Exubérance végétale à la Villa San Michele

Cerné par la forêt du Mont Ceceri, le 5-étoiles toscan du groupe Belmond, juste rénové, s’étale en son jardin d’un hectare. Noces divines des cyprès, des chênes, des oliviers et des fleurs aux teintes aussi subtiles que leurs parfums. Rêveries à l’italienne.

Texte Anne-Marie Cattelain Le Dû

Elle a beau dominer Florence, être perchée sur la colline près de Fiesole, on ne devine la demeure qu’en négociant le dernier virage de la route étroite, empruntée avant la construction de la voie rapide, pour relier Florence à Bologne. Route parallèle à la Via degli Dei, le « Chemin des Dieux », joli sentier de randonnées. Ces quelques sinuosités entretiennent le mystère, attisent l’émotion avant que la façade de ce qui devint, au XVe siècle, le Convento di San Michele alla Doccia, monastère franciscain, s’impose avec grâce.

Le Convento di San Michele alla Doccia, datant du XVe siècle, avec sur sa façade des fresques attribuées à à l’école de Michel-Ange. © Letizia Cigliutti

Le concierge invite à sonner la cloche comme il était de mise pour tout visiteur au temps des religieux. Un rite, une entrée en matière avant de pénétrer dans le saint des saints, la réception, occupant désormais l’ancienne église Saint-Michel Archange. De merveilleux bouquets de fleurs naturelles, très Renaissance, éclairent la pénombre. Clé en main, on traverse le cloître, puis la terrasse embaumant la rose et le jasmin pour gagner ses appartements, côté jardin. Une volée de marches, un petit chemin pavé où l’odeur des fleurs de citronniers et celle du jasmin s’accordent sans fausse note, desservent la chambre 54 et son impressionnante salle de bains en marbre vert sauge. Des fleurs, toujours des fleurs, des pivoines rouges joufflues en bouquet sur la table en scagliola, tout enivre de poésie, de spiritualité. « La Villa San Michele invite à l’écoute, à apprécier la paix, la sérénité, la beauté. Nous avons pensé la décoration, notamment celles des suites et chambres, 15 dans le corps principal du monastère, 24 dans les jardins, en lien justement avec ces jardins, l’artisanat toscan, la richesse culturelle de Florence, mariant des pièces design à des objets de collection vintage et des artefacts rares », précise Luigi Fragola, architecte et designer d’intérieur florentin, qui a œuvré en lien étroit avec les équipes design de Belmond. Osant quelques pas de traverse, installant sur la grande terrasse la fenêtre suspendue de l’artiste argentin Leandro Erlich, Window and Ladder, et dans l’ancien cloître une autre de ses œuvres, The Cloud, soulignant un triptyque religieux du XVIe siècle. Le passé et le présent, liés, magnifiés

Dans le bâtiment principal, sous verrière, derrière la réception, une des loggias-salons végétalisées. © Adrian Gaut
Lumineuse, fleurie, La Limonaia, une des trois nouvelles suites signature, en surplomb des jardins. © Adrian Gaut

En 1982, séduit par la localisation et l’architecture de la Villa, alors un vilain hôtel, et par et sa localisation, devinant son potentiel, le groupe Orient-Express Hotels, désormais Belmond, la rentre dans son portefeuille, programmant avec la direction des Beaux-Arts de Florence une grande restauration dans les règles de l’art, respectant et ressuscitant scrupuleusement ses six siècles d’histoire. Une histoire commencée au XVe siècle, lorsque les Davanzati, famille aristocratique influente et fortunée, offre à l’ordre des franciscains un bâtiment Renaissance, près du village de Fiesole. Les frères l’aménagent avec bonheur. Plus tard, Pietro Porcinai, un des plus grands paysagistes du XXe siècle, dessine les jardins géométriques en terrasses, gagnés sur la forêt alentour.

En restanque, dominant villa et jardins, la piscine chauffée, prolongée d’un restaurant grill, a conservé son style vintage. © Letizia Cigliutti
Aménagée lors de la rénovation dans l’ancienne orangeraie, la terrasse de la suite Limonaia dévoile le bâtiment principal. © Adrian Gaut

En parallèle de la restauration de 2025-2026, Luca Ghezzi Garden Design a replanté ces jardins, les a enrichis de plantes répertoriées dans les encyclopédies du XVe siècle. Ces espaces végétalisés invitent désormais aux célébrations, aux fêtes, aux tête-à-tête romantiques, à la dégustation de cocktails, choisis sur un des éventails présentés par Luciano, bar manager. Avec, selon les saisons, le parfum de l’humus échappé des bois, celui, poudré, des iris florentins, musqué de la glycine tricentenaire, citronné de la pergola aux roses. Ils incitent, comme au temps des pères, à la contemplation, mais aussi à se souvenir qu’un certain Bonaparte ayant annexé la Toscane en 1798, devenu empereur en 1804, chassa quatre ans plus tard, sans ménagement, les Franciscains. Tombé amoureux du monastère, Napoléon se l’appropriait entre deux batailles, s’installant à l’étage noble, dans la pièce dont les grandes baies dévoilent Florence. Cet étage abrite désormais l’une des trois nouvelles suites signature, La Grand Tour. On imagine le « petit » Napoléon se hisser sur les degrés aménagés en contrebas des fenêtres, pour contempler l’horizon avant de repartir sabre au clair en campagne. Se réjouissant qu’il ait préservé le Convento di San Michele alla Doccia. Béni soit-il !

A quelques minutes à pied de la ville de Fiesole, riche en bâtiments du XIVe siècle, la Villa San Michele domine avec splendeur Florence, avec, en son cœur, le Duomo. © Letizia Cigliutti

Une « cellule » beauté

© Adrian Gaut
© Jonangelo Molinari

Au premier étage de la Villa San Michele, dans deux anciennes cellules religieuses, le spa Guerlain, avec les fresques et peintures réalisées à la main par Elena Carozzi, ressemble à un jardin toscan avec ses trois jolies suites. Succomber, pendant 90 minutes, entre les mains de Gloria, au soin exclusif anti-âge à l’Iris di Grazia, est extase. La grande piscine, elle, s’étend à l’extérieur, en terrasse et en hauteur. Lors de la rénovation, sa forme vintage a été judicieusement conservée.

Un chef poète

Huit tables seulement à l’Antesi, huit tables avec vue sur Florence et surtout un concept affûté du chef exécutif Alessandro Cozzolino, aussi épicurien qu’esthétique, où les végétaux, les fleurs jouent le premier rôle. Le chef, non seulement prend soin du grand potager de la propriété, mais cueille lui-même des fleurs, des plantes, dont certaines qu’il entrepose pour les sécher et décorer ensuite ses mets. L’Antesi forme un joli trio avec le San Michele, table bistronomique, et le San Michele Grill, au bord de la piscine. Superbe carte des vins.

Article paru dans le numéro 147 d’Hôtel & Lodge.

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