Cala di Volpe : jet-set paradise

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Sur la costa Smeralda, en Sardaigne, refuge des jet-setters dans les trente dernières années du XXe siècle, le 5-étoiles intimiste revisité par le cabinet d’architectes français Moinard Bétaille a retrouvé son allure bohème chic.

Par Anne Marie Cattelain-Le Dû

Dans les années 1960, le prince Karim Aga Khan IV, ébloui par la beauté abrupte de la costa Smeralda (« côte d’émeraude »), au nord-est de la Sardaigne, acquiert des hectares de terre bordant la Méditerranée. Il a l’intention – très visionnaire – d’y expérimenter une hôtellerie et des activités touristiques respectueuses de l’environnement, en compagnie d’architectes partageant la même philosophie. C’est ainsi qu’en 1963, Jacques Couëlle dessine les plans de Cala di Volpe.

Comme toutes les pièces, cette suite donnant sur la mer conserve ses poutres de guingois d’origine, voulues en 1963 par le premier architecte, Jacques Couëlle, en accord avec le propriétaire.

L’architecte français, membre honoraire de l’Académie des beaux-arts de l’Institut de France, se définit comme un sculpteur de maisons. Et procède en artiste pour ériger, au creux d’une des plus belles baies de la Méditerranée, un complexe bas, enchevêtrement de toits en terre cuite, de tourelles, de portiques et de terrasses, ressemblant à un village traditionnel de pêcheurs.

Souligner d’ocre les arcades pour créer, dans cet espace fumoir ouvrant sur les alentours, un contraste entre les stucs blancs et l’extérieur très ensoleillé.

À l’intérieur, le stuc blanc, parsemé d’éclats de couleur, dessine des pièces aux murs incurvés surmontées de poutres apparentes soutenues par des arcades et des colonnes. Couëlle se pose en ennemi du rectiligne, préférant les arrondis, les accidents, comme lorsqu’on modèle l’argile. Textile sarde tissé à la main, carreaux artisanaux, objets du quotidien glanés de-ci de-là donnent l’impression d’une construction ancrée depuis toujours sur la plage.

Les éclats de couleur en relief, tout en animant cet espace salon, renforcent le côté sixties revisité avec intelligence par le cabinet Moinard Bétaille.

Cala di Volpe devient vite le rendez-vous estival de ceux dont les fredaines comblent les paparazzi, de Margaret du Royaume-Uni à Sting, de Juan Carlos à Jacqueline Kennedy. On s’y amuse entre socialites épris d’un certain art de vivre, de liberté. Le tournage, en 1977, de L’espion qui m’aimait, avec Roger Moore, le plus célèbre des James Bond, dévoile au commun des mortels cet hôtel et son environnement préservé avec, à quelques miles plus au nord, les îles Mortorio et Soffi, pépites protégées par leur appartenance au parc national de l’archipel de la Maddalena. Le must : y mouiller son yacht dans l’une des criques de poche et plonger pour s’extasier de la transparence de la mer Tyrrhénienne et de la richesse des fonds, interdits à tous pêcheurs.

La salle de bains, équipée de baignoire et de robinetterie contemporaines, dévoile des murs sculptés comme des œuvres d’art, rehaussés d’incrustations vives.

Qatar Holding, l’actuel propriétaire de Cala di Volpe, et Marriott, qui gère l’hôtel, souhaitent préserver son double caractère intimiste et artistique. En 2019, le cabinet parisien Moinard Bétaille est sollicité pour redonner son aura à l’adresse iconique. Tout en modernisant les suites et les chambres, le duo respecte les structures et l’esprit, conserve pieusement les poutres, les arcades, le stuc blanc, pare les pièces d’un design contemporain sans heurter l’existant.

Canapé, coffee table, fauteuil ont été dessinés sur mesure pour s’inscrire dans les lignes courbes caractéristiques de Couëlle.

Au départ, Claire Bétaille et Bruno Moinard, dont l’agence avenue Montaigne, à Paris, résume les talents, avaient été mandatés pour restaurer sept chambres seulement. Puis, au cours du chantier, leur travail époustouflant les commanditaires, ils ont repensé davantage de suites et de chambres, le lobby et le salon.

L’harmonie quasi rustique perdure, au grand bonheur des premiers hôtes qui s’approprient les lieux.

C’est cette vue infinie ponctuée de rochers qui, en 1960, a incité le prince Karim Aga Khan IV, chef spirituel des ismaéliens, à acheter des centaines d’hectares de terre pour préserver la baie.

Des clients souvent plus sages que ceux qui les ont précédés dans les années 1960, plus soucieux de leur corps, de leur bien-être, appréciant les nouveaux équipements – spa Shiseido, salle de fitness, terrain de golf et même de foot qui offrent une alternative aux sports nautiques de glisse et aux mini-croisières.

Après avoir transpiré, ils apprécient les deux nouvelles tables complétant la généreuse offre de restauration : le Matsuhisa du chef japonais Nobu Matsuhisa, et le très branché Beefbar de Riccardo Giraudi. Très mode, il jouit d’un des plus beaux espaces tout en courbes, typique de l’ère Jacques Couëlle et de son fils Savin, qui prit sa relève.

Moinard Bétaille : deux pour une même entité

« Notre volonté a été de nous inscrire dans la même logique que les Couëlle père et fils, en éclairant davantage le stuc blanc, mariant aussi de belles pièces de design contemporain à un artisanat sarde de qualité et autorisant la lumière à pénétrer davantage pour magnifier les lieux. L’avantage d’être deux, de sexe opposé et d’âge différent, confient l’un et l’autre, à tour de rôle, c’est que les idées pulsent, se complètent, que lorsque l’un doute, l’autre l’éclaire, et que lorsque l’énergie de l’un marque le pas, l’autre le stimule. Et quelle chance de participer à l’histoire de ce lieu magique ancré dans un environnement époustouflant, à la suite des Couëlle. »

www.marriott.com

Article paru dans le numéro 117 d’Hôtel & Lodge

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