20 ans, 20 hôtels

Hôtel & Lodge a 20 ans ! 20 ans, l’âge du premier bilan. Nous avons donc choisi de remonter le temps et de concentrer notre rétrospective sur 20 hôtels marquants, un par année. Chacun à leur manière, chacun à leur époque, ils symbolisent un tournant dans l’hôtellerie de luxe, et plus globalement dans le voyage d’exception. Ils incarnent une histoire fascinante, celle de lieux étonnants, celle d’hommes et de femmes passionnés et passionnants, comme il y en a tant dans ce secteur.

Dossier réalisé par Anne Marie Cattelain Le Dû et Céline Baussay / Crédits photographies : Droits réservés

2002 : One&Only Reethi Rah, Maldives

En 1966, des experts onusiens, interrogés par le gouvernement maldivien sur la possibilité d’implanter des hôtels, se montrent plus que sceptiques sur les chances de séduire. Erreur ! 36 ans plus tard, le One&Only est le 119e hôtel à ouvrir dans l’archipel. Et quel hôtel ! Un des resorts les plus luxueux, imaginé par l’architecte Jean-Michel Gathy, avec 122 villas sur sable ou sur pilotis, la plupart dotées d’une piscine privée et dont la plus petite affiche une surface de 135 m2. Remis en permanence au goût du jour, avec une offre gastronomique plus que parfaite revisitée, son spa Espa, ses 12 plages artificielles désormais colonisées par la végétation, c’est le rendez-vous des VIP du monde entier, dont la famille Beckham, fanatique !

2003 : Alfonso XIII, Séville, Espagne

Inauguré en 1929 pour l’Exposition universelle américano-hispanique, dessiné par un architecte mégalo, José Espiau y Muñoz, dans une débauche de faïence, de stuc, de bâtiments Renaissance, de ponts vénitiens, l’Alfonso est relifté en 1992 par Rafael Manzano, architecte prestigieux. Propriété de la mairie de Séville, mal géré, il perd de sa superbe et sa belle clientèle, jusqu’à ce que le groupe Starwood le prenne en gestion et lui offre, en 2003, une grandiose rénovation. En mai 2011, nouvelle révision générale sous la houlette du HBA design studio de Londres. Désormais, l’Alfonso XIII, l’un des fleurons de la Luxury Collection du groupe Marriott, palace embaumé d’orangers au bord du Guadalquivir, est de nouveau fréquenté par la famille royale espagnole, les toréadors et les amoureux de Séville.

2004 : Taha’a by Pearl Resorts, Polynésie

Premier et longtemps unique Relais & Châteaux de Polynésie, niché sur le motu Tautau, îlot privé, avec en vis-à-vis les monts ciselés de Bora Bora, le Taha’a by Pearl Resorts, en forme de coque de bateau, se patine avec grâce. 48 suites sur pilotis de 122 m2, 12 villas de plage de 185 m2 avec jacuzzi, 3 restaurants dont un gastronomique : c’est l’adresse 5-étoiles chic, intimiste, des îles Sous-le-Vent. Le resort, ceint d’un lagon translucide où les tortues le disputent aux raies et aux requins à pointes noires, inoffensifs, enchante les amateurs de plongée et de snorkeling. On y accède à partir de l’aéroport de Bora Bora ou de celui de Raiatea en vedette rapide, voire en hélicoptère.

2005 : Tsarabanjina, Archipel des Mitsio, Madagascar

Latitude sud : 12°59.6412 , longitude est : 48°33.0206, non loin de l’équateur, à 40 minutes en bateau de Nosy Be. Bâti par une bande de copains pêcheurs, repris par le groupe Constance, Tsaranbanjina dépayse réellement. Pas de télévision, pas de piscine, un spa creusé dans la roche, à ciel ouvert, un wi-fi balbutiant. Pour voisins, des pêcheurs nomades se déplaçant sur leur pirogue à voile au gré des bancs de poissons, et quelques villages de huttes en paille. Les 25 beach villas scrutent toutes l’océan Indien. On dîne les pieds dans le sable, à moins de pique-niquer de quelques poissons juste pêchés sur un îlot de sable. Robinsonade de luxe, déconnexion totale. Le plus dur : retrouver la terre ferme.

2006 : Cheval Blanc, Courchevel

JC photos

Première « maison » du groupe LVMH, selon l’expression voulue par Bernard Arnault – le second opus ne sera implanté qu’en 2013 aux Maldives… Jouxtant le mythique Airelles, 5-étoiles comme lui, comme lui, Cheval Blanc abat ses quatre atouts majeurs pour remporter la mise dans la station la plus huppée des Alpes. Une décoration de montagne version design de l’architecte d’intérieur Sybille de Margerie, une place importante consacrée à l’art, avec de nombreuses œuvres contemporaines, dont la sculpture Cheval en verre, un espace bien-être aux senteurs de Guerlain, une gastronomie de pointe avec le 1947, seul 3 étoiles de la station, doublé désormais d’une brasserie gourmande, le tout sous la houlette du chef
Yannick Alléno.

2007 : Pan Deï Palais, Saint-Tropez

Tombé amoureux de cette demeure du xixe à quelques mètres de la place des Lices, l’homme d’affaires Stéphane Courbit l’achète presque en même temps que les Airelles de Courchevel, débutant ainsi sa collection hôtelière. Tout en conservant son style orientaliste dans les10 chambres et 2 suites, le décorateur Christophe Tollemer a métamorphosé le rez-de-chaussée et la réception pour ancrer le 5-étoiles dans l’ambiance méditerranéenne. Murs végétalisés, jardin planté d’oliviers et de palmiers donnent le ton. Ayant acquis en 2019 le château de la Messardière, le groupe Airelles propose désormais aux hôtes du Pan Deï des transferts en Rolls-Royce pour profiter des installations de cette nouvelle propriété, notamment du spa Valmont et du summer camp, super kids club.

2008 : Mama Shelter, Paris

C’est à l’est de Paris, dans le quartier populaire de Bagnolet, que débute la saga des Mama, orchestrée à la fois par la famille Trigano, qui fonda le Club Med, et par Philippe Starck, décorateur star. Leur intention, avec ce Mama Paris East de 170 chambres : être une fois de plus innovant, à l’avant-garde, en proposant, là où on ne s’y attend pas, un hôtel décalé, ultra-confort, véritable lieu de vie, aux prix mesurés (chambre à partir de 85 € aujourd’hui) avec super rooftop, super resto, super bar. Le premier-né de la lignée s’est refait une beauté en 2018. Une ribambelle de Mama – 13 – dont deux à Paris, à l’ouest et à la Défense, les autres éparpillés entre Marseille, Lisbonne, Rio de Janeiro, Los Angeles, Londres, Rome, Prague… ont vu le jour en 14 ans.

2009 : Azura Benguerra, Archipel de Bazaruto, Mozambique

Une fois la terrible guerre du Mozambique terminée, le groupe Azura Retreats implante sur l’île de Benguerra, à 10 minutes en hélicoptère de Vilanculos (20 minutes en vedette), 20 villas avec piscine privée. Des eaux translucides, des fonds tapissés de coraux, du sable fin que le ciel pare de reflets outremer, des boutres à voile, des filets de pêche turquoise et, de mai à octobre, des baleines pressées de mettre bas dans les eaux du lagon : un coin du monde encore préservé où l’Azura a joué dès le départ la carte de l’écologie, du développement durable, privilégiant l’embauche et la formation des autochtones. Une enclave de luxe, ouverte sur l’environnement, les villages et les populations qui l’entourent, avec un spa de poche, un resto bio et un majordome dédié à chaque suite.

2010 : Shangri-La, Paris

© Roméo Balancourt

Après quatre ans de lourds travaux, l’hôtel particulier du prince Roland Bonaparte accueille ses clients. Premier hôtel en Europe de la chaîne asiatique, le Shangri-La Paris, face à la Seine et à la tour Eiffel, expose côté musée Guimet sa belle façade en pierre de taille. L’architecte Richard Martinet, expert en rénovation de bâtiments patrimoniaux, et Pierre-Yves Rochon, architecte d’intérieur, se sont alliés pour redonner ses fastes à la demeure datant de 1889, un temps transformée en bureaux. Ainsi, ils découvrent et remettent en état une verrière style Eiffel cachée sous un faux plafond. En 2014, le 5-étoiles de 100 chambres et suites, aux salons classés Monument historique, est agréé palace, label crée par Atout France en 2010, justement.

2011 : Ahilya Fort, Maheshwar, Inde

Lorsque Richard Holkar hérite du fort du XVIIe siècle où son père, Yeshwant Rao II Holkar, maharadjah d’Indore, venait de temps à autre chasser le canard, il constate le délabrement de la forteresse mordorée plongeant ses hauts murs dans la Narmada, rivière sacrée. Qu’en faire ? Une amie le convainc de la remettre en état pour accueillir des hôtes. Il hésite puis franchit le pas par amour pour le jardin auquel il souhaite redonner sa superbe. Ainsi, la forteresse devient l’un des plus ravissants boutique-hôtels du centre de l’Inde avec 18 chambres et 2 suites. Épicurien, le prince Holkar aime convier ses hôtes à dîner, éclairés par des centaines de bougies au jardin, sur une barque, une île face au fort… et organise chaque année un festival de danse et de musique traditionnelles.

2012 : Royal Mansour, Marrakech, Maroc

©Isaac Ichou

Pensé par le roi telle une vitrine de l’artisanat marocain, le Royal Mansour sort de terre sur un terrain de plus de 3 hectares, à quelques minutes à pied de la place
Djema’a el-Fna. Construit sur le modèle d’une médina avec ses ruelles, ses placettes et ses jardins, il cache 53 riads derrière de hauts murs ocre qu’ombrent de grands palmiers. Pour respecter l’intimité des hôtes, le personnel circule dans le sous-sol organisé comme une ville. Il y a quelque temps, Jean-Claude Messant, l’actuel directeur général, a convaincu son royal propriétaire de la nécessité d’une grande piscine à ciel ouvert avec deux restaurants, dont un perché comme dans une cage à oiseaux. Le chef français Yannick Alléno les supervise, comme il supervise la table marocaine et la nouvelle brasserie.

2013 : Beau-Rivage Palace, Lausanne, Suisse

© G. Gardette

Depuis 1861, le Beau-Rivage Palace reflète sa majestueuse façade dans les eaux du Léman. Refuge pour politiques, têtes couronnées, artistes, écrivains, rock stars, il agit comme un aimant. Pendant deux ans, 2013-2014, l’architecte-décorateur Pierre-Yves Rochon a relooké la plupart des 134 chambres et 34 suites, puisant sa palette, du bleu tendre au vert amande, du beige sable au jaune doux, dans le lac. C’est dans cet esprit que naît aussi le spa Cinq Mondes, refait en 2020 par Alexandre Pierart. Les chambres et pièces historiques viennent également de subir une ultime restauration pour que le Beau-Rivage s’affiche comme l’un des plus beaux palaces d’Europe. Et des plus gourmands, avec sept restaurants dont celui d’Anne-Sophie Pic et un flottant, Le Montreux.

2014 : Chiltern Firehouse, Londres, Angleterre

© Tim Clinch

C’est le premier hôtel ouvert en Europe par André Balazs, propriétaire, entre autres, des mythiques
Château Marmont à Los Angeles et The Mercer à New York. Séduit par cette ancienne caserne de pompiers dans le quartier de Marylebone, Balazs confie à son ami, l’architecte David Archer, du bureau Archer Humphryes, la restauration des bâtiments de briques, et au studio français KO la décoration, avec pour mission de métisser décontraction nord-américaine, façon loft new-yorkais, et cosy british, version maison de campagne. Défi relevé avec brio. Huit ans après son ouverture, artistes, designers, écrivains, acteurs s’y bousculent, toujours à midi, dans les restaurants ou le jardin-terrasse, lorsque le soleil pointe ses rayons. Et ses 26 suites se réservent des semaines à l’avance.

2015 : Soneva Kiri, Koh Kood, Thaïlande

Le « luxe intelligent« , ainsi se définit ce resort s’étalant sur une pointe privée de Koh Kood, dans le golfe du Siam. Quatrième plus grande île de Thaïlande, Koh Kood est une des plus sauvages avec ses villages de pêcheurs, ses chutes et ses plantations d’hévéa. Soneva Kiri, projeté dans une démarche de développement durable, se veut refuge pour écolo conscient. En débarquant du petit avion pour prendre le bateau desservant le resort, les hôtes sont invités à glisser leurs chaussures dans un petit sac pour satisfaire au principe du « no news, no shoes ». 34 grandes villas de bois et toile, la plupart avec piscine, huit points de restauration, une chocolaterie, un glacier accessible à discrétion 24 heures/24, un cinéma en plein air, un spa… tout pour garantir une retraite cool aux « va-nu-pieds ».

2016 : Four Seasons Hotel, New York Downtown, États-Unis

En implantant son hôtel à deux pas de Ground Zero et en confiant sa gestion à Four Seasons, le propriétaire des lieux, 85 ans, souhaitait participer au renouveau de ce quartier meurtri le 11 septembre 2001. Devoir citoyen. C’est donc dans cet environnement encore en devenir, 15 ans après le drame, que le Four Seasons, entre les immeubles historiques de Wall Street et les nouveaux gratte-ciel de verre, hisse, dans une tour conçue par l’architecte I.M. Pei, ses 189 chambres et suites mises en scène par Yabu Pushelberg, studio de design international, sa vaste piscine, son spa et le Cut, table carnivore du chef Wolfgang Puck. À deux pas des boutiques branchées, des galeries d’art ultra-tendance, du Whitney Museum of American Art et du New Museum, de Soho et Tribeca.

2017 : Villa Maïa, Lyon

®Studio Erick Saillet

Perché sur la colline de Fourvière embrassant la ville jusqu’au Mont-Blanc, le boutique-hôtel 5-étoiles arty et design, le premier de la ville, enveloppe de verre teinté ses 34 chambres et suites. Un cube s’intégrant avec légèreté dans le quartier de l’Antiquaille. Pour implanter, en lieu et place de la villa du légat de Rome, son hôtel, Christophe Gruy, PDG du groupe Maïa, mena des fouilles pendant plusieurs années, avec l’aval des Bâtiments de France, puis s’entoura d’un trio d’exception : Jean-Michel Wilmotte dessina les lignes graphiques du bâtiment enrobant le béton de verre ; Jacques Grange mêla marbre, mosaïque, tissage lyonnais et œuvres d’artistes contemporains ; Louis Benech opta pour un jardin contemplatif, semblable à ceux des cloîtres de cette « colline qui prie ».

2018 : Amankora, Bhoutan

Tiger’s Nest

Un concept unique de cinq lodges blottis dans cinq vallées, Paro, Thimphu, Punakha, Gangtey, Bumthang. Si l’enveloppe diffère, les 72 suites, 8 à Punakha, le plus petit, 24 à Paro, le plus grand, se ressemblent comme deux gouttes d’eau. On retrouve donc vite ses marques dans cet univers signé Kerry Hill. Approcher au plus près la vie bhoutanaise par des visites, des rencontres exclusives. Observer les centaines de grues tibétaines migrant dans la vallée de Phobjikha. Tirer à l’arc, sport national, à l’aplomb d’un des plus beaux palais royaux en bois. Quitter les vallées haut perchées pour Punakha, où les vergers le disputent aux rizières puis, en point final, escalader le Tiger’s Nest à 3 200 mètres d’altitude, où les temples jouent les équilibristes au-dessus du vide… Autant d’expériences qui bouleversent et marquent à jamais.

2019 : Ventus Australis, Canal de Beagle et détroit de Magellan, via le Cap Horn

Australis est la seule compagnie autorisée à s’aventurer au pied des glaciers du canal de Beagle et du détroit de Magellan et à y débarquer ses passagers, qui naviguent sur son nouveau navire le Ventus, 100 cabines sur 3 ponts. Première escale : le cap Horn. À cette latitude, 56° sud, celle des cinquantièmes hurlants, des soixantièmes stridents, des vagues assassines, le Cap demeure un mirage sept fois sur dix. Chance cette fois, à 6 heures, le message retentit en cabine : « Nous approchons de l’île Horn. Les prévisions sont bonnes pour les deux prochaines heures. Aux zodiacs dans quinze minutes. » Première émotion en abordant cette île minuscule, avant de reprendre le canal flirtant avec les glaciers grondant comme un orchestre de grosses caisses. Cinq jours au-delà du réel, entre paysages déments et rencontres surprenantes.

2020: Hôtel Manapany, Saint-Barthélemy

L’année du confinement, de l’enfermement. Alors, dès que l’on l’a pu, masqué, testé, on s’est échappé. Choisissant comme point de chute le Manapany, sur la plage de l’Anse des Cayes, remis en état après Irma par sa propriétaire Anne Jousse (B Signature Hotels & Resorts) et François Champsaur, architecte d’intérieur. Un resort très gai avec ses 42 suites-bungalows colorées et ses deux villas, et surtout écoresponsable. Essentiel après ce stress. Pas d’odeurs, pas de bruits autres que ceux de l’océan, pas de pollution. Le Manapany est interdit aux véhicules autres qu’électriques. Le spa Dr. Hauschka est 100 % bio. Le restaurant perché comme sur un pont de navire au-dessus des flots privilégie les produits locavores, de la mer en particulier. Le linge est lui aussi bio, en fibres de bambou. Doux, et la douceur on en avait bien besoin.

2021 : Sonop, Namibie

© Zannier Hotels

Envie, toujours et encore, d’espaces sans limites, pour respirer à fond, marcher des kilomètres. Créé par Zannier Hotels, ce lodge de 10 tentes, au milieu de nulle part, dans le désert de Namib, avec pour vis-à-vis un paysage dunaire bouleversé par un charivari de blocs granitiques, apaise, ouvre des horizons. À la manière d’un camp nomade, le Sonop a été conçu pour être démonté si besoin est, laissant les lieux vierges de toute empreinte. Ainsi l’imposent les textes namibiens protégeant, depuis 1996, 45 % du territoire naturel. Un texte exigeant aussi de recruter en majorité le personnel dans la région et de reverser une partie des bénéfices aux conservancies, communautés de villageois veillant à l’intégrité de la faune et de la flore. On adhère à 100 % à cette démarche. 

Article paru dans le numéro 122 d’Hôtel & Lodge

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