3 escales hôtelières en Egypte

Un livre à ciel ouvert, un livre de pierres gravées s’élevant vers les nuages, s’enfonçant au plus profond du désert où l’histoire mêlée des dieux et des déesses, des rois et des reines, ensorcelle les amoureux de cette terre divine. Trois escales, trois expériences hôtelières, d’Assouan au Caire.

Texte Anne-Marie Cattelain Le Dû

Ballet des bateaux sur le Nil, inauguration annoncée du GEM, Grand Egyptian Museum, au pied des pyramides de Gizeh, grand nettoyage du Caire : les oracles semblent s’être concertés pour fêter le centenaire de la découverte de la tombe de Toutankhamon, aimantant de nouveau les visiteurs. Français et Américains en tête se pressent dans les temples et au plus profond des tombeaux. Les guides retrouvent leur verve, les marchands des souks, leur bagou. Les parfumeurs vantent leurs extraits de fleur de lotus bleu, de papyrus et d’oud, insipides copies de ceux que préparaient les nez des pharaons comme le révèlent les sculptures délicates des tombeaux et des temples. Sans foule, sans bousculade encore, l’activité redémarre.

Verdissant les rives, en contrebas des dunes où se cachent les tombes des pharaons et les temples des dieux, le Nil file, majestueux et nourricier. © Shutterstock

L’Égypte, superstar, s’est exposée ces derniers mois du British Museum, à Londres, au Louvre de Lens, du Bozar de Bruxelles au Mucem à Marseille, enregistrant des records de fréquentation. Et début décembre 2022, Dior a organisé son défilé sur le parvis du Grand Egyptian Museum avec, en toile de fond, les pyramides ourlées de frises lumineuses. Curieusement, à l’heure des réseaux sociaux, des influenceurs, ce monde où légendes, croyances et réalité s’entrecroisent, où les momies aux traits figés pour l’éternité interrogent de leur regard vide les vivants, où les paysans, depuis des millénaires, cultivent avec les mêmes outils, les mêmes ânes, les mêmes céréales et légumes, subjugue les mortels pressés que nous sommes. De l’île de Philæ au quartier copte du Caire, de l’Oberoi Zahra, navire luxueux, au St. Regis baignant sa façade design dans le Nil, via Al Moudira, boutique-hôtel caché dans la Vallée des Reines, voyage au présent pour remonter le temps. Avec pour compagnons Horus, Rê, Ramsès II, Néfertiti, Hatchepsout et Toutankhamon, bien sûr.

01 – THE OBEROI ZAHRA : L’EXCEPTION

56 passagers maximum à bord de ce bateau fluvial, se réjouissant tout autant des visites sur mesure, avec guide privé, que de l’excellence de la table. © DR

Timing parfait! Vol de nuit, transit rapide au Caire pour atteindre Assouan en 1h30 par les lignes intérieures. Berline, chauffeur et guide privés guettent les passagers chiffonnés. Direction le ponton où la coque blanche effilée du Zahra tire sur ses amarres, impatiente de les larguer pour remonter le Nil vers Louxor. Cinq ponts, vingt-sept cabines offrent avec générosité, de leur grande baie vitrée, le fleuve en partage. Délaissant le restaurant climatisé à mort (la majorité des croisiéristes sont américains), on grimpe sur le deck supérieur. À l’air libre. Légère brise, odeur si particulière du fleuve, musique de la vie quotidienne qui s’ébroue sur le quai, cadre idéal pour s’imprégner de cet Orient que le soleil levant maquille d’or mat. Minarets, maisons en torchis, phares, palmiers se détachent sur le ciel virant de l’outremer au bleu layette. Avec en vis-à-vis l’immense piscine à découvert. On troublera sa surface au retour de la première visite. « Vous l’aurez pour vous seule, assure le serveur amusé. L’eau est à 22 degrés maximum, chauffée par les rayons solaires. » Promesse d’une exquise fraîcheur avant un long massage au spa, le seul sur un bateau de croisière du Nil. Mais avant, rendez-vous au salon bibliothèque avec Aton, gaillard copte au français parfait, appris à Montpellier. Un des principes de l’Oberoi est de proposer des visites sur mesure, privées, selon les centres d’intérêt, les envies, la forme de chacun.

Vingt-cinq cabines de luxe d’une superficie de 26 m2, entièrement vitrées pour admirer le paysage, et deux suites de 50 m2 avec terrasse privée et Jacuzzi. © DR
La plus grande piscine à bord d’un bateau sur le Nil, et surtout le deck, hyper-agréable pour prendre un drink mais aussi tous ses repas quand on fuit la climatisation. © DR

Aton me soumet à la question pour définir le programme, ajuster les visites, en fonction de mes connaissances, de mes souhaits. Du cousu main. Entre les visites en décalé des hauts lieux témoins de 5000 ans d’Histoire, le décryptage des hiéroglyphes, la lecture des hauts et bas-reliefs, le thé partagé au débotté avec des pêcheurs nettoyant leurs filets sur la berge, les échanges avec le parfumeur davantage soucieux de la décoration de ses flacons que de leur contenant, le temps s’écoule, non chronométré, nourri tout à la fois d’interrogations sur cette civilisation, loin d’avoir livré ses secrets, et de rencontres avec le peuple du Nil.

02 – AL MOUDIRA : LE RÊVE DE « LA PATRONNE »

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Débarquant de l’Oberoi Zahra, mémoire saturée, on file vers la Vallée des Reines. Repos bien mérité au cœur de la propriété imaginée dans les années 1990 par Zeina Aboukheir, photographe libanaise qui, pendant trois ans, dirigea le chantier réunissant 150 hommes. Ces ouvriers la surnommèrent Al Moudira, « la Patronne ». Amusée, Zeina baptisa ainsi son petit palais arabe de 54 chambres éparpillées entre patios, jardins, potagers. Incroyable dédale vert à l’orée du désert; incroyable décor de coupoles, fresques, fontaines et objets chinés. Al Moudira, selon les saisons, fleure bon les fleurs d’orangers, de citronniers, de jasmins, d’eucalyptus.

Tout est unique, tout est beau, dans ce boutique-hôtel caché au sein d’un village non loin des rives du Nil : de la réception aux chambres immenses, des patios et jardins où bruissent des fontaines et les palmes des arbres au restaurant dont la salle Art déco se prolonge en grande terrasse ombragée. © DR
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Ventilée naturellement, ombragée, la terrasse patio du restaurant est agréable du matin au soir, quasi en toute saison. © DR

Zeina vient de vendre son domaine conçu comme un « refuge pour voyageurs aventuriers, avec une certaine idée de ce qu’est le bonheur lorsqu’on aime des lieux désolés ». Un havre flirtant avec les nécropoles des épouses des pharaons, dont celle, encore mystérieuse, de Néfertiti, épouse de Ramsès II. Le nouveau propriétaire promet de préserver la magie d’Al Moudira. On invoque les dieux pour que cette oasis ressourçante conserve son charme envoûtant. Une halte indispensable avant de plonger dans la fournaise cairote.

03 – THE ST. REGIS CAIRO : DU HAUT DE SES ÉTAGES

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Tout étourdit, tout éblouit, tout étonne au Caire, mégalopole embouteillée H24, juxtaposition de quartiers que l’actuel président tente d’organiser. Le Caire, arrêt incontournable pour explorer les pyramides mais aussi le quartier copte, les souks où, la nuit tombée, une foule dense s’agglutine. Le Caire qui n’en finit pas de grandir. Nour, née ici, guide par passion, vivant avec ses 15 chiens dans la grande villa de ses parents décédés, connaît sa ville par cœur. De ses années d’études à Lille, elle conserve un léger accent ch’ti qui pimente ses commentaires. « J’assiste tous les jours à la métamorphose du Caire. J’ai vu le St. Regis se construire sur la corniche, reflétant ses tours cuivrées dans le Nil, puis ouvrir il y a quelques mois » raconte-t-elle.

362 chambres et suites mêlant design occidental et touches orientales, six restaurants dont le très réputé J&G Steak house et La Zisa, meilleure table italienne de la capitale, piscines dehors et dedans, localisation centrale, service efficace… le 5-étoiles du groupe Marriott tient ses promesses. © DR
Prolongeant la réception, le lobby, avec son bassin et ses lampes en cuivre ciselées, projette en Orient. Superbe. © DR

The St. Regis, audacieuse architecture du cabinet américain Michael Graves de plus de 300 clés, avec en majesté un lustre en cristal de Swarovski, puzzle de 250 000 pièces. Palace design avec ses moucharabiehs, ses cuivres travaillés, ses étoffes tissées, ses bassins, ses tables abondantes et cet art de recevoir que l’Orient cultive depuis le règne de Mény, pharaon fondateur de la première dynastie et du royaume égyptien.

Pharaonique… et attendu : le Grand Egyptian Museum

Vingt ans exactement après l’attribution du chantier, sous l’égide de l’Unesco, au cabinet d’architecture irlandais Heneghan Peng, le bâtiment en albâtre regardant les pyramides de Gizeh devrait enfin ouvrir. Accueillis par l’imposante statue de Ramsès II, transférée de la place de la Gare, les visiteurs pourront admirer plus de 100 000 pièces, la plupart exposées pour la première fois. Avec, en « vedette », les 5 000 objets découverts en 1922 dans la tombe de Toutankhamon et la barque solaire de Khéops.

grandegyptianmuseum.org

Y aller Avec Kuoni Émotions

Séjour de 12 jours et 11 nuits. Prix : à partir de 6 350 €, comprenant transferts privés A/R du domicile (dans certaines villes) à l’aéroport, accueil prioritaire à l’aéroport, vols A/R internationaux (Air France) et intérieurs et tous les transferts, 7 nuits en pension complète sur l’Oberoi Zahra avec guide privé, visites sur mesure, 2 nuits à Al Moudira, 2 nuits au St. Regis.

emotions.kuoni.fr

Dossier paru dans le numéro 126 d’Hôtel & Lodge.

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