Sauver la planète : les hôtels se mobilisent

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Certains hôteliers imaginent mille solutions pour réduire leur impact sur l’environnement. Eliminant déchets et plastiques. Bravo  à eux ! Enquête.

Par Anne-Marie Cattelain Le Dû

L’hôtel Opéra Liège, à Paris, bannit le plastique en choisissant, entre autres, des cartes magnétiques en noisetier et en sensibilisant ses hôtes. © Racing for the oceans

Verdict sans appel dressé par la Fondation Ellen MacArthur : si, d’ici 2050, aucune mesure drastique n’est prise, si nous ne changeons pas de comportement, 12 milliards de déchets en plastique s’accumuleront sur la Terre. Et leur poids dans les océans dépassera celui des poissons, après avoir asphyxié coraux et flore marine. Triste constat qui incite certains secteurs, dont l’hôtellerie et le tourisme, à réagir.

Objectif du groupe Mandarin Oriental (ci-dessus celui de Paris, rue Saint-Honoré) : fini le plastique en 2021 dans ses 33 hôtels à travers le monde.

En 2019, lorsque Marine Pescot, spécialiste en marketing, et Benoît Formet, skipper, proposent à Charles-Étienne de Corson, alors directeur de l’hôtel Opéra Liège, à Paris, de sponsoriser la participation du voilier de Benoît à une course, la Mini Transat La Boulangère, avec pour but de dénoncer la pollution des mers, il saute sur l’occasion : « OK, mais à condition de m’aider à éliminer tous les objets en plastique à usage unique de mon établissement. À savoir les produits de courtoisie, shampooings, brosse à dents, pantoufles, bouteilles d’eau, etc. »

The Beaumont, 5-étoiles londonien à Mayfair, a adopté les produits de courtoisie solides D.R. Harris, aux emballages recyclables. Approuvé par ses clients.

Marine convainc Benoît de fonder Racing for The Oceans, société de consulting pour accompagner les entreprises dans leurs démarches environnementales. L’Opéra Liège sera leur premier terrain de jeu. « Les produits vertueux entraînent un surcoût pour l’hôtelier. Un kit de courtoisie pour un 4-étoiles revient à environ 2,70 €. Clean, il grimpe à 3,20 €. Pour un hôtel de 48 chambres enregistrant 15 500 nuitées par an, faites le calcul », explique Marine. De Corson accepte l’augure. Out les flacons en plastique, remplacés par des produits solides ou en verre rechargeable. Out la bouteille d’eau en plastique sur le chevet, remplacée par une bouteille en verre d’eau filtrée. Le sac-poubelle, lui, se compose d’amidon de maïs, et la carte magnétique de noisetier.

Zéro déchet, zéro plastique, resto bio et végétal au Hoy, ouvert l’an dernier par Charlotte Gomez de Orozco, dans la rue des Martyrs à Paris.

Même démarche écoresponsable de Charlotte Gomez de Orozco, 27 ans, lorsqu’elle ouvre, l’an dernier, rue des Martyrs, l’hôtel Hoy. « J’avais à cœur de recycler tous les déchets, de parier sur le zéro plastique, confirme-t-elle. Mes amenities bio sont donc emballées dans du carton recyclable. Sur les chevets, de jolies carafes en verre proposent l’eau de la ville de Paris traitée avec du charbon japonais binchotan. Et en guise de poubelles, j’ai des corbeilles tressées en coton. »

Marine Pescot a quitté son job de responsable marketing dans le e.commerce pour fonder Racing for the Oceans, pour les entreprises soucieuses du devenir de la planète. © David Viarouge

De l’autre côté de la Manche, au Beaumont, boutique-hôtel londonien, le jeune et dynamique directeur Jannes Soerensen, écologiste convaincu, s’inscrit dans la même dynamique. « À Londres, nous sommes les pionniers d’une initiative passionnante : l’abandon des 32 000 bouteilles en plastique à usage unique consommées par an pour les shampooings, gels douche, revitalisants, lotions. Nous les avons remplacées par la gamme solide de D. R. Harris, formidable, légèrement parfumée au géranium rosat. Ces produits, qui plus est, réduisent la consommation d’eau et plaisent à nos hôtes, ravis de les glisser dans leur valise. »

Jannes Soerensen, directeur général de l’hôtel Beaumont à Londres, a convaincu les propriétaires de le suivre dans son combat en faveur de l’environnement.

De l’autre côté de l’Atlantique, à Aspen, dans le Colorado, station de ski VIP, The Little Nell, Relais & Châteaux, est le seul 5-étoiles des États-Unis certifié ISO 14001, norme de management environnemental. Son DG, Jonathan Fillman, se dit « conscient des souffrances de la Terre ». Un début, mais ces hôtels de propriétaires exercent un effet d’entraînement sur les plus grands. L’enseigne hongkongaise Mandarin Oriental, malgré la situation critique, a quasiment atteint son objectif, fixé à mars 2021, de retirer le plastique de tous les hôtels qu’il manage, à Paris entre autres.

Courir des mini-transats et se mobiliser pour sauver les océans : le credo de Benoît Formet, skipper, cofondateur de Racing for The Oceans. © David Viarouge

Mieux, le groupe GM, fournisseur principal d’amenities en Europe, propose désormais des lignes « Care About Earth », bio, solides, dans des emballages en papier et carton recyclés et recyclables, et des gammes en bambou biosourcé : brosses à dents, rasoirs, pantoufles, mouchoirs… Merci pour la planète. Merci pour les générations futures.

Ces pays et villes qui s’engagent

Invraisemblable ! Des scientifiques d’Ocean Wise, cités dans la revue Nature, se sont intéressés aux particules microscopiques de matière plastique du pôle Nord qui contaminent la banquise, l’océan, et que les animaux ingèrent. Elles s’échappent de nos vêtements en polyester. Le mal trace sa route !

Deauville © David Darrault La Seine à vélo

D’ici vingt ans, la pollution plastique aura triplé. Pour endiguer le fléau, une soixantaine de pays luttent. Fini les plastiques aux Bahamas. Interdits, en Nouvelle-Calédonie, sacs, gobelets, verres, tasses, assiettes, pailles, cotons-tiges en plastique. L’Union européenne suit le mouvement avec un train de retard.

Rennes © Destination Rennes

Et la France ? Elle patauge un peu même si, pour bénéficier de la certification ISO 20121 adoubant les destinations responsables, certaines villes redoublent d’efforts : Biarritz, Bordeaux, Cannes, Deauville, Marseille, Metz, Nancy, Nantes, Rennes. Paris a promis d’augmenter la cadence pour jouer, aux JO de 2024, les villes sans plastique et déchets. Le chantier est d’envergure. Il suffit de parcourir les rues pour le mesurer, les masques ajoutant leur note à ce désastre.

Hotel-opera-liege-paris.com

Racingfortheoceans.com

Hoyparis.com

Thebeaumont.com/fr

Thelittlenell.com

Mandarinoriental.com

Groupegm.com

Article paru dans le numéro 115 d’Hôtel & Lodge

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