Xigera Lodge : un paradis entre bush et rivière

Au Botswana, sur les rives de l’Okavango, delta aux eaux saphir classé au patrimoine mondial de l’Unesco, les hôtes des 12 suites du Xigera, 5-étoiles arty planté sur une île entre bush et rivière, cohabitent avec une faune prompte à envahir leur territoire.

Par Anne-Marie Cattelain-Le Dû

Petite musique de nuit. Barrissements des éléphants, grognements rauques des hippopotames, feulements des léopards s’immiscent, bien réels, dans les rêves jusqu’aux premières lueurs de l’aube. Aux ultimes notes de ce concert nocturne, on s’extrait du lit douillet pour enfiler bonnet, doudoune et glisser sa bouillotte kaki sous le poncho polaire, rituel étrange mais indispensable à qui part en safari au petit matin. Le bush, fin mai, frissonne aux prémices de l’hiver.

La rivière et ses ramifications s’infiltrent dans le bush qui, comme une éponge, aspire les limons. Le lodge dévoile de toutes parts ce paysage semblable à une aquarelle saturée.

Perchées sur les plus hautes branches des arbres dénudés, les pintades guettent les rayons du soleil pour réchauffer leurs plumes. Même les hippopotames hésitent à se glisser dans l’eau après une nuit passée sur les berges au creux de quelques cratères tièdes. Seuls les éléphants, insensibles à ces 4 °C humides, se goinfrent, impassibles, marquant le sol de leurs profondes empreintes.

Ce lion déambule, sans stress, à découvert, une scène que l’on observe quasi quotidiennement. Anecdote vécue : avant de se poser, « mon » petit avion a dû effectuer plusieurs ronds au-dessus de la piste à quelques minutes du lodge : deux lions siestaient en plein milieu.

Senteurs signature

Plus tard, quand le mercure – qui grimpe vite – affiche allégrement 25 °C, mâles solitaires, femelles en bande et leurs petits se vautrent dans la rivière, aspirant gloutonnement la flore molle dégoulinante d’eau et le sable riche en minéraux. Ces pachydermes, jardiniers sans frontières, passent, via le Zambèze, d’un pays à l’autre, semant ainsi, au gré de leurs déplacements, les milliers de graines retenues entre les six énormes orteils de leur quatre pattes.

Après un safari, quelques brasses bienvenues dans la piscine souvent survolée par les oiseaux du bush, qui viennent s’y rafraîchir et s’y désaltérer. Aucun produit chimique pour l’entretenir, et juste l’énergie solaire pour la chauffer aux heures froides.

Planteurs involontaires, paysagistes talentueux, ils métamorphosent ces rives détrempées en jardin exotique parsemé de palmiers géants et essaiment depuis des lustres la sauge et le basilic sauvages, qui exhalent leurs parfums aux notes miellées, poivrées et mentholées. Véritable signature olfactive de la réserve de Moremi, si présente que lorsque les San, peuple autochtone, chassaient dans la savane, ils se frottaient le corps vigoureusement avec les feuilles de ces aromatiques pour tromper l’odorat de leurs proies, impalas et autres antilopes.

Paysage le plus symbolique du delta, celui des troupeaux d’éléphantes accompagnées de leurs petits défilant sur fond de palmiers. Les pachydermes sèment les graines qui se coincent entre leurs énormes orteils.

Aujourd’hui, les peuples nomades ne hantent plus le delta. La chasse étant interdite, seuls les félins affamés, lionnes et léopards en tête, traquent les bêtes imprudentes, étourdies, lentes, ou les petits, tendres et peu armés. Pas de pitié pour les faibles. Les prédateurs règnent en maîtres, tapis, à l’affût dans les étendues de hautes graminées ou planent au-dessus des étangs, des ruisseaux et de la rivière.

Rien de tel pour chouchouter le corps bringuebalé par les pistes chaotiques qu’un massage d’anthologie, 100 % bio, signé Tata Harper.

Après deux heures de piste chaotique et d’admiration muette des grands mammifères, la température devenue raisonnable, on abandonne le 4×4 à l’ombre d’un rain tree pour fendre en pirogue roseaux et papyrus, slalomer entre les nénuphars blancs et violets. Des centaines d’oiseaux, hérons géants, grues, oies égyptiennes, pygargues fouaillent et scrutent les fonds, frôlent les bateaux, décollent et atterrissent dans la lumière argentée.

Au milieu du bush, accessible en voiture amphibie, l’arbre des Babouins. Expérience incroyable à vivre : une nuit dans l’unique suite, avec un rooftop, pour guetter les animaux et dîner au soleil couchant.

Pour s’aventurer sur le bras principal, plus profond, on troque la frêle pirogue contre une embarcation rapide et solide, capable de résister aux assauts sournois des hippopotames qui pullulent et aux coups de queue intempestifs des crocodiles.

Cinq-étoiles avant tout

Dans le delta de l’Okavango, le second plus grand delta fermé au monde, sans accès à la mer, l’eau, la terre et les nuages s’entremêlent, se confondent, se dévorent en fonction des saisons. Les rives plongent dans le tréfonds des flots, à moins que ce ne soient les courants qui les gagnent. Et, à plumes ou à poils, timides ou effrontés, les animaux du bush élisent sans vergogne domicile dans le lodge, s’invitant sur les passerelles, les terrasses à la piscine, les berges. Chez eux, quoi !

Très grandes, les 12 suites, prolongées par une terrasse, donnent sur la rivière.

« Voilà pourquoi, racontent en riant Mike et Marian Myers, les maîtres de maison du Xigera, baroudeurs rompus aux mœurs sauvages, certains de nos hôtes dédaignent les safaris, séjournant ici comme dans n’importe quel boutique-hôtel 5-étoiles du monde pour se relaxer, les animaux venant à eux, qu’ils soient sur leur terrasse, au spa Tata Harper – le seul d’Afrique –, à la piscine, à la bibliothèque ou dans le restaurant. Ici, luxe suprême, chacun peut vivre à son rythme déjeunant et dînant où et quand bon lui semble. Cela nous distingue de la plupart des lodges, qui imposent à leurs clients un programme et un rythme quasi militaires. » Concept souhaité pour son joyau dans le bush par la famille Tollman, propriétaire de The Red Carnation Hotel Collection, dont la majorité des établissements bat pavillon britannique.

Séparée de la chambre par une paroi coulissante, la salle de bains, so chic, elle aussi avec vue. De ma baignoire, j’ai ainsi assisté à une querelle entre deux jeunes éléphants, ponctuée de barrissements impressionnants.
Une question sur l’histoire du Botswana, les Sans, la faune ? Direction le grand salon bibliothèque avec ses ouvrages de référence et ses nombreuses illustrations de paysages et d’animaux.
Salon de la suite Knobthorn. Chacune des suites porte le nom d’un arbre que l’on peut trouver dans le bush. Le knobthorn, ou Senegalia nigrescens, est un arbre caduc qui résiste aux termites et à la sécheresse. 

Un chef inspiré

Ziyaad Brown, chef sud-africain d’origine malaise, magicien du feu, des épices et des herbes, parcourt des kilomètres pour dépister les meilleurs producteurs locaux. Et comme dans un palace, il répond à toutes les envies. « J’élabore une carte gourmande, variée, mais si les clients préfèrent un sandwich, je leur prépare le meilleur qui soit. J’aime réinterpréter les recettes de Bea Tollman, l’épouse du P-DG, qui fut l’une des premières cheffes d’Afrique du Sud. »

Le chef Ziyaad Brown, veste blanche, pantalon noir, avec une partie de son staff : 14 personnes travaillent en cuisine, 90 en tout dans le lodge qui reçoit au maximum 24 hôtes. C’est dire la qualité du service.

Dans sa cuisine neuve, suréquipée, digne de celle d’un triple étoilé, Ziyaad échange beaucoup avec ses 14 coéquipiers, dont Bianca Schreuder, la jeune pâtissière surdouée.

Design et art

Le bar principal avec son grand canapé Chesterfield de cuir rouge d’inspiration britannique et son immense luminaire commandé au Maroc.

Xigera Lodge a rouvert ses portes en janvier dernier, entièrement rénové, repensé par Toni Tollman, l’une des membres de la famille propriétaire, vice-présidente de la société, en charge du design et des projets du groupe Red Carnation Hotel Collection.

Elle a choisi deux architectes designers sud-africains, Philip Fourie et Anton De Kock, pour raconter via le mobilier, les textiles, les couleurs, cette région si particulière. C’est elle aussi qui, avec la galerie Southern Guild de Cape Town, a invité des artistes sud-africains en résidence, afin qu’ils réalisent des œuvres pour personnaliser le lodge.

Salon de la suite Marula (le « prunier d’Afrique »). Les suites présentent de nombreuses œuvres réalisées sur mesure par des artistes invités en résidence.

Carnet de voyage

Club Faune Voyages, fondé en 1985 par Sylvie Bernon et son frère, passionnés par l’Afrique et grands connaisseurs de ce continent, cisèle les séjours de ses clients. Du sur-mesure, pour répondre aux demandes les plus exigeantes. Pour un séjour au Xigera Lodge, rouvert après une longue période de rénovation, Sylvie et sa collaboratrice Émilie conseillent le meilleur timing, en fonction des impératifs de voyage du moment.

7 jours Paris-Paris, vols Air France A/R via Johannesbourg, vols intérieurs, transferts, 1 nuit à Johannesbourg, 3 nuits all inclusive au Xigera Lodge (hors alcools premium), deux activités safari par jour : à partir de 9 200 € par personne.

Marian et Mike Myers, maîtres de maison, Sud-Africains amoureux du Botswana. Elle dirige le lodge ; lui, ex-guide, excellent photographe, capture la vie sauvage avec talent.
Instant magique : voir deux frères léopards de 18 mois repérés par Mike chahuter dans les arbres. Leur mère demeure à proximité.

www.club-faune.com

www.xigera.com

Article paru dans le numéro 117 de Hôtel & Lodge

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