Les dessous chics de la literie d’hôtel

Refuge de l’intime, objet archétypal, symbole des nuits réussies, le lit trône de nouveau au centre des attentions des hôteliers et fabricants. RSE, respect de l’environnement s’invitent sous la couette…

Texte Aliette de Crozet

Lorsque l’on a eu trois vies, on a connu un certain nombre de lits. Après la mode chez Christian Audigier et la musique aux côtés de Johnny, Marc Plisson dirige aujourd’hui Akena, petite chaîne de 25 hôtels. Son navire amiral, L’Abbaye de Villeneuve, un 4-étoiles au sud de Nantes, a rouvert en juin. Avant la cave à cigares, le fumoir, le bar-bibliothèque ou la table gastronomique, le patron rocker valorise « une chambre facile à comprendre, avec du made in France et une dimension artisanale ». Les peignoirs sont signés Garnier-Thiebaut, les matelas du breton Comptoir du Matelas, une des entreprises se consacrant exclusivement à l’hôtellerie. 

À la montagne, on dort toujours mieux ! Pour « favoriser les voyages intérieurs », Sybille de Margerie a habillé de couleurs et de matières douces l’Hôtel Mont-Blanc à Chamonix. © WanderlustLab

Le marché est particulier : il s’agit d’assurer aussi la mise en place – parfois même la décoration – du mobilier fourni. Et celui-ci est spécifique : « Confectionner un lit pour l’hôtellerie est difficile et nécessite savoir-faire et exigence », résume Charles-Henri Déon, le PDG d’Adova, l’un des deux grands groupes français, avec Cofel, qui se partagent les deux tiers du marché. D’abord, les traitements anti-feu mettent à mal l’élasticité du matelas. Ensuite et surtout, l’utilisateur fait un usage intensif de son vaisseau nocturne : « Dans un hôtel, on vit sur son lit ! On y pose sa valise, on s’assied sur le bord pour téléphoner, on y travaille, il arrive qu’on y renverse de l’eau ou du café, explique Charles-Henri Déon. Coins de lit renforcés, marquage, poignées… la solidité doit être à toute épreuve. »

Entièrement rénovée, L’Abbaye de Villeneuve, sur les terres du muscadet, est le fleuron du groupe Akena. Matelas, peignoirs et produits de toilette portent l’excellence du made in France. © Cécile Langlois

C’est pourquoi Cofel, comme Adova, consacrent des lignes spéciales à l’hôtellerie : chez Cofel, Epeda Hôtellerie, Bultex Nano, Infinity et Mérinos Home Sweet Home. Apprécié par la profession pour Treca Hôtel et Beautyrest by Simmons, Adova lui dédie aussi totalement Hotelys : cette unité de production basée à Fougères, en Ille-et-Vilaine, livre 30 000 lits chaque année à l’hospitality. Mais comment satisfaire des clients de tailles et de poids différents, les gros dormeurs et les gigoteurs, ceux qui aiment planer sur un nuage et ceux qui ont mal au dos ? Les matelas à ressorts ensachés, le nec plus ultra, sont les plus répandus : ils permettent l’indépendance du couchage et favorisent la ventilation naturelle. Quant aux différentes couches, elles sont de plus en plus en matières naturelles ou recyclées. Les colles synthétiques ont été mises à l’index. Aux impératifs de solidité, d’hygiène et de confort s’ajoutent aujourd’hui les contraintes environnementales et la RSE.

Depuis 1910, dans leur atelier bourguignon, les artisans de La Compagnie Dumas confectionnent les compagnons de ce moment intime : l’abandon au sommeil.

Les gouvernantes ont l’œil : un matelas présentant une seule face de couchage demande moins de manipulations et sollicite moins le dos des femmes de chambre. Un « Queen » de 140 x 190 cm destiné à l’hospitality pèse jusqu’à moitié moins que son homologue conçu pour le particulier, soit une quarantaine de kilos, et même 35 chez Le Matelas Français. Cette légèreté lui a permis d’équiper le Relais de Chambord, le K2 Chogori à Val-d’Isère ou encore la Maison Fragonard à Arles. Le Matelas Français, start-up cofondée en 2016 par Damien Saillard, ciblait spécialement l’hospitality. Depuis le confinement, et peut-être la reconnaissance du sommeil comme un problème de santé publique, les fabricants se bousculent. Avec un même constat : le lit d’hôtel fait rêver. Il les inspire, et Tediber peut ainsi se prévaloir d’« un design inspiré des meilleurs hôtels ». Il est aussi, de façon plus inattendue, un berceau de tentations pour de futurs clients qui vivent de plus en plus la chambre comme un showroom. 

Good night ! New York ne dort jamais, mais ses visiteurs, oui. La preuve dans les suites de l’hôtel Lyric at 70 Pine.

Si affinités, après une nuit pleine de promesses, le consommateur n’hésite plus à soulever les draps et à passer commande de sa literie signature. Westin Heavenly Bed chez Marriott, Memorable Bed chez MGallery, Dorelan chez Best Western s’achètent en ligne, à la suite du pionnier en la matière, Sofitel MyBed. C’est en 2004 qu’Accor lance, pour donner suite aux demandes de ses hôtes, la Sofitel Boutique : on y achète les matelas et sommiers mis au point avec Epeda, mais aussi le linge de lit fabriqué à Tonnerre, en Bourgogne, par La Compagnie Dumas, Entreprise du Patrimoine vivant. Le surmatelas épais de 10 centimètres en duvet et plumes va devenir iconique. 

Le programme « Royal Sleep » du Royal Champagne inclut un massage, un mocktail détox, un dîner spécial, un kit Aime, un masque et une boîte de méditation Morphée.

En près de 20 ans, 105 000 coussins et lits seront vendus. « Bien plus que des boutiques, les hôtels sont idéaux pour tester nos produits ! Chaque jour, après une nuit dans un établissement partenaire, cinq à dix personnes nous contactent pour acheter nos produits labellisés Haute Literie » se félicite Julien Ciolina, le porte-parole de La Compagnie Dumas (Dumas Paris étant la partie hôtelière). Le site Internet ne se prive d’ailleurs pas de proposer « le coussin de l’Eden Rock à Saint-Barth ou celui de l’Hôtel de Paris à Monaco ». Dumas Paris, comme la Maison Drouault, autre Entreprise du Patrimoine vivant, maîtrise aussi bien les garnissages synthétiques que naturels, les palaces manifestant un goût pour les duvets d’oie, les tailles XXL pour les oreillers ou les couettes et les tissus qualitatifs, satin 150 fils, percale ou batiste. La finition inclut le ruban ou la ganse qui permettra au personnel de chambre de reconnaître les types, tailles ou niveaux de confort des couettes ou oreillers. Avec la literie signature, l’hôtel s’est en quelque sorte démocratisé, constate Luc Blouet chez Grand Litier, réseau de magasins spécialisés : « On peut ne pas oser s’offrir une nuit à 1 000 euros dans un 5-étoiles et garder 10 ans un matelas signature à 2 000 euros et quelques. » En rêvant chaque matin que son lit soit refait…

Dormir dans un lit Hôtel & Lodge

Le magazine Hôtel & Lodge et l’enseigne Grand Litier (plus de 120 boutiques en France) se sont associés pour lancer une collection exclusive de literie premium sous la bannière Hôtel & Lodge, accessible à tous. Elle est composée de quatre matelas « Room Service » et de linge de lit confectionné par Garnier-Thiebaut, entreprise basée depuis 190 ans dans les Vosges, qui fournit les palaces La Réserve, Cheval Blanc de LVMH et bien d’autres hôtels iconiques à travers le monde.

Dossier paru dans le numéro 124 d’Hôtel & Lodge.

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