Arctic Bath : Pôle Nord en vue

En Laponie suédoise, aux confins de la terre, là où, l’hiver, le froid fige les eaux, l’Arctic Bath, emprisonné dans les glaces du lac Hedavan, accueille une poignée d’hôtes. Soucieux d’appréhender un monde d’une beauté sidérale. Entre contemplation et méditation.

Par Anne Marie Cattelain Le Dû

Googliser Harads, petit village sur le cercle polaire, repérer l’aéroport le plus proche, Luleå. À 90 kilomètres. Première projection d’une expédition vers l’Arctic Bath, lodge de douze cabanes chics, en bois, qu’on imagine chavirant dans le lac à son dégel. En cette mi-décembre, aucun risque, le thermomètre affiche -14 °C et menace de chuter encore. Record enregistré l’an passé : -30 °C. La glace fige les six cabines construites sur l’eau. La neige enserre les six autres, bâties sur la terre ferme au plus près du spa et du restaurant.

Au moment du dégel ou avant l’hiver, les six lodges construits sur le lac flottent… Sensation de vivre presque sur un bateau avec une vue no limit. © Anders Blomqvist

Curieux ensemble de bois évoquant, lorsqu’on débarque après cinq heures de vol et deux heures de route, voire d’hélicoptère, des cubes assemblés par un tout petit enfant. Le ciel, déjà noir à midi, entame un rien le moral et les certitudes de vivre une expérience, style trappeur d’opérette. Traînant ses Olang de rigueur, après-ski imperméabilisés, doublement fourrés, on pénètre, le doute chevillé au corps, dans le bâtiment principal que ses concepteurs, Bertil Harström et Johan Kaupp, ont camouflé sous un fouillis de branchages, telle une couronne géante de messie crucifié.

Cœur central d’Arctic Bath, son bâtiment rond. Sous sa couronne de brindilles entrelacées nichent le restaurant 100 % locavore et bio, ainsi que l’immense spa. © Droits réservés

Miracle ! L’accueil prévenant de Klara Ranggård, la jeune directrice, les matériaux doux où dominent le bois et le calcaire gris velouté de la Baltique réconfortent spontanément. Le mobilier design, scandinave, dont Klara décline les marques avec gourmandise, Stolab, Swedese, Blå Station, rassure. Même s’il convient d’affronter de nouveau le froid, pour prendre possession de sa « hutte » qui, en été, flotte sur le lac, on se sent revigorée.

Posée sur la lande, la cabane-suite en duplex de 62 m2, vitrée sur ses deux niveaux, peut recevoir cinq personnes dans un confort extrême. © Daniel Holmgren

Osmose parfaite et bien pensée

Bertil Harström et Johan Kaupp sont les architectes du Treehotel ouvert en 2012, à trois kilomètres, devenu quasi mythique. Avec ses cabanes perchées dans les arbres, au cœur d’une forêt de conte de fées, peuplée d’elfes et de trolls, ils ont cette fois-ci radicalisé leur démarche et leur réflexion écologiques dans ce nouveau Small Luxury Hotels of The World. Utilisation rigoureuse de matériaux écoresponsables, locaux, dont chênes et pins prélevés dans les exploitations forestières à gestion durable certifiée FSC, Forest Stewardship Council.

Au retour d’une randonnée ou d’un soin, on s’installe dans le salon de sa « cabane », bien au chaud, pour déguster quelques gourmandises sucrées du chef David Staf. © Daniel Holmgren

Les lodges s’inspirent des coins d’abattage, accessoire indispensable aux bûcherons, et le bâtiment principal, des radeaux de bois qui assuraient autrefois le transport des marchandises.

Reconnexion sensorielle

Bertil Harström et Johan Kaupp ont pensé le lieu pour que les voyageurs oublient leur routine quotidienne, se reconnectent avec la nature, mais aussi avec eux-mêmes, le spa étant le cœur du lodge.

Épreuve la plus « extrême », terminer sa séance spa dans le bain extérieur à température quasi ambiante… à savoir glaciale. Stimulant ! © Droits réservés

Kerstin Florian, Suédoise, grande papesse des produits naturels, convaincue du bienfait des herbes traditionnelles de l’Arctique, a imaginé une carte de soins teintée d’holistique, saupoudrée de chamanisme où la thérapie par le froid tient le haut du pavé. On se réjouit d’avoir depuis des lustres fréquenté les eaux fraîches de l’Atlantique, le choc sera moins rude. De fait, lorsqu’après une rapide installation et un massage 100 % végétal, qui fleure bon le lichen, l’argousier et le néroli, pour se remettre de son voyage, on s’immerge dans un bain froid alimenté par l’eau de la rivière, on frissonne à peine, on apprécie l’effet tonique, détoxifiant, et on se promet la prochaine fois, au retour d’une longue balade, de plonger alternativement dans les trois saunas, très chaud, chaud et quasi glacial. « Je suis persuadée, explique Kestin, que l’alliance subtile, savamment dosée, des parfums, des couleurs, des sons, des saveurs, chasse le stress, stimule les énergies, favorise la pleine conscience, la méditation. »

À peine cinq heures après ses premiers pas dans cet univers a priori hostile, requinquée, on programme ses trois jours polaires, bannissant d’emblée la motoneige, pas dans le mood. On opte pour un safari-photo à pied, même si à cette époque la plupart des animaux hibernent, dont les ours, une balade à la réserve de Storforsen pour suivre la rivière Pite, ses chutes et son immense barrage gelés comme des sculptures de cristal, repérer les loutres, les visons et les nombreuses empreintes de lièvres, écureuils, rennes, inscrites dans la neige.

Par respect pour l’environnement, même si on vient en hélicoptère et en voiture, on privilégie, pour les balades alentour, les chiens de traîneau ou les rennes, plutôt que les motoneiges. © Alex and James

On choisit de passer sa dernière journée dans une des rares familles same qui élève encore des rennes.

À 22 heures, bien au chaud sous sa couette, on jette un ultime regard vers le ciel… Émotion, en camaïeu de verts fluo, furtive, une aurore boréale colore les nuages, disparaît, suivie quelques minutes après par une seconde plus dense à dominante rose violet… On guette, on guette, mais le sommeil triomphe. Demain sera un autre jour à l’extrémité nord du globe.

L’intérêt majeur de ce bout du monde : les aurores boréales qui enflamment le ciel d’octobre à fin mars, entre 18 heures et 2 heures du matin. Les plus belles paradent entre 22 heures et 23 heures.© Anders Blomqvist

Article paru dans le numéro 120 d’Hôtel & Lodge

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