille de Kerckhoff emménage. Position sociale affirmée. Au décès du père de famille, Albert, fils aîné, hérite du bien. Quand il décède, jeune, son épouse convole avec le docteur Baldauff qui, sans complexe, donne son nom à la propriété. Ainsi, les descendants du médecin se transmettent la Villa Baldauff de génération en génération. En 1986, elle rentre même, pour son architecture caractéristique de la fin du XIXe siècle, à l’inventaire supplémentaire des monuments classés.


Drame, en 2010, les volets se ferment. La villa sombre dans l’oubli. Sept ans plus tard, La Luxembourgeoise, compagnie foncière, la rachète avec l’intention d’y ouvrir un hôtel, le plus chic de Luxembourg. « Mon premier contact visuel avec cette propriété et son jardin abandonnés, non entretenus, m’a bouleversé, explique Tristan Auer, architecte appréhendé pour redonner vie à l’ensemble. Comment pouvait-on laisser dans cet état une maison de famille bourrée de souvenirs visibles et lisibles encore dans certaines pièces ? Les paroles de la chanson de Bénabar “Quatre murs et un toit” m’ont accompagné, me noyant de nostalgie à chaque visite… Un désastre et des dégâts importants. Il a fallu de très longs mois pour assainir les structures rongées par la mérule, mais aussi convaincre les architectes des bâtiments historiques du Luxembourg du bien-fondé des travaux, ce qui m’a laissé le temps de m’imprégner de l’histoire des lieux. Et aux autorités de classer, en 2018, l’ensemble des bâtiments au monument national. »

Avant de tracer la moindre esquisse, Tristan Auer, esthète, un rien dandy, recense tous les éléments encore en place : mobiliers, papiers peints à la main par Sosthène Weis d’origine, peintures utilisées au cours des années. Avec patience, il reconstitue le puzzle, retrouve des pièces disséminées, démontées, dont de superbes lustres que montrent les vieilles photos : « La Villa devenant hôtel, j’ai dû mener de front deux chantiers, l’un dans la demeure de maître avec ses codes, son existant à respecter, l’autre dans les communs avec davantage de liberté. »

Aujourd’hui, Villa Pétrusse, Relais & Châteaux 5-étoiles de 22 chambres et suites, c’est un peu deux hôtels en un. Dans la maison de maître donnant sur l’avenue et le parc de la ville, un style très Art déco avec les lustres, les œuvres d’art, les couleurs d’origine, dans les chambres, les salons, le bar, Le Lys, restaurant gastronomique du chef Kim de Dood venant du restaurant Ultraviolet, 3-étoiles du chef Paul Pairet à Shanghaï. Une atmosphère feutrée où les mots se chuchotent, les grands vins se dégustent dans un silence quasi religieux entre personnes de bonne compagnie, bijoutées, apprêtées. Et dans les dépendances, une ambiance plus contemporaine, plus joyeuse, une vue plus ouverte sur le parc, une cabine spa Susanne Kaufmann et Le Ciel, brasserie coiffée d’une verrière, ouverte 7 jours sur 7, dont la carte marie plats 100 % luxembourgeois et incontournables de la cuisine internationale. Mais surtout du mobilier, des objets créés sur mesure par Tristan Auer qui, tout en s’inspirant de son histoire, ancrent l’ex-villa Baldauff dans le XXIe siècle. Promesse d’un nouvel avenir, pied de nez à un destin contrarié.
Jouer les taupes
Enfin presque, en partant sous terre à la découverte des casemates du Bock, classées au patrimoine mondial de l’Unesco. 17 kilomètres de souterrains creusés au XVIIe siècle par les Espagnols occupant le pays et voulant se protéger d’une éventuelle attaque française. Ces tunnels rouverts après huit ans de travaux, larges, bien entretenus, ponctués par des scènes de sons et lumières, c’est une lecture d’une à deux heures de l’Histoire. En partant de la place de la Constitution en centre-ville, pour ressortir non loin de la Villa dans le parc de la Pétrusse. Le concierge de l’hôtel peut réserver les billets et organiser cette visite.
07 – THE CARLTON MILAN
Italie
Au cœur du quartier historique, cette nouvelle adresse de la collection Rocco Forte Hotels, la seconde à Milan, marie tout ce qui fait la magie de la ville lombarde : mode, design et goût de la sophistication.

Comme pour mieux fuir le brouhaha de la capitale économique italienne, le Carlton Milan se déploie en majesté derrière des grilles discrètes. Dans sa petite cour, les berlines entrent à pas lent. Jadis propriété du groupe Baglioni, l’hôtel, composé de deux immeubles, l’un du XIXe siècle, l’autre des années 1960, est entré dans le portefeuille de Rocco Forte, reprenant à son compte tout ce qui fait la singularité du groupe, en particulier la décoration signée Olga Polizzi et la gastronomie orchestrée par le chef Fulvio Pierangelini. Les travaux furent un vrai tour de force, s’étalant sur cinq ans.
Dans le hall, de longues colonnes, relookées bronze et noir, témoignent de ses trésors passés. Une courette au mur végétal et ses deux antiques statues de lion sont là, en clin d’œil aux racines britanniques de la famille Forte. Sous son dôme habillé de lumière, le Jardin d’hiver, abritant une table excellente, s’enivre de couleurs vert sauge et de plantes débordantes en suspension. Le style voyage ainsi, d’une élégance parsemée de touches singulières (un vase africain sur un table design au milieu du lobby), au fil de l’histoire, sur tous les continents. Le designer Paolo Moschino a brillamment œuvré avec son confrère Philip Vergeylen sous la direction artistique d’Olga Polizzi (sœur de Sir Rocco Forte, président du groupe), de tous les projets depuis plus de 25 ans. Il revient sur ce chantier majeur : « Nous voulions créer un sanctuaire de style, une galerie vivante qui rende hommage au patrimoine du design milanais. Ce projet nous a permis d’harmoniser architecture, art et mode pour offrir une expérience luxueuse unique. »


Dans les 71 chambres que compte l’hôtel, la plupart du mobilier a été réalisé sur mesure, sous l’inspiration des grands maîtres du XXe siècle. Ainsi, les têtes de lit des chambres empruntent aux créations intemporelles de l’Italien Paolo Buffa. Véritables étoffes verticales, les papiers peints rappellent les tissages emblématiques de l’Américaine Anni Albers. Au hasard de la visite de l’imposante suite Présidentielle se distingue une lampe dans l’esprit d’Alberto Giacometti. Le bal des tons et des couleurs, la richesse des objets et des matières sont absolument saisissants. Paolo Moschino conclut sur la diversité des audaces et des styles de ce lieu faussement sage : « Milan est incontestablement la capitale italienne de la mode et du design. Mais la véritable culture milanaise repose sur une sophistication extrême, la sobriété et le soin apporté à l’art de vivre comme à la décoration intérieure. C’est ce que nous souhaitions réaliser avec The Carlton. »
Mogo Milano, cuisine et musique
Inauguré en avril dans le quartier d’Isola, le Mogo Milano est un restaurant ultra-design et « hi-fi », comprenez avec un système audio de pointe, destiné à créer une atmosphère sonore exceptionnelle. Ici, les clients viennent autant pour manger (un burger au bœuf Wagyu, du chou braisé…) que pour l’expérience de l’écoute de la musique dans les meilleures conditions (un classique de Stevie Wonder, les expérimentations électro d’Aphex Twin…).
08 – JUMEIRAH MARSA AL ARAB
Dubaï
Nouveau vaisseau amiral du groupe émirati Jumeirah, ce resort redéfinit les standards de l’hôtellerie 5-étoiles à Dubaï avec une ambition claire : incarner l’hospitalité du futur et surprendre les voyageurs qui ont déjà tout vu.

Depuis mars 2025, le Marsa Al Arab parachève la trilogie nautique entamée par Jumeirah il y a près de trente ans avec le Jumeirah Beach Hotel, dessiné comme une vague, puis l’iconique Burj Al Arab, en forme de voile. Avec sa silhouette de superyacht, « il met à son tour en lumière l’héritage maritime de Dubaï, car tout a commencé ici avec le commerce par la mer », souligne Harun Dursun, son directeur général. Designé par l’architecte avant-gardiste Shaun Killa (Museum of the Future et le fameux Burj Al Arab), il se distingue par ses lignes horizontales fluides, ses terrasses filantes et sa proue tournée vers le golfe Arabique, le long d’une plage privée. Dernier repaire de l’ultra-luxe, il reflète, dit encore Harun Dursun, « l’hôtellerie du futur, personnalisée, connectée, où gastronomie, bien-être et souci du détail sont poussés au plus haut niveau ». Pour preuve, le spectaculaire lobby au mur couvert de 900 carreaux de céramique réalisés par Studio RAP, évoquant le mouvement perpétuel des vagues par le reflet lumineux d’une installation en cristal. Pas de check-in ici : un butler identifie immédiatement l’hôte à son arrivée (bluffant !) pour l’escorter dans le confort de sa chambre. Premières notes d’un service sur mesure d’excellence.


Contemporain, sans ostentation, le lieu aligne 300 chambres et 86 suites (et aussi 32 résidences et une marina privée) de 60 m² minimum, avec immense terrasse, au décor inspiré des bateaux Riva des années 1960 : boiseries laquées, marbre veiné, tapis en soie faits main, touches de laiton, cuir surpiqué, dans une palette sable et bleu.
Les suites, à la pointe du raffinement, dialoguent avec le Burj Al Arab, du lit comme de la baignoire-îlot derrière une large baie vitrée. Trois piscines – famille, adultes et dédiée aux clients des suites – bordées d’élégantes cabanas se fondent dans une végétation à la luxuriance asiatique. Onze tables – japonaise, méditerranéenne, grecque… – composent autant d’escales culinaires remarquablement abouties, avec une mention spéciale pour le Rialto, voyage vénitien très parfumé signé du chef Roberto Rispoli, dans une ambiance dolce vita des fifties. Mais le cœur vibrant du lieu est incontestablement The Fore, concept unique connectant, par des jeux de panneaux mouvants, quatre restaurants et un bar pour un petit déjeuner spectaculaire, offrant fruits de mer, sushis, comptoir indien, salon de viennoiseries, bar à fruits frais… Les 3 500 m² du Talise Spa déploient quant à eux une approche très pointue de la longévité : cryothérapie, chambres hyperbares d’oxygène, thérapies lumière… une rareté. Encore !
En avril à Art Dubai
La vingtième édition de Art Dubai, l’un des plus grands événements culturels de l’émirat, promet une programmation exceptionnelle tournée vers le futur de la création artistique. Du 17 au 19 avril 2026, elle réunira plus de 100 galeries internationales autour des scènes contemporaines, modernistes et numériques.
09 – HYLL
Angleterre
Qu’on ne s’y trompe pas, Hyll n’est pas un boutique-hôtel de plus dans les Cotswolds, la merveilleuse campagne anglaise, à 1 h 30 du centre de Londres. Ici, on réapprend à se mettre en mode pause.

Hyll réveille délicatement les murs endormis d’un manoir du XVIIe siècle à Charingworth, y logeant 8 chambres et 18 autres dans ses dépendances. Autour, un domaine de 24 hectares de bois, de prairies et de collines. D’ailleurs, « hyll » désigne en vieil anglais un lieu surélevé. Prendre de la hauteur, au sens figuré, c’est aussi l’objet d’un séjour dans ce lieu exquis et singulier. Aucune horloge en vue, téléphone éteint, ses hôtes deviennent les maîtres de leur programme. Ils sont invités à exprimer leurs envies d’oisiveté, relative ou totale, aidés dans leur choix par deux brochures illustrées, « Do something » (« Faire quelque chose ») et « Do nothing » (« Ne rien faire »). Quand certains partent explorer les environs, d’autres s’installent dans l’un des salons pour dévorer un livre ou jouer aux échecs, flânent autour des sculptures essaimées dans le parc, testent les séances de méditation guidées ou les bains sonores. Facile de se laisser porter par le sentiment de quiétude, de détente, lorsque la décoration intérieure elle-même adoucit le quotidien : lumières tamisées, couleurs terre, mobilier en bois patiné, rideaux en lin, lits de qualité premium… et que la cuisine servie sur place, locale, saine, simple et savoureuse, participe aussi de cette invitation au « slow living », à prendre son temps, l’esprit libre.

Un détour par Chipping Campden
À dix minutes de Hyll, ce village, avec ses cottages en pierre dorée, ses petites boutiques et ses pubs dans leur jus, incarne tout le charme des Cotswolds.
Article paru dans le numéro 144 d’Hôtel & Lodge.



