Château d’Estoublon : Sur la route de Mogador

8 Services

8 Confort

10 Caractère

10 Environnement

10 Intimité

8

9

Vedette des « Gens de Mogador », un feuilleton à succès des années 70, le château d’Estoublon, enfoui dans les collines des Alpilles, s’était fait oublier. Mis à l’heure d’aujourd’hui, on le redécouvre au cours de ce nouvel épisode de la saga…

Avant Fontvieille, des rangées de vignobles bordent la route de Maussane. Des pins séculaires, alignés comme à la parade, ombragent une piste cavalière. Dix minutes plus tard, apparaît une roseraie, puis un étang bordé de cerfs grandeur nature : un souvenir des prestigieux marchés de Noël organisés dix ans de suite par la châtelaine. La voilà d’ailleurs, Valérie Reboul-Schneider, blonde, avenante, directe. Son père, Ernest Schneider, un temps propriétaire des montres Breitling, chasse en Camargue voisine. L’industriel suisse achète en 1999 le château d’Estoublon, dont le nom signifie en provençal « petit blé ». Les initiales d’Ernest Schneider, ES, s’affichent sur la rampe en fer forgé de l’escalier à double volée, qui pare la façade symétrique typique du XVIIIème.

Flanqué de deux tourelles, dont l’une possède une cloche, cet exquis château provençal en pierres de Fontvieille ouvre sur un infini de thym et de chênes verts : 196 hectares de collines douces, sillonnées de sentiers de chèvre menant au village perché des Baux de Provence. Ce petit Versailles, construit en 1731 par la famille de Grille, a eu son moment de gloire. On y tourne en 1974 le feuilleton télévisé les «Gens de Mogador». Marie-Josée Nat et Marie-France Pisier interprètent Julia et Ludivine, qui dirigent un domaine viticole du Second Empire à la Seconde Guerre mondiale. L’amour, les vignes, la politique, la morale : les sagas des grandes familles du vin enflamment l’imagination, et la série devient un immense succès populaire. Dans les années 2000, loin des caméras, Valérie et son mari Rémy Reboul occupent leur vrai rôle.

Ils défrichent, débroussaillent, plantent, remettent en état les vignes et les oliviers du domaine. Les 18 000 oliviers répartis sur une centaine d’hectares produisent les variétés grossane, salonenque, béruguette, picholine et le bouteillan, un fruité vert typique de la vallée des Baux. Valérie et Rémy commercialisent, nouveauté pour l’époque, des huiles monovariétales. Coup de génie ! Valérie décide aussi de vendre son assemblage AOP dans un flacon couture, comme le n°5 de Chanel. Certains se moquent, mais les consommateurs et les restaurateurs applaudissent.

Le vignoble fait l’objet des mêmes soins et les vins IGP et AOP Baux de Provence s’exportent aujourd’hui dans le monde entier. Le château d’Estoublon est le dernier volet de la rénovation. Malgré ses 1500m2 de surface, Valérie et Rémy ne désirent pas en faire un hôtel, mais un château d’hôtes. En haut du perron, à gauche de l’antichambre voûtée, le comptoir noir et blanc et la cheminée d’un bar lounge se prêtent à la dégustation d’un verre de rosé, accompagné de crèmes d’olive raffinées. Décorées de façon créative, les dix chambres se répartissent sur les deux étages : une est tendue d’un tissu Pierre Frey aux motifs d’oiseaux, une autre ornée de sculptures touchant à l’art équestre, une autre de moules de camées, une enfin –petit clin d’œil à Breitling- de cadrans de montres. Une longue piscine dotée d’un pool-house s’avance sur l’aile droite du château. Séparées par un mur et par une grille, les dépendances de l’aile gauche s’ouvrent aux visiteurs extérieurs. Ils peuvent acheter les fameux flacons dans la boutique et déjeuner au Bistrot Mogador, sous les platanes de la cour d’honneur ou dans l’ancien moulin. Quant à la gracieuse chapelle provençale, exquise dans sa modestie, elle joue aussi son rôle dans la série en accueillant des mariages. Mogador vit de plus belle !

 

Château d’Estoublon

Route de Maussane, 13990 Fontvieille

04 90 54 64 00

www.estoublon.com

Texte : Aliette de Crozet – Photos : Marc Berenguer