Le tour du monde en France : du Canada au Perche

Qui a dit qu’il fallait prendre l’avion et partir à l’autre bout du monde pour être dépaysé ? À moins de deux heures de route de Paris, le Perche rappelle les vastes étendues sauvages du Canada. Un paradis pour les promeneurs, les amateurs d’art et de brocante… sur fond d’esprit trappeur.

Texte Caroline Ithurbide

Du Perche au Canada, il n’y a qu’un pas. Toutes proportions gardées, les forêts de chênes de Bellême ou de Senonches affichent une ressemblance frappante avec les milliers d’hectares boisés du nord de l’Amérique. Les étangs, lacs et sentiers de campagne de l’Orne ont quelque chose du parc national de Banff ou du parc provincial du Mont Robson. Mais les liens entre ces deux destinations sont bien plus profonds. Pour les comprendre, il faut remonter au xviie siècle, à l’époque de l’émigration percheronne, lorsque 327 hommes, femmes et enfants entreprennent « le grand voyage » et partent s’établir sur les rives du Saint-Laurent pour faire prospérer les terres de ce que l’on appelait alors la Nouvelle-France. Leur descendance est aujourd’hui estimée à plusieurs millions de personnes au Canada. Une association a même été créée en 1956 dans le but de perpétuer cette relation, et un musée trône désormais rue du Québec, à Tourouvre, relatant les 400 ans d’histoire entre les deux contrées si proches et pourtant si éloignées.

LE CANADA : Le parc national du Mont-Tremblant dans la région des Laurentides, aux couleurs de l’automne. © Marcel Gignac
LE PERCHE : La forêt de Bellême, havre de paix sous les arbres flamboyants. © David Commenchal

Autre point commun : la douceur de vivre et le goût des belles choses. Venir dans le Perche, c’est flâner aux terrasses des plus jolis cafés et salons de thé, déguster local et déambuler de marchés en ateliers de créateurs, de brocantes en galeries ultra-pointues à la recherche de pièces signées ou iconiques. Certains parlent de « greenification » (surtout depuis la crise du Covid), d’autres assimilent le Perche au 21e arrondissement de Paris tant la région attire les urbains en mal de nature et de reconnexion : « les Accourus », comme on les appelle malicieusement, qui fuient la capitale dès le vendredi soir. Qu’importe, de Saint-Céneri-le-Gérei à Frazé en passant par les emblématiques Mortagne-au-Perche ou Nocé, il règne ici un je-ne-sais-quoi alliant décontraction et art de vivre. En cette fin d’été, l’heure est venue de saisir le Perche…

Hôtels : nuits de style

Hôtels confidentiels, gîtes cosy et maisons d’hôtes chaleureuses fourmillent dans les petits villages du Perche. Chacun dans leur genre, ils révèlent un vrai sens de la décoration et de la mise en scène. Voici nos deux coups de cœur.

01 – MAISON CERONNE : CHIC

L’ancienne longère a été transformée en chambre contemporaine, donnant sur la piscine extérieure chauffée. 

À l’origine, cette double longère percheronne à Sainte-Céronne-lès-Mortagne était destinée à devenir la maison d’amis de Vincent et Clément. Mais cinq ans de travaux plus tard, c’est finalement l’une des adresses à réserver parmi les plus séduisantes de la région avec 12 chambres dont 4 créées très récemment, 8 mètres de hauteur sous plafond, d’immenses baies vitrées articulées autour d’une cheminée de 18 tonnes, une palette de noir et blanc, du bois brut, du béton ciré, de la pierre et la spectaculaire piscine intérieure qui n’a d’égale que sa jumelle extérieure. Le mobilier vintage, très années 1970, a été chiné un peu partout, à l’image du canapé De Sede en patchwork de cuir noir de 14 mètres de long qui cohabite avec une table en acier sortie tout droit de l’imagination des heureux propriétaires, adeptes du mix & match. Maison Ceronne dénote. À en croire le couple d’ex-Parisiens, « on n’est ni à l’hôtel, ni dans une maison d’hôtes. Ici, c’est plus un voyage, une ambiance ». La néo-demeure de campagne dont tout le monde rêve, doublée d’une cuisine maison de qualité.

02 – MONTELOUP : CHARME

La salle à manger de cette drôle de maison, à mi-chemin entre l’hôtel de charme et la boutique d’antiquités.

Jérôme est antiquaire et historien d’art ; Gil est fleuriste et meilleur ouvrier de France. Tous les deux sont amoureux du Perche. Alors quand la petite épicerie du village de La Perrière est mise en vente à l’été 2020, ils voient là l’occasion de créer le boutique-hôtel de leurs rêves. Au rez-de-chaussée, des fleurs et du mobilier xviiie, des objets anciens et une sélection de coussins provenant d’une belle maison hollandaise. Au sous-sol, une épicerie fine regorgeant de produits du terroir, et au premier étage, trois chambres d’hôtes au charme cossu : Le Grenier, Le Fumoir – sorte de salon masculin dans l’esprit des grands explorateurs invitant au voyage – et Le Boudoir, la plus cosy, une suite de 30 m2 à la décoration très Napoléon III. Au réveil, c’est entre les barbotines et la vaisselle d’antan que l’on déguste un petit déjeuner local fait de pain bio, de carrouges (camembert du coin) et de gâteau fondant aux marrons sans gluten. Une adresse exclusive façon cabinet de curiosités.

Activités : coup d’oeil dans le rétro

Dans ses villages, à travers ses forêts et sa joyeuse campagne,
le Perche entretient un doux parfum de nostalgie,
dont les visiteurs s’imprègnent dès leur arrivée.

01 – PARCOURS DE CHINE

Chez Nous Campagne © Franck Schmitt

Les brocantes sont au Perche ce que la tour Eiffel est à Paris. Avec quelques spots incontournables !

Chez Nous Campagne : le concept-store de Cécile et Franck, dans le village de Bubertré, est un lieu unique, aménagé dans les granges d’un ancien prieuré du xviie siècle, où s’amoncellent objets de créateurs (dont ceux de Fafa des Bois, à base de matériaux recyclés), bijoux, céramiques et peintures oniriques de Catherine Gouny. 

Maison Close : une adresse d’antiquaires experts en mobilier des années 1960 à 1980, ouverte par Olivier dans les vastes volumes blancs et noirs d’une maison de maître du xixe siècle à Bellême. 

La Maison Désinvolte : un nom sympathique pour une ancienne ferme de Bazoches-sur-Hoëne transformée en brocante, restaurant et lieu d’expos éphémères, où sont présentées des œuvres de jeunes pousses dénichées à travers le monde.

02 – SLOW TOURISME EN VOITURE ANCIENNE

La Triumph Herald louée par Sylvia, du Domaine de la Lochetière.

Organiser une virée à deux sur les routes du Perche dans une jolie Triumph Herald cabriolet datant des années 1970 : c’est l’idée de Sylvia, la propriétaire du Domaine de la Lochetière, à Verneuil-sur-Avre. Elle met à la disposition de ses clients deux voitures anciennes, une carte, un pique-nique (sur demande) et partage ses recommandations pour découvrir la région autrement, doucement. La dolce vita à la sauce percheronne…

03 – DÎNER À L’ÉCOLE

L’école de Saint-Cyr-la-Rosière transformée en restaurant.

Plus qu’un restaurant classique, Après l’école est un lieu de vie et d’échange comme seuls les passionnés savent en créer. Aux manettes, Sergueï. Avec lui, pas de devoirs, c’est la récré ! En lieu et place de l’ancien établissement scolaire de Saint-Cyr-la-Rosière, ce féru d’art contemporain et de design a installé une table conviviale et locavore avec un menu qui change toutes les semaines, un bar à vin et une épicerie fine. Chaque soir, deux entrées, deux plats et deux desserts au choix, avec des associations improbables comme les pois chiches et blettes sautés aux épices, potimarron rôti et sauce tahini.

Article paru dans le numéro 124 de Hôtel & Lodge

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