Paris : le triomphe des idées

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Se projeter, aller de l’avant. Avec courage, détermination et la complicité d’architectes, les hôteliers inventent des concepts audacieux d’hébergement, de restauration, intégrant les nouvelles attentes des hôtes. Focus sur quatre projets tout juste aboutis.

Par Anne-Marie Cattelain Le Dû

Hotel Paradiso : sur l’écran blanc de nos nuits noires

Sur le mur d’un immeuble en face de l’hôtel, un collage géant signé JR  plonge dans le vif du sujet. 

36 chambres, 36 salles de projection privées.L’hôtel Paradiso des frères Karmitz, jouxtant le mk2 Nation, dans l’est parisien, comble les cinéphiles voyageurs. « Concevoir le cinéma comme un art de vivre, telle a été notre intention avec mon frère Elisha, en accolant ce 4-étoiles au mk2 », explique Nathanaël Karmitz.

Fils de Martin Karmitz, producteur et fondateur de mk2, Nathanaël, l’aîné, et Elisha dirigent désormais la société. Ce sont eux qui ont eu l’idée de cet hôtel-cinéma unique au monde. © Fred Lahache

En ce jour de février neigeux, le chantier touche à sa fin. Sur le rooftop, salle de projection en plein air pour une trentaine de spectateurs, Paris se noie dans le gris des nuages. Au rez-de-chaussée, les peintres s’affairent entre le bar et la réception, copie conforme d’un guichet de ciné de quartier.

Un grand écran de projection est placé, selon la taille de la pièce,  devant la fenêtre ou sur un mur, mais toujours face au lit. © Romain Ricard

D’emblée, les codes d’un hôtel différent s’imposent, soulignés par une photo en noir et blanc de deux fauteuils de cinéma abandonnés contre des troncs d’arbres, vestiges de la dernière salle de Tirana, capitale albanaise. Nathanaël, collectionneur, a acquis cette œuvre de l’artiste Anri Sala à la galerie Chantal Crousel dans le Marais, à Paris. Des affiches de promotion de films ponctuent l’escalier de secours : « don d’un des chefs opérateurs du mk2 Beaubourg », précise Nathanaël Karmitz en ouvrant la chambre 221.

© Romain Ricard

Waouh, le grand écran pour regarder, de sa baignoire ou de son lit, le film de son choix après avoir consulté sur sa tablette la sélection hebdomadaire de l’hôtel, les menus des plus grandes plates-formes, la curation de mk2 ou les 2 000 DVD à disposition. Une broutille à côté des salles de projection homologuées par la Commission supérieure technique de l’image et du son dont disposent les deux suites, en guise de salon.

Affiches, photos, accessoires évoquent dans toutes les pièces les belles heures du cinéma et ses protagonistes. © Romain Ricard

Le ciné, le ciné, c’est bien, mais dormir, vocation première d’un hôtel ? « Avec les architectes de l’agence DVVD, la décoratrice Alix Thomsen, la directrice artistique Sarah Kahn, le concepteur lumière Philippe Collet, nous avons veillé à créer un 4-étoiles écoresponsable, design, très confortable. Literie haut de gamme, produits de courtoisie bio Casanera, room service, minibar gourmand… Les 36 chambres aux aménagements très étudiés répondent aux différentes typologies et attentes de voyageurs qui, tous, apprécieront sur la terrasse prolongeant le café un drink et quelques plats gourmands de saison de notre Bob’s Juice Bar. »

HôtelParadiso.com

Maison Mère : point de ralliement

Rue Mayran dans le 9e.Une petite artère très parisienne, filant parallèle à deux grands axes de circulation, en voie de gentrification, mais où une poignée d’artisans – ébéniste, joaillier, tailleur – continuent d’exercer. Au cœur de ce quartier, dit Village Montholon, l’ex-3-étoiles familial revisité par l’architecte d’intérieur Alexandre Danan se propulse dans la catégorie supérieure.

Les hôtes qui le souhaitent peuvent acheter le mobilier, les objets, les livres de Maison Mère. Un concept qui se développe.

Son ambition : fédérer voisins, touristes, artistes et curieux autour d’événements, accrochages, vernissages, concerts, au Hey Honey, bar-restaurant ouvert sept jours sur sept, sans nuire à la tranquillité des hôtes des 51 chambres dont deux suites, Crème de la Crème et Reine Mère, avec salon, hammam et vue. Que les clients aient retenu une Alvéole, la plus mini, une Parisienne au joli parquet, ou une de ces suites, ils jouissent du même confort : literie haut de gamme, noir absolu, amenities Nuxe, petit déjeuner gourmand et accès au salon de coworking hyper bien équipé.

Maisonmere.com

Daunou Opéra : griffe fashion

Dans le quartier de l’Opéra, non loin de la place Vendôme,le Daunou a été racheté en 2015 par une famille parisienne propriétaire de deux autres hôtels, le Triangle d’Or et les Bulles de Paris.

Rénové, le Daunou Opéra, avec ses terrasses sur les toits, s’inscrit dans l’esprit mode de la place Vendôme.

Elle a demandé à l’agence Nooor de revisiter ses 50 chambres dans un esprit couture, nombre de ses clients venant des maisons de mode alentour. « J’ai travaillé en priorité sur les matières, pour dessiner des chambres chics, parisiennes, enveloppantes », explique Séverine Rebout, architecte d’intérieur.

Daunou-opera.com

La Finca : Ibiza à la Bastille

Feu l’Auberge Flora, de la cheffe Flora Mikula, style bord de mer. Viva La Finca de Michaël Tahar, jeune hôtelier qui a repris les lieux. Avec la même approche estivale, inspirée par l’Ibiza hippie des années 1960.

Couleurs, photos, tapas, cocktails évoquent sans équivoque la grande période hippie des années 1960.

L’architecte d’intérieur Sébastien d’Evry a mis en scène les idées de Michaël : murs blancs et turquoise, bois flotté, osier, photos de plagistes très dénudés. On bronze presque en plein Paris avec, en prime, des tapas maison généreuses, des cocktails excellents et un directeur, Cédric Monney, ex-Costes, prévenant et drôle.

Casalafinca.com

Article paru dans le numéro 115 d’Hôtel & Lodge

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