Marrakech, nouvelle ère : le city guide

Marrakech est une ville fascinante, à l’aura mystérieuse, au pouvoir d’attraction inégalé. À la fois fidèle à elle-même et toujours différente : gastronomie, art, bien-être, sport… Elle évolue aujourd’hui dans tous les registres. Renforçant ainsi son art de vivre teinté d’exotisme qui la rend encore plus attirante, pour un court séjour ou pour toujours.

Texte Céline Baussay et Florence Valencourt

Depuis cinq ans, Marrakech n’est plus tout à fait la même. Une dynamique est à l’œuvre, portée à la fois par la jeune génération qui choisit d’y revenir ou de s’y installer plutôt que de faire sa vie à l’étranger et par un nouveau genre d’expatriés, beaucoup plus intégrés dans l’écosystème marocain que ceux qui les ont précédés. Comme dans d’autres pays, le Covid a très certainement été un élément déclencheur, mais il prend peut-être ici encore plus d’ampleur qu’ailleurs. La transformation urbaine s’accélère, de nouveaux quartiers voient le jour, comme Sidi Ghanem, l’épicentre de la création, de l’artisanat, et la ville s’étend toujours plus sur le désert. Agafay devient une destination tendance à part entière, alors qu’au cœur de la cité, les boutique-hôtels côtoient les grandes chaînes et les palaces. 

Il y a d’abord eu la rénovation des souks, désormais bien plus accessibles, plus propres et abrités du soleil pour pouvoir en profiter toute la journée. De plus, l’atmosphère y est beaucoup plus plaisante qu’avant : les vendeurs ne harcèlent plus les clients et les petites boutiques de créateurs fleurissent aux côtés des boutiques traditionnelles. Les rooftops sont également de plus en plus exploités et mis en scène. Que ce soit dans la médina, Guéliz ou l’Hivernage, nombre d’entre eux proposent des ambiances cosy pour prendre un verre, dîner ou danser. Les restaurants – y compris hors des hôtels de luxe – ont également revu leur standing. Marrakech possède des lieux festifs (Kabana, Les Jardins du Lotus) qui accueillent des DJ sets le soir venu, mais aussi des restaurants végétariens (La famille) et même des coffee-shops (Cafe Clock). Les boîtes de nuit font toujours la renommée de la ville, l’esprit de la fête y est vibrant, mais toujours bon enfant. Les filles qui vivent ici n’hésitent plus à y aller en bande, ce qui n’était pas le cas par le passé.

L’iconique Koutoubia, avec son minaret de 77 mètres de haut, domine la ville ocre, observant sa mue. © Shutterstock

Côté culture, de nombreux musées se sont refait une beauté – suite notamment au tremblement de terre de septembre 2023 – et offrent des expériences originales : au musée des Confluences, on prend le petit déjeuner au luxueux café Dar El Bacha. Sur la terrasse du Jardin Secret, on boit un jus d’orange pressé minute… La foire 1-54 Contemporary Art Fair, qui s’est tenue en février dernier à La Mamounia, attire de plus en plus d’artistes et de galeristes du monde entier. L’offre sportive s’étoffe aussi avec de nouveaux golfs (dernier en date, Akenza, très en vogue), mais aussi des terrains de padel, des murs d’escalade et même des cours de Pilates Reformer. Les spas restent accessibles et sont toujours aussi agréables. Signe de l’internationalisation de la ville, de petits marchés bio font leur apparition, comme celui d’Oasiria, où l’on peut, en arrivant tôt, déguster des langoustes, des oursins, des escargots et des huîtres autour d’un verre de vin blanc… Marrakech a peut-être un peu perdu de son côté typique et carte postale, mais elle a gagné en douceur de vivre pour ses habitants comme pour les voyageurs prêts à la (re)découvrir dans toute sa modernité.


Palais Beit Al Noor, gravé dans le marbre

Par la magie de l’artisanat d’art, le Palais Beit Al Noor, « maison de la lumière », réveille la flamme d’un lieu exquis et tisse un lien entre le Maroc et le Liban.

Dans l’ancienne médersa, les plâtriers ont réalisé, des mois durant, un véritable travail d’orfèvre. © Raphael Metivet

Nicolas Delsuc et sa femme Joëlle l’avouent volontiers : « nous détestons voir disparaître tout ce qui est ancien ». Tous deux rêvaient de réhabiliter une maison au Liban, le pays de Joëlle, mais hasard des voyages et des rencontres, c’est finalement un riad du xviiie siècle à Marrakech, dans un quartier de la médina hors des circuits touristiques, Zaouia El Abassia, qu’ils ont acheté et entièrement rénové. Né de la réunion de plusieurs bâtisses, dont une médersa, et de trois patios, le Palais Beit Al Noor est un nouveau petit bijou d’hospitalité chaleureuse et intime avec 12 chambres et suites très étroites, comme souvent dans les riads, et des salles de bains plus généreuses. La plus grande suite, Fairuz, s’étend sur 66 m2, avec terrasse et hammam. Dans la même veine, les espaces communs invitent à se laisser porter par la quiétude ambiante, au bord du bassin central en zelliges verts, dans le salon marocain au plafond en bois peint à la main selon la technique du zouak, ou encore sur les toits-terrasses aménagés, avec vue sur les toits et sur l’Atlas au loin.

Sur les terrasses comme dans les chambres, un même souci d’élégance, des motifs subtils et des couleurs harmonieuses. © Raphael Metivet
 © Raphael Metivet

Aidé d’un maître d’œuvre au carnet d’adresses ultra-pointu et du cabinet dubaïote UMA Interiors by Mia Derbas, Nicolas et Joëlle Delsuc ont lancé un chantier monumental, faisant intervenir les meilleurs marbriers, menuisiers, plâtriers et artisans du zellige : « Tout cela s’est fait naturellement, avec curiosité, humanité, dans la confiance, note Nicolas Delsuc. Nous voulions comprendre et apprendre d’eux. Ils étaient force de proposition, nous étions à l’écoute. Ils ont fait plus que du sur-mesure, de la dentelle ! » Le résultat est bluffant, authentique, même si les façades immaculées en gebs (sculptures de plâtre), les moucharabiehs sculptés, les fontaines mauresques, le tadelakt, l’extraordinaire desk sculpté du lobby et le menzeh (bow window) dans la cour dite Berbère se révéleront sans doute plus beaux encore, une fois patinés par le temps. « La décoration est essentiellement marocaine, avec un léger souffle libanais », précise Nicolas Delsuc. L’œil averti le reconnaîtra dans les arches ottomanes dans l’entrée, les motifs de ferronnerie dans l’escalier, les portes qui laissent filtrer la lumière, le papier peint sur les têtes de lit, les photos sur les murs, la fleur de lys, très populaire dans les maisons beyrouthines, les luminaires en cristal chers aux grand-mères libanaises, sans oublier la limonade et les plats typiques servis sur le rooftop


Jnane Rumi, palette de couleurs

Certains hôtels transportent, envoûtent, inspirent. Jnane Rumi est l’un d’eux. Un lieu unique, nourri par l’énergie créative du Maroc,  à l’esthétique incarnée, radieuse et vibrante.

L’hôtel compte plusieurs salons, certains dérobés, qui se découvrent par hasard en déambulant dans ses couloirs. © DR

En ouvrant Jnane Rumi l’an dernier, Gert-Jan van den Bergh, avocat néerlandais dans le domaine de l’art, et sa femme Corinne, sculptrice et thérapeute corporelle, ont redonné vie à l’une des plus anciennes maisons de la palmeraie. L’une des plus inspirantes aussi : conçue et habitée par Charles Boccara, l’architecte tunisien du Théâtre Royal de Marrakech, puis par plusieurs artistes et intellectuels, elle portait en elle une valeur particulière que le couple a voulu perpétuer : « Nous avons envisagé Jnane Rumi comme un tableau vivant, un espace où l’art, la beauté et l’hospitalité se rejoignent, pour susciter le dialogue, la réflexion, créer des liens. » En arabe, Jnane signifie « jardin idyllique » et Rumi évoque un maître soufi et le mot « romain », en référence aux origines européennes des propriétaires. Deux mots pour exprimer la poésie du lieu et son ancrage mixte, entre Orient et Occident.

Sept ans de travaux ont été nécessaires pour, à partir d’un simple bungalow noyé dans un grand jardin, entre les palmiers et les cèdres centenaires, les oliviers et les pistachiers, créer une maison principale de deux étages avec sept chambres et plusieurs salons intimes pour déjeuner, bouquiner, converser, mais aussi quatre pavillons avec terrasse et une villa privée avec piscine. Un chantier colossal, confié à Nicolas Bodé, disciple de Charles Boccara, afin de ne pas trahir l’esprit originel.

L’une des chambres de la maison principale, aux volumes parfaits, riche de mille détails décoratifs. © DR
L’escalier de pierre mène à un petit rooftop, l’endroit idéal pour boire un verre en toute intimité. © DR
Piscine, jardin, solarium, terrasse… Sous les palmiers,  une douceur de vivre absolue. © DR

Accompagné par un curateur d’art, Samy Snoussi, Gert-Jan et Corinne van den Bergh ont sélectionné des artistes peintres, illustrateurs, photographes, essentiellement marocains, d’autres, étrangers, mais ayant un lien avec Marrakech. On retrouve un peu partout leurs œuvres, très personnelles, souvent engagées, certaines pleines de poésie : une carte de l’Afrique réalisée en savon et résine sur du bois par Samir Toumi, de fines silhouettes dessinées à même le mur par Roberto Ruspoli, une photo de deux visages voilés s’embrassant signée Mous Lamrabat… Elles côtoient des éléments de décoration conçus par des designers marocains (fauteuils, lampes, céramiques, broderies et autres tapis), des pièces chinées et des objets d’artisanat local. Chaque pièce a son propre univers, sa couleur dominante : ici, un pavillon bleu Majorelle, là, une table à manger cernée de murs ronds rose pâle, ailleurs, une bibliothèque rouge vif, une chambre orange…


Les Jardins de la Médina, oasis de bonheur

Ancien palais princier, cette adresse confidentielle au cœur de la kasbah traverse le temps et les modes. Pour ses 25 ans, elle vient  de s’offrir un rafraîchissement.

La piscine chauffée, à l’ombre des grands arbres, est un atout majeur, en toutes saisons. © DR

Ses très hauts palmiers Washingtonia dépassent les toits de la kasbah. « Ils existent depuis toujours et tout le monde sait ainsi où se situe Les Jardins de la Médina », s’amuse Michel Sautereau, Toulousain d’origine, propriétaire-associé de ce lieu chargé d’histoire : « Il a été le palais du sultan Moulay Abdallah, le frère de Hassan II. Toute la rue appartenait à des ministres du roi, des nobles, dont la tante de Mohamed VI. » Acquis et transformé en 2001, après 20 ans d’inoccupation, l’hôtel se répartit aujourd’hui en plusieurs bâtisses autour d’un jardin luxuriant de 3 000 m2 planté d’agrumes, avec une piscine en son centre. Un véritable havre de fraîcheur et de quiétude, loin du tumulte de la médina, pourtant toute proche. Ici, on n’entend que le chant des oiseaux.

Repensées, redécorées, les chambres et les salles de bains, comme le spa, ont gagné en élégance et en raffinement. © DR
© DR

L’an dernier, le décorateur français Raymond Morel, basé à Marrakech, a réalisé une rénovation complète, supervisée par Jenna, la fille de Michel Sautereau, qui vient de reprendre les rênes de l’hôtel : « Les 36 chambres et suites ont été refaites, confirme-t-elle. Des meubles en noyer ont été dessinés et fabriqués sur mesure au Maroc, les zelliges ont été remplacés, les têtes de lit sont désormais toutes différentes, soit du tadelakt sculpté, soit une photo sur un tissu imprimé, soit un assemblage de velours, de soie… » Bilan : des intérieurs qui ont gagné en raffinement et en personnalité, avec des lignes arrondies, des couleurs douces. À réserver en priorité, l’une des suites Sultane, avec terrasse ou balcon donnant sur le jardin, ou la 136, une petite maison avec son propre patio. Autre option pour profiter du ciel tout bleu de Marrakech, le rooftop, avec ses transats, ses livres à disposition et sa vue dégagée sur les jardins de l’Agdal et les montagnes de l’Atlas. La bâtisse principale abrite l’espace beauté-bien-être (en partenariat avec Nectarome, marque marocaine de cosmétiques naturels) et en rez-de-chaussée, le restaurant, très agréable, qui propose au dîner trois options séduisantes : marocaine (avec un couscous de la mer en plat signature), cuisine du monde et, plus inattendu, végétarienne. Dans la discrétion et le goût du beau, Les Jardins de la Médina poursuit sa route. Prochaine étape, 2027, avec une extension en projet dans plusieurs riads voisins.


4 hôtels de caractère

Oasis 5-étoiles, riads, resorts, palais… De la médina à la palmeraie, Marrakech multiplie les options. Et chaque lieu de séjour est un voyage.

01 – AMANJENA

© Aman

25 ans après son ouverture dans la palmeraie, l’Amanjena (« paradis paisible » en sanskrit) vient de finaliser une rénovation douce, fidèle aux agencements d’origine et à l’esprit de son architecte, Ed Tuttle. L’espace dédié au bien-être dispose de nouvelles installations, un centre de fitness Technogym et un studio de yoga et de mouvement. Un troisièmerestaurant, Arva, propose une cuisine italienne de partage. Côté hébergement, une quarantième clé est ajoutée avec une villa de trois chambres avec piscine. L’histoire continue entre les jardins, les cours ombragées et les oliveraies.

02 – ROSEMARY MARRAKECH

© Alejandro Ramirez

C’est une pépite parmi tant d’autres, une adresse d’initiés, discrète, mais terriblement séduisante. L’artiste et designer belge Laurence Leenaert et son mari Ayoub Boualam, confondateurs de la marque LRNCE, avec l’aide d’artisans talentueux, ont transformé un riad de la médina en mini-hôtel de 5 chambres avec piscine et rooftop, où tout est à vendre, à commencer par leurs propres créations : lampes, linge de maison, articles de toilette parfumés, papeterie, mais aussi œuvres d’art originales, fauteuils, vaisselle, ventilateurs vintage.

03 – LES DEUX TOURS

© DR

Ce domaine de renom, niché dans un parc de trois hectares au cœur de la palmeraie, a intégré récemment, tout comme la Villa des Orangers, Akan, une nouvelle collection, propriété d’une famille marocaine, de boutique-hôtels qui se veulent aussi intimes et chaleureux que des demeures particulières. Rénovée avant la vente en 2024, cette jolie adresse répartit ses 44 chambres et suites dans différents pavillons, reliés par des allées de bougainvilliers. Piscine, spa, salons-cheminées, table marocaine réputée : une valeur sûre.

04 – MANDARIN ORIENTAL, MARRAKECH

© DR

En dix ans, ce Mandarin Oriental – qui fut le premier en Afrique – n’a pas pris une ride. À quelques kilomètres de la médina, près des parcours de golf les plus réputés, son décor naturel (20 hectares d’oliveraies et de jardins ornés de 100 000 roses), ses hébergements luxueux (dont de toutes nouvelles spa villas), ses quatre restaurants et bars, son merveilleux spa, le design intérieur de Gilles & Boissier, les expériences exclusives et le haut niveau de service de la marque à l’éventail continuent de séduire.


Métissage réussi

Marrakech attire toujours les grands noms mais aussi les chefs locaux, tous prêts à se dépasser et à réinventer leurs classiques. Notamment dans les hôtels.

01 – SESAMO

© DR

Si le Royal Mansour Marrakech, le palace qui l’abrite, évoque l’artisanat marocain dans le moindre détail, le Sesamo quan à lui transporte immédiatement les convives dans un palais vénitien des plus magnifiques. Sous l’impulsion des frères Alajmo (3 étoiles, stars en Italie), le chef Riccardo Barni sublime les plus grands plats transalpins avec des produits du Maroc pour la plupart. Nos préférés ? L’inénarrable « Capuccino Majorelle », les cavatelli ou encore un splendide risotto câpres et café !

02 – L’ITALIEN PAR SIMONE ZANONI

© DR

Arrivé en septembre 2025 à la tête de la trattoria du palace marocain, dont le décor a été repensé par Patrick Jouin et Sanjit Manku, le chef star Simone Zanoni a imaginé des plats classiques mais pas basiques, mêlant habilement audace et raffinement. On retrouve plusieurs propositions de crudos, des pizze au feu de bois ou encore une pasta Mamounia, sans oublier une parmigiana, un risotto et un bar cuit à la perfection. Pour peu, on se croirait à Rome !  

03 – SABO

© DR

Inauguré en mai 2025, Sabo est né d’une envie commune entre un hôtel, le Selman Marrakech, et un chef, Jean-François Piège. Ce restaurant raffiné, ouvert exclusivement au dîner, mêle techniques françaises, savoir-faire et produits marocains d’exception. Le décor opulent est signé par le maître du genre, Jacques Garcia. Une scénographie à couper le souffle, avec un toit ouvrant sur les étoiles. Dans l’assiette, un dialogue entre France et Maroc, entre classiques de bonne facture et inspirations plus modernes.

04 – LE SLIMANA

© DR

Installé dans une ancienne demeure du sultan, au milieu d’un dédale de ruelles typique de la médina, le Slimana propose un voyage au cœur de l’histoire marocaine. Sur trois niveaux, à la manière d’un riad traditionnel, chaque espace a sa propre ambiance. Trésor du lieu, son rooftop, qui offre une vue imprenable sur la ville comme sur les montagnes de l’Atlas. À la carte, tapas et plats revisités : zaalouk, briouates au fromage de chèvre, tajines, couscous aux sept légumes, gnocchis au houmous ou ravioles makfoul. Les desserts, à l’image du tiramisu à la fleur d’oranger, clôturent le voyage en beauté. Délicieux cocktails.


Sous le charme de Marrakech

Ils sont venus ou revenus dans la ville ocre, portés par les opportunités, les aléas de la vie, et en mesurent chaque jour la capacité à se renouveler. Marrakchis et heureux de l’être !

Nicolas Delsuc
Propriétaire du Palais Beit Al Noor

© DR

« Marrakech est une ville qui ne se raconte pas, elle se vit. Elle est aujourd’hui plus organisée, plus propre, plus lisible. À l’exception de la médina, qui reste un chaos, mais un chaos organisé, qui lui donne tout son cachet. Marrakech est un mélange d’intensité, de déroutant et d’atypique. Un ciel bleu presque irréel, une lumière que je n’ai vue nulle part ailleurs. Les matins et les soirs sont mes moments préférés. Le lever et le coucher du soleil deviennent des rituels. J’habite à l’Hivernage, un quartier parfait, avec des arbres, du calme, et une partie plus animée. Ce qui m’agace ? Les motos !
Elles surgissent de partout. Et ce qui m’inquiète, c’est l’évolution de certaines constructions, dans une modernité parfois standardisée, qui tourne le dos à une histoire et à un artisanat absolument phénoménaux. J’aime le Plus61 pour déjeuner, Le Petit Cornichon ou le restaurant italien du chef Simone Zanoni à La Mamounia pour dîner, le Royal Mansour pour boire un verre avec, probablement, la plus belle carte des vins de la ville. »

Laëtitia Trouillet
Créatrice de la marque d’accessoires Lalla

© DR

« J’ai créé Lalla en 2014 en m’appuyant sur l’artisanat marocain, de très grande qualité. Si aujourd’hui je partage ma vie entre Marrakech et Biarritz, mes deux enfants sont nés ici et je reviens tous les mois et à toutes les vacances scolaires. Je peux donc voir la ville changer, avec un peu de recul. Je ne suis pas nostalgique de la Marrakech d’avant. Je m’adapte et j’apprécie. Par exemple, si notre première boutique était naturellement dans la médina, nous venons d’ouvrir dans le nouveau quartier arty de Sidi Ghanem. Il y a vingt ans, c’était underground, mais depuis cinq ans, il y a une vraie énergie créatrice, portée notamment par l’artiste Hassan Hajjaj qui a ouvert Jajjah, un restaurant très pop sur la route principale, devenu le rendez-vous du quartier. On avait envie d’un lieu à la Meatpacking de New York à l’époque et on l’a trouvé ici. Hormis ce quartier en vogue, ma cantine est à Guéliz : le Plus61, tenu par une Australienne installée à Marrakech depuis plus de quinze ans. Et quand je sors de la ville, je vais me ressourcer aux Roches Noires, le nouveau campement de Scarabeo Camp, dans le désert d’Agafay. Magique. » 

Rayane Wahabi
Fondateur et directeur général d’Amanvi Group

© DR

« Je suis né et j’ai grandi à Marrakech. Parti à l’étranger pour mes études, j’ai décidé de revenir en 2017. Après quelques aventures entrepreneuriales, je me suis lancé dans le bâtiment, un domaine très porteur ici. Ça construit à tout va ! C’est vrai que depuis quelques années – avec le Covid qui a vu revenir beaucoup de Marocains – Marrakech a un peu perdu son charme de petite ville, mais elle a gagné autre chose. Le hic, c’est qu’avec un développement aussi rapide, les locaux ont du mal à suivre. Faire un bon restaurant ici, c’est aujourd’hui le même prix qu’à Paris. Parmi les valeurs sûres : Bô & Zin, un lieu à ambiance, ou l’Épicurien à l’hôtel Es Saadi. Mon dernier spot préféré ? Mizaan, qui a un speakeasy caché derrière les cuisines. C’est un super compromis pour moi qui ne vais plus trop en boîte. L’odeur qui me fait penser à Marrakech et que l’on retrouve partout ici ? Le cèdre ! à la fois dans la médina et dans le domaine de la construction. Autant dire qu’avec mon métier, je ne peux pas l’oublier ! »

Article paru dans le numéro 145 d’Hôtel & Lodge.

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