Los Angeles, le rêve américain 3.0

La Cité des Anges rayonne. Plusieurs bâtiments iconiques ont vu le jour, certains quartiers émergent et des hôtels étonnants se créent avec le retour des visiteurs internationaux. Malgré les effets de la crise sanitaire, Los Angeles n’a rien perdu ni de son dynamisme, ni de son éclat. Et elle a toujours un temps d’avance !

Texte Jeanne Spaliviero

En 1781, un groupe de Franciscains fonde la Mission San Gabriel Arcángel. Et les contours du village de Nuestra Señora la Reina de los Ángeles se dessinent. Cent quarante ans plus tard, dans les années 1920, la bourgade productrice d’agrumes est devenue productrice de films, la première au monde. À cette époque s’érige Downtown Los Angeles (DTLA), aux buildings de styles Beaux-Arts et Art déco. Délaissé après la guerre, et pendant des décennies, le centre historique est aujourd’hui en pleine métamorphose, malgré la forte concentration de sans-abri, aggravée par la pandémie. 

Contraste saisissant entre la forêt  de gratte-ciel de Downtown L.A. et les montagnes de San Bernardino.

À l’automne 2021, une étape a été franchie avec l’ouverture d’un des premiers hôtels haut de gamme de ce quartier, le Downtown L.A. Proper, dans un bâtiment de style Renaissance Revival. De l’autre côté de la rue, un consortium d’universités, la Sydney Poitier New American Film School et l’Arizona State University, a vu arriver ses premiers étudiants à la rentrée dernière, dans les locaux de l’ancien Herald Examiner, construits en 1914 par une femme, Julia Morgan. Quelques blocks plus loin, le Tower Theatre, cinéma de 1927 abandonné depuis 1988, s’est mué en magnifique Apple Store, et dans les quartiers attenants, comme le Arts District et le Fashion District, fleurissent aussi restaurants, toits-terrasses, galeries d’art et boutiques. « L.A. est une destination où se rencontrent les esprits créatifs du monde entier, note Lauren Salisbury, directrice de l’office du tourisme de la ville. Et la pandémie n’y a rien changé. Depuis deux ans, une vingtaine de nouveaux hôtels ont ouvert, soit 2 100 chambres supplémentaires. » De nouveaux lieux emblématiques ont également fait le buzz : l’Academy Museum of Motion Pictures, le plus grand musée du monde consacré au cinéma, ou le SoFi Stadium, stade dernier cri, hôte du dernier Super Bowl, d’un coût total de 5,5 milliards de dollars, tous deux inaugurés en 2020.

Ce bouillonnement urbain ne freine cependant pas les préoccupations écologiques. Le Green New Deal, lancé en 2019 par le maire Eric Garcetti, a permis de classer Los Angeles au premier rang des villes américaines pour l’énergie solaire, la circulation des véhicules électriques et l’utilisation de l’asphalte en plastique recyclé afin de repaver les rues. « Il fait bon vivre à L.A., confirme Sharon Furman, artiste dont le travail s’inspire de l’énergie de sa ville natale, mais il faut en avoir les moyens. Dans les années 1970, mes parents se sont installés à Beverly Hills, un quartier alors abordable, bordé de prairies où paissaient les chevaux ! Maintenant, les gens s’excentrent de plus en plus vers l’est, Los Feliz, Silver Lake, Echo Park, le old L.A., des quartiers qui regorgent de jolies maisons des années 1950 et 1960, mais déjà devenus presque inaccessibles. »

Du côté de l’hôtellerie, ce déplacement géographique se traduit par une nouvelle tendance : une offre large de jolis boutiques-hôtels à l’esprit vintage dans ces quartiers méconnus des voyageurs. Malgré tout, le charme de Hollywood opère toujours, à en croire le nombre impressionnant de rénovations et d’ouvertures d’hôtels aux environs de Sunset Boulevard. À L.A., tout change, mais rien ne change !

Dans le quartier de Little Venice, le canal aménagé en 1905 par le célèbre entrepreneur Abbot Kinney est une oasis de verdure entre ville et océan

CRÉER À L.A.

Ils font des films, des cocktails, des vêtements… et parlent tous avec émotion d’une ville qui les inspire. Témoignages.

HEIDI MERRICK, créatrice de mode à l’esprit surf

« J’ai grandi à Santa Barbara et suis partie vivre à New York le jour de mes 18 ans. Je ne suis venue à Los Angeles que lorsque j’avais une vingtaine d’années. C’était une manière de renouer avec la Californie et le style de vie de la côte Ouest. Ici, je me sens moi-même. On peut être productif et créatif tout en continuant à s’amuser. Je me suis consacrée à la mode après avoir fabriqué ma robe de mariée. Mon but : reprendre ces choses confortables que portent mes contemporains, notamment les surfeuses, mais les rendre plus belles, plus sophistiquées, plus habillées et authentiques. J’ai donc créé une marque éthique, fondée sur la fabrication locale, fidèle au style californien qui m’est cher. Quand je sors en ville, je vais surtout à Downtown, mais j’aime aussi Silver Lake et ses jolis restaurants comme Stella ou Botanica.« 

WILL GLUCK, réalisateur et producteur (Sexe entre amis, Annie, Pierre Lapin…)

« Lorsque je suis arrivé à Los Angeles, après avoir traversé le pays en voiture depuis New York, j’ai été frappé par la lumière, son éclat orangé. Même les ombres me semblaient invitantes. Je ne connaissais personne, c’était un peu intimidant. Mais j’ai trouvé qu’il était facile de se faire des amis et des relations. Ce que j’aime ici, c’est cette chaîne de montagnes qui arrive jusque dans la ville. Là où j’habite, je vois des cerfs et des coyotes, j’entends les chouettes. Pourtant, nous ne sommes qu’à 5 minutes en voiture de Hollywood Boulevard ! Depuis 2011, plus aucun de mes films n’a été tourné à L.A., alors c’est devenu pour moi un lieu de vie entre deux voyages. En famille, nous aimons faire des randonnées et adorons explorer les quartiers comme Little Tokyo, Little Armenia et tous les autres “Little” qu’on peut trouver ici.« 

ERIC ALPERIN, bartender, propriétaire du bar The Varnish

© Eric Wolfinger

« Au début des années 2000, mon ami Sasha Petraske a ouvert Milk & Honey à New York, un bar consacré aux cocktails, le tout premier du genre, devenu mythique. Lorsque Sasha et moi sommes arrivés à L.A., nous savions que les Angelenos seraient intéressés par ce type de bar. À l’époque, la ville avait de bons bartenders, mais ils en étaient encore à la phase Martini. Quand nous avons ouvert The Varnish à Downtown en 2009, cela a marqué un tournant dans la culture du F&B*. Pour moi, DTLA a ce charme particulier, mystérieux, des romans noirs. J’aime voir le quartier évoluer, même si la situation des sans-abri y est terrible et que beaucoup de restaurants ont fermé pendant la crise sanitaire. C’est là que je travaille mais aussi que je vis, car j’apprécie de pouvoir être facilement dans la nature. Il suffit de prendre Sunset Boulevard, et c’est direct jusqu’à l’océan. J’adore aussi sortir et découvrir des bars et restaurants, notamment à Koreatown pour le BBQ. « 

* Food & beverage (nourriture et boissons)

LIZ LACHMAN, compositrice et réalisatrice

« J’ai grandi à Detroit et j’ai longtemps été compositrice. Je suis venue à Los Angeles, où j’ai écrit de la musique pour la télévision et gagné un Emmy Award. Puis je me suis mise aux scenarios. Je fais surtout des films de fiction, mais quand mon épouse, la cheffe Susan Feniger, a décidé d’ouvrir son premier restaurant, j’ai décidé de prendre la caméra pour suivre les étapes. Pour moi, L.A. est un endroit inspirant. J’y ai quelques adresses fétiches comme Socalo et sa cuisine mexicaine très contemporaine ou Thai Bamboo Cuisine. Mais surtout, il y a pléthore de gens créatifs ici ! J’ai rencontré de merveilleux artistes avec qui j’ai envie de lancer de multiples projets.« 

En haut de l’affiche

Parmi les quartiers où les hôtels fleurissent, Hollywood, bien sûr, mais aussi Downtown ou Silver Lake, moins connus mais tout aussi attrayants. Démonstration avec trois adresses inédites.

THE DOWNTOWN LA. PROPER HOTEL, du club privé à l’hôtel design

Vue imprenable sur la ville depuis l’une des suites du Downtown L.A. Proper Hotel, meublée de pièces chinées par la décoratrice Kelly Wearstler. © The Ingalls

L’ouverture, en octobre 2021, du Downtown L.A. Proper Hotel, a marqué un tournant stylistique dans un quartier architecturalement riche. Les 148 chambres de ce Design Hotels ont en effet été créées dans un bâtiment datant de 1926 et classé monument historique : initialement un club privé ayant pour membres des célébrités tel Cecil B. DeMille, devenu un YMCA (un foyer pour jeunes adultes défavorisés), puis abandonné et vide depuis 2004. La créatrice et décoratrice Kelly Wearstler, star aux États-Unis, a su composer avec les volumes extravagants et les superbes détails du lieu :
damiers au sol ou piscine et terrain de basket dans les étages. L’une des suites les plus folles, avec son salon aux fauteuils vintage improbables et son grand bassin de 10 mètres de long propice à la brasse, est ainsi devenue la Swimming Pool Suite. Kelly Wearstler a également réussi à faire renaître l’esprit californien des débuts, en invitant des artistes locaux : Abel Macias, par exemple, a magnifié le lobby par une fresque florale et animale hyper-colorée, à la naïveté des otomis, les broderies traditionnelles mexicaines. La piscine extérieure du rooftop bar, plongeant sur les buildings de Downtown Los Angeles (DTLA), où les colibris butinent dans les pots de fleurs, mérite le détour.

SILVER LAKE POOL & INN, rétro glamour

Pour une pause fraîcheur dans la torpeur de L.A., une agréable piscine aux allures très vintage.

On se croirait dans un film Super 8 aux couleurs orangées un peu passées quand on arrive dans cet ancien motel des années 1980, ravivé et doté désormais de 54 chambres à l’esprit vintage, très mid-century. Sa piscine privée, en surplomb, donne sur les collines de Hollywood, les palmiers, les cactées et les maisonnettes du quartier de Silver Lake, devenu très à la mode. On vient ici pour avoir la sensation de plonger dans un L.A. suranné. Dans les chambres, le mobilier est inspiré des haciendas mexicaines, à la touche moderniste : larges fauteuils de bois et de cuir, tables de nuit carrées en terrazzo, sols en béton, photos en noir et blanc de saguaros, artefacts faits main. Même la bouteille de Madre Mezcal, à l’étiquette stylisée rouge et blanc, semble tout droit sortie d’un film des années 1950. Ici, tout est lumière, collines et Hollywood glamour. On apprécie aussi de pouvoir flâner – sans voiture ! – dans les jolies boutiques de Sunset Junction et les cafés charmants des alentours.

WEST HOLLYWOOD EDITION, station de luxe

Chic et écofriendly, l’hôtel situé au cœur de la trépidante ville possède des suites avec terrasse végétalisée.

Le visiteur curieux se demandera ce que peut faire une œuvre d’art aussi étrange – un bidon d’essence rouillé suspendu au plafond – dans l’immense lobby en marbre de Tivoli et en bois de cèdre. C’est que le West Hollywood Edition est une ancienne station-service muée en tour de verre. Haute de 14 étages, elle est d’un luxe inouï avec, en son sommet, piscine, restaurant et bar où siroter des cocktails accompagnés de latino food. Depuis cette terrasse qui compte parmi les plus prisées de Hollywood, les vues sont presque illimitées : elles balaient les montagnes de Los Angeles, vont jusqu’au Pacifique et Santa Monica, en passant par l’élégante skyline de DTLA. Dans cet établissement griffé Edition, marque lifestyle du groupe Marriott, les 190 chambres dont 58 suites ont toutes de larges baies vitrées et des murs extérieurs végétalisés : l’élégance épouse les exigences écologiques. L’esprit ? Contemporain glamour et un rien nostalgique, avec, dans chaque chambre, des photos noir et blanc de personnalités des années 1960 et 1970. La couverture en fausse fourrure jetée à la va-vite sur chaque lit n’est pas une négligence du personnel, elle raconte une histoire : celle de la mère du propriétaire, une socialite new-yorkaise qui rentrait tard de fêtes extravagantes en laissant traîner son vison…

L.A. AU SUMMUM

Avec ses 320 jours de soleil par an, la Cité des Anges aurait pu
faire naître le concept du rooftop. Mais non, ici, la tendance est récente.
Et désormais, pratiquer le yoga, siroter un daiquiri, dormir face à l’océan ou déguster des plats mexicains sur des toits-terrasses, notamment d’hôtels, fait partie du « L.A. style ».

VENICE V HOTEL

Venice V Hotel

4300 roues de skate multicolores forment le portrait d’Abbot Kinney, le promoteur immobilier qui, au début du xxe siècle, créa la petite Venise des bords du Pacifique, Venice Beach. Ce visage barbu et surdimensionné s’élance derrière le comptoir de la réception du Venice V Hotel, initialement lancé en 1915 et rouvert après moult rénovations en 2021. Le point fort de cet endroit : les cinq Ocean View Penthouses, sur le toit, dont deux avec vue directe sur le Pacifique et les palmiers : un rêve !

THE HOLLYWOOD ROOSEVELT

The Hollywood Rosevelt

Comme de plus en plus de grands hôtels, le Hollywood Roosevelt propose des cours de yoga sur son toit avec vue sur le Hollywood Sign (le fameux panneau de lettres blanches géantes), le mercredi soir à la tombée de la nuit. Les sessions sont gratuites, mais les places sont chères car elles sont généralement ouvertes à tous – les résidents de l’hôtel ayant bien sûr la priorité.

LA CHA CHA CHÁ

On se croirait dans un bar de plage, avec cette petite cabane centrale où sont préparés margaritas et mojitos. Mais c’est bien sur le toit d’un immeuble du Arts District, bordé de jasmins et autres plantes grimpantes, que l’on déguste ceviche de crevettes, poulpe à la Maya, guacamole à l’huile de jalapeño et tacos… comme à Cancún ou Tulum.

PENDRY WEST HOLLYWOOD

Pendry West Hollywood

Ouvert en avril 2021, l’hôtel Pendry West Hollywood affiche un style spectaculaire, extravagante réinterprétation contemporaine des années 1920, avec des espaces étonnants : un bowling, un cinéma…. Sur le toit, au bord de la piscine, comme (presque) à tous les étages, les différents restaurants sont menés de main de maître par le célèbre chef Wolfgang Puck. Dégustation avec vue.

DESERT 5 SPOT, TOMMIE HOLLYWOOD

Rendre hype la country music est l’un des défis du bar très branché et très second degré de l’hôtel Tommie Hollywood. Dans une déco inspirée des motels désuets de Palm Springs et de Joshua Tree, avec banquettes en bois, tissus colorés du Nouveau-Mexique, objets vintage et cactus à gogo, on savoure un cocktail en plein air, comme si l’on planait au-dessus de la ville.

BAR LIS, THOMPSON HOLLYWOOD

Bar Lis, Thompson Hollywood

Perché au-dessus de l’hôtel Thompson Hollywood, près de la majestueuse piscine, ce bar à l’esprit Riviera des années 1960, aux tons vieux rose, offre des vues spectaculaires sur Hollywood et son mythique panneau.

Les bonnes adresses de Stéphane Lacroix

Le directeur général du Downtown L.A. Proper Hotel est un Français qui a parcouru la planète. Il a appris à connaître et à apprécier Los Angeles, et notamment Downtown, le quartier en pleine renaissance où est implanté son hôtel, et ses alentours.

Earth Bean Coffee : à deux pâtés de maisons de l’hôtel, il vend du café bio, certifié sans pesticides, dans un cadre lumineux et écolo, avec un joli mobilier en bois de récup’. earthbeancoffee.com

Bacetti : un très bon et très cool nouveau restaurant italien à la déco un peu vintage, où sont servis poulpes grillés, fèves à la menthe ou gâteaux de polenta, dans le quartier verdoyant d’Echo Park. bacetti-la.com

Pretty Dirty L.A. : un bar à Eagle Rock, à 20 minutes en voiture de l’hôtel. C’est mon speakeasy préféré, on y déguste de merveilleux cocktails dans un esprit très années 1970. prettydirty.la

Le Arts District : un quartier limitrophe de DTLA, qui regorge de galeries et de petits musées. Mon favori est le Hauser & Wirth pour son côté intimiste et ses expos très pointues. Toujours dans le Arts District, je conseille de faire un tour au Dover Street Market, situé dans d’anciens entrepôts, où l’on trouve de nombreuses marques haut de gamme. Là-bas, je déjeune volontiers chez Rose Bakery, un endroit où l’on savoure des produits bio et de saison. hauserwirth.com –
shop.doverstreetmarket.com

EN SAVOIR PLUS

Le site du Los Angeles Tourism & Convention Board, en français, suggère notamment des bonnes adresses, des trésors cachés et des programmes pour découvrir la ville en trois jours : pour voir les stars, pour les amateurs d’art, en mode romantique…

discoverlosangeles.com

Reportage paru dans le numéro 124 d’Hôtel & Lodge.

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