Nathacha Appanah : « Le sable était si fin, j’avais la sensation de marcher sur de la farine. »

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D’origine indienne, née à Mahébourg, au sud-est de l’île Maurice, Nathacha Appanah est devenue romancière après avoir été journaliste. Entre souvenirs d’enfance et regards sur la période contemporaine, elle nous raconte son île, sans nostalgie et avec fascination.

Propos recueillis par Anne-Marie Cattelain Le Dû

« L’île où j’ai vu le jour, il y a 46 ans, est assez différente de celle d’aujourd’hui, mais c’est une bonne chose. Petite, isolée, sans aucun trésor dans son sous-sol, ni pierres précieuses, ni pétrole, indépendante depuis 1968, elle est en mutation permanente, avide d’innovations, de nouveautés. J’admire cette dynamique et cette manière de dépasser la beauté magnifique de ces rivages, d’aller chercher au-delà de ce masque, si époustouflant soit-il. Je ne suis pas nostalgique. Les paysages qui me marquent sont liés à mon histoire : le village de Piton, les plages du Nord où nous allions le week-end avec nos parents. Le sable était si fin, j’avais la sensation de marcher sur de la farine. Je pense aussi souvent à la façon brutale dont tombe la nuit et à l’impression qu’alors je ressentais, que débutait une autre vie dont j’étais absente.

La plage de Cap Malheureux, à la pointe Nord de l’île Maurice.

Quand j’étais enfant, nous allions une fois par an cueillir des goyaves de Chine dans le centre du pays. C’est une variété de couleur rouge, luisante comme si elle avait été enduite de laque. Nous marchions dans les bois, et quel moment magique lorsque mon frère et moi apercevions les arbres chargés de ces petits fruits ronds ! Ma mère les préparait en gelée, en confiture, que je regardais à la lumière en transparence. J’adorais la couleur, la forme, l’inaccessibilité de ce fruit sauvage… mais je n’en aimais pas le goût ! L’île Maurice a inspiré certains de mes romans, tout comme l’île de Mayotte m’a inspiré Tropique de la violence. J’aime à penser que même s’il traite de l’enfermement, de l’empêchement, de la difficulté parfois d’aimer ses enfants, c’est un texte qui offre une perspective plus lumineuse. »

Entre ombre et lumière

Nathacha Appanah publie son premier roman, Les rochers de Poudre d’Or, en 2003. Il raconte l’histoire des Indiens venus travailler sur les plantations et les champs de cannes à sucre après l’abolition de l’esclavage. Après avoir vécu deux ans à Mayotte, elle fait paraître en 2016 son cinquième roman, Tropique de la violence, constat de ce qu’est devenu ce département français. Son dernier ouvrage, Le ciel par-dessus le toit, vient juste de sortir dans la collection Blanche de Gallimard. « Comme dans le poème de Verlaine qui lui a donné son titre, ce récit assez noir est empreint de l’éternelle douceur qui lie une famille au-delà des drames », souligne son auteure.

Article paru dans le numéro 109 d’Hôtel & Lodge

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