Entre les champs d’artichauts, les oliveraies et les moutonnements argentés de l’Adriatique à l’horizon, l’immense bâtisse du XIVe siècle, au destin chahuté, renoue avec la ville blanche italienne.
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû
De la route de Brindisi serpentant en dessous, l’immense rectangle chaulé s’impose avec force en contrebas des maisons d’Ostuni, serrées les unes contre les autres, le long des ruelles pentues et des églises, dont celle de Santa Maria degli Angeli à la rosace comptant le même nombre de rayons que celle de Notre-Dame de Paris. C’est dire !
La région des Pouilles a toujours témoigné de sa foi, sa ferveur catholique, en érigeant à la gloire de ses saints patrons des lieux de culte, des monastères et des couvents. Couvent dominicain, vocation première au XIVe siècle des bâtiments de Vista Ostuni, comme le prouve l’architecture avec ses ogives, ses voûtes, ses arches, sa hauteur sous plafond, plus de 7 mètres, sa grande pièce, réfectoire peut-être, devenue salon. « En accord avec le studio RMA de Roberto Murgia, nous avons veillé à valoriser l’existant, à conserver les structures, les éléments d’origine, visibles tout autant dans le spa Biologique Recherche, au sous-sol, que dans la plupart des 19 suites et 11 chambres ou encore au Chiostro Bar, souligne Bianca Passera, qui dirige le groupe hôtelier familial Lario Hotels, plus que centenaire, dont relève Vista Ostuni. C’est primordial que notre boutique-hôtel 5-étoiles, ouvert toute l’année, avec un personnel en majorité de la région, s’inscrive dans la continuité, dans l’histoire d’Ostuni et de ses habitants, qu’ils le reçoivent comme un acte d’amour, de reconnaissance. »


Les religieuses parties, les lieux devinrent hôpital, orphelinat, prison, puis, dans les années 1920, manufacture de tabac, Conceria del Tabacco, abandonnée en 1960 jusqu’au rachat des murs en 2021 par le groupe Vista. « La main-d’œuvre était en majorité féminine. D’anciennes ouvrières viennent nous remercier d’avoir réhabilité leur usine. C’est émouvant ! », confie Bianca Passera.
Comme pour la restauration du bâti, l’architecte s’est appuyé sur le savoir-faire des artisans locaux pour travailler le marbre de Trani, le bois, l’osier, la céramique, une des spécialités d’Ostuni. Leurs teintes, leurs dessins s’accordent dans les pièces, avec les tentures murales abstraites de la collection Sibylle de Studiopepe pour Once Milano évoquant l’eau, la terre, le soleil, la végétation. Le paysagiste Erik Dhont a dessiné les jardins s’étendant sur quelque trois hectares, en miroir avec l’architecture, plantant des essences méditerranéennes. Des jardins à vivre, à parcourir, à respirer. Des jardins, comme l’incroyable rooftop, pour se repaître de la campagne et d’Ostuni. Pour s’imprégner des senteurs de la terre, des fleurs, des herbes, mais aussi de celles, iodées, salées, de la mer, transportées par le vent. Invitant les jours de beau temps à déserter piscines, transats, bars, pour s’aventurer vers les dunes et les plages qu’on devine, à portée de bicyclette.



Une table apulienne

En baptisant sa table gastronomique, grande ouverte l’été sur le paysage, close de vitres l’hiver, « Berton al Vista », Bianca Passera a confié au chef étoilé Andrea Berton la mission de valoriser les produits et la cuisine authentique des Pouilles. Ainsi, précédés d’amuse-bouches surprenants, accompagnés de pains maison, dont un aux olives, la puccia salentina, l’artichaut façon pugliese trône en majesté, tout comme les raviolis d’agneau poêlés aux champignons cardoncelli. Une réussite soulignée par la carte des vins, où les sommeliers, Maurizio Perretta et Alessandra Loparco, recommandent ceux de la région, dont le Primitivo, rouge aux arômes fruités, mais aussi le Colli della Murgia Amore Protetto Brut, vin pétillant remarquable.
Article paru dans le numéro 144 d’Hôtel & Lodge.



