Braderie, vide-château, vente aux enchères… De plus en plus d’hôtels, quand ils ont besoin de faire place nette, cèdent mobilier et objets en tout genre à prix bradés. Une démarche de réemploi vertueuse et l’occasion pour tout un chacun de s’offrir de superbes pièces de seconde main… ou un petit morceau de palace.
Texte Céline Baussay
Qu’il paraît loin le temps où le Royal Monceau organisait sa fameuse « Demolition Party » : la destruction à grands coups de masse des intérieurs du palace parisien avant son relooking par Philippe Starck. C’était en juin 2008. Autre temps, autres mœurs. L’écoresponsabilité est passée par là. Aujourd’hui, nombre d’hôtels offrent une nouvelle vie à leurs meubles, objets décoratifs et autres services de table dès lors qu’ils sont un peu usés ou qu’ils doivent être remplacés dans le cadre d’une rénovation. On ne jette plus, on recycle. Et ce sont alors bien souvent les particuliers, clients des lieux ou non, qui en profitent.
Beauvallon Collection, qui a récemment repris la Villa Florentine à Lyon (dont la réouverture est imminente), a décidé de commercialiser tout ce qui devait disparaître avant la rénovation du 5-étoiles. « C’est un lieu emblématique pour les Lyonnais, posséder un objet de cette maison peut rappeler des souvenirs ou leur donner un sentiment de fierté. Deux ventes ont eu lieu en même temps, précise Lucie Brindjonc, la directrice générale : un vide-hôtel pour le mobilier moins noble (consoles, porte-bagages, lampes, bibelots…) et une vente aux enchères pour les éléments de valeur : tableaux, bronzes, canapés, et une pièce majeure, le grand lustre du hall d’entrée de forme corbeille à vingt-deux branches de lumière en bronze doré, ornées de pampilles. Il est parti à 3 800 €. »
Avant d’entreprendre la métamorphose du château d’Isenbourg près de Colmar, qui rouvrira fin 2027, Jérôme et Alice Tourbier, fondateurs de la Collection des Hôtels du Vignoble (dont les Sources de Caudalie) ont organisé une braderie in situ, dans les salons et dépendances : « Le public pouvait découvrir certaines pièces dans leur contexte d’origine, ce qui renforçait l’expérience et la dimension patrimoniale de l’événement, note Alice Tourbier. 5 000 pièces ont trouvé preneur, dont quelques curiosités issues des greniers. Le bénéfice s’élève à environ 110 000 €. Il a été intégralement réinvesti dans le projet de rénovation. »

Après avoir acquis l’hôtel La Cueillette, dans le château de Citeaux, à Meursault, en Côte-d’Or, et avant de le métamorphoser pour une ouverture prévue en juillet prochain, Fontenille Collection a également lancé un vide-hôtel : « Les visiteurs étaient invités à venir équipés afin de démonter l’objet insolite qu’ils souhaitaient emporter : de la douche au porte-serviettes, et parfois même jusqu’au numéro de porte ! Ils pouvaient même déterrer eux-mêmes les rosiers du jardin pour un prix symbolique de 3 €, explique Gaël Tulic, cheffe de projets pôle travaux, surprise du succès et des profils très variés : Associations, retraités, actifs, jeunes entrepreneurs, familles, mais aussi visiteurs de passage, intrigués par la foule patientant à l’extérieur malgré le froid. L’affluence a été forte dès les deux premières heures, au point que la vente a dû être écourtée de deux jours ! » Pour éviter la foule, reste l’option de la vente en ligne : des maisons de vente aux enchères proposent d’acquérir des pièces exceptionnelles issues des hôtels via une retransmission simultanée sur un site web. Ce fut le cas récemment de Pro Auction avec quelque 6 000 pièces uniques provenant du Fairmont Grand Hotel Geneva ou de Piasa, avec un ensemble de tables conçu par la designer India Mahdavi pour l’Apogée Courchevel.


La Vaisselle des chefs, l’art de la table multi-étoilé

Lancée il y a 15 ans, cette grande vente éco-solidaire au profit d’associations caritatives permet de s’offrir à des prix très abordables des pièces exceptionnelles – assiettes, verres, plats, argenterie, nappages… – utilisées par des chefs étoilés, parfois marquées au nom de palaces ou issues de prestigieuses marques d’art de la table. Lors de la dernière édition à Paris, près de 30 000 pièces ont été emportées et plus de 10 000 visiteurs ont été enregistrés. Prochains rendez-vous à Nice les 25 et 26 avril 2026 et à Lyon en novembre. La réservation en ligne des billets d’entrée est fortement recommandée !
Le meilleur du design

Comme le grand public, les décorateurs et architectes ont eux aussi la possibilité d’acquérir des objets issus d’hôtels, parfois exceptionnels : à la fermeture du Palais de la Méditerranée, avant de lourds travaux de rénovation en vue de sa réouverture au printemps prochain sous la bannière The Unbound Collection by Hyatt, une vente aux enchères a ainsi été programmée spécifiquement à leur intention, autour de pièces iconiques du design comme les bibliothèques Biblos de Tectona, les fauteuils et bancs Kan de Fred Rieffel pour Collinet ou encore les tables basses Honeycomb de South Hill Home.
La tendance de l’upcycling

Faire du neuf avec du vieux, c’est le principe de l’upcycling, adopté par certains architectes d’intérieur dans l’hôtellerie. Pour les chambres de l’Hubertus Mountain Refugio Allgäu, un lodge de montagne en Allemagne, Sarah Stapelfeldt a ainsi restauré l’existant – des meubles, des éléments décoratifs – parfois en les transformant, en les réassemblant, pour les rendre plus beaux, plus fonctionnels, et leur donner un aspect neuf. De leur côté, Ana Moussinet pour le Radisson Hotel à Reims ou Morgane Grandcolas pour la Maison Gaîté à Paris comptent parmi les architectes séduits par Chaise au Carré, une petite entreprise basée à Pantin (93) qui chine et restaure des assises et des chevets, datant des années 1960-70 surtout, puis les personnalisent aux couleurs de l’établissement. « Nous utilisons des tissus issus d’éditeurs responsables ou des fins de rouleaux qui sont ainsi valorisées. Nos créations sont uniques. Elles amènent une âme, une chaleur à une pièce », souligne Clémence Miray, la cofondatrice, ravie de ces collaborations : « Dans l’hôtellerie, plus que dans l’univers des bureaux par exemple, les partis pris de décoration sont forts, les projets réfléchis et de qualité. »

Article paru dans le numéro 147 d’Hôtel & Lodge.



