Dora Baghriche « J’aime les pays où on ne badine pas avec les traditions »

Parfumeur reconnue, passionnée de voyages, de rencontres, de mots, Dora Baghriche conte le monde avec sensibilité, à travers ses créations olfactives et ses écrits.

Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû

Le parfum, une passion, une vocation ? 

Engagée, exaltée, j’aurais aimé « rendre compte » de l’actualité dans ce qu’elle a de magnifique et de sombre en devenant journaliste. Puis j’ai eu un coup de foudre pour le parfum qui  invite à « sentir » et à restituer autrement les choses de la vie. Début de ma carrière en 2010, à Paris, chez Firmenich, désormais dsm-firmenich. Premières compétitions, premiers succès, premiers échecs. J’y suis restée 16 belles années.

Dora Baghriche crée des parfums qui lui ressemblent, racontant sa perception du monde, mais aussi ses émotions, ses impressions, ses souvenirs. © Firmenich

Votre signature, votre style ?

Je fuis le fade, le commun, dans mes créations comme dans la vie. Quand le marché snobait les fruits, il y a quinze ans, j’ai imposé la poire dans Anaïs Anaïs Premier Délice. Quand l’ambrette était la graine oubliée, je l’ai glissée dans You de Glossier. Idem pour l’encens et la mangue dans Fame de Rabanne. Outre la force des ingrédients, j’aime l’histoire qu’ils racontent,la façon dont ils expriment une idée. La Méditerranée, mon berceau, m’inspire, l’iris, la fleur d’oranger, la sauge… mais aussi le thé, l’encens. Nectar d’Etro, parfum très personnel, avec le miel, le jasmin, les épices, résume mon monde, mes inspirations.

Des parfums en guise de souvenirs ?

Certains nourrissent mon patrimoine nostalgique : Hiris d’Hermès et Parfum d’été de Kenzo, mes premiers parfums, Cabotine de Grès, celui de ma mère, Byzance de Rochas, Amarige de Givenchy, Shalimar de Guerlain, ceux de ma sœur… Mais aussi les premières créations de Fréderic Malle qui, avant tout le monde, a offert le statut d’auteur aux parfumeurs.

La nostalgie nourrit aussi son imaginaire, comme ce parfum de Guerlain, celui adopté par sa sœur. © DR

Votre actualité ?

Je viens de rejoindre Luzi, maison de création familiale qui fête cette année son centenaire ; mes derniers parfums créés chez dsm-firmenich, Musc Grenat de Narciso Rodriguez, Flower by Kenzo Cherry Poppy, Iris bleu d’Armani Privé ; mais aussi la parution de mon anthologie, Le goût du luxe chez Mercure de France. Mon intention, à travers des extraits littéraires, journalistiques, musicaux ou culinaires – merci à Eugénie Béziat  cheffe au Ritz Paris ! –, est de « re-penser » le luxe, de le redéfinir. En fusionnant les phrases de Bachelard, Shakespeare, Voltaire et Yourcenar, je dirais que le luxe est d’être libre de vivre, d’aimer, de contempler, d’assumer ses désirs, pleinement.

Une des dernières créations de Dora Baghriche chez dms-firmenich, un jus boisé, mixte, hommage à la Méditerranée. © DR

Maman pour la première fois… Un bouleversement ?

La maternité colonise toutes les ressources mentales et physiques.
Je la vis comme un bonheur unique, un booster, qui me grandit. Olfactivement, elle réveille une envie de notes charnelles, tactiles, plus animales, sensuelles ! 

Hôtels de globe-trotteuse

© DR

Depuis quelques semaines, Dora Baghriche participe à l’ouverture d’une antenne de Luzi, maison suisse de parfums, à Dubaï.
Aux grands hôtels de la mégalopole, cette grande voyageuse avoue préférer une nuit à la belle étoile dans le Sahara… Le parfum guide aussi ses pas au Faro Capo Spartivento, phare devenu 5-étoiles au sud de la Sardaigne, ceint par la Méditerranée, à Alger, au El Djazaïr, datant de 1889, pour son parc et ses hôtes légendaires, de Churchill à Simone de Beauvoir. Son rêve : découvrir Ginette, à Moorea, maison d’hôtes chic, VIP, posée sur le lagon, mais aussi le Alila Jabal Akhdar dans les montagnes omanaises.

Article paru dans le numéro 145 d’Hôtel & Lodge.

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