Glenfeshie Lodge : vivre caché, vivre heureux

Dans les Highlands, au cœur du parc national des Cairngorms, entre les solides murs de pierre grise de ce lodge perdu et so chic, l’écosse légendaire, immuable, devient palpable. Réelle !

Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû

On le devine à peine entre les arbres qui l’encerclent. Seule, en cette fin d’automne brumeuse, saturée d’eau, la fumée s’élevant de ses cheminées vers le ciel chargé trahit l’ancien relais de chasse aux allures victoriennes, construit par la famille Grant de Ballindalloch. Au XIXe siècle, leurs invités, aristocrates de haute lignée pour la plupart, venaient traquer le cerf. Le soir, entre whisky et porto, ils échangeaient, dans le salon, autour du feu fleurant bon le pin, les derniers potins mondains, les derniers faits de la cour. Pariant sur l’arrivée, d’un jour à l’autre, de la reine Victoria avec son amant, Sir Edwin Landseer, peintre réputé, que les paysages alentour inspiraient.

Suite très romantique, dite de la Tour, qu’aimait la reine Victoria. © Alex Baxter
Localisation unique du lodge et de ses hectares de forêt, légèrement en surplomb de la rivière Feshie. © Alex Baxter

On l’atteint, ce lodge, que les VIP adorent pour son exclusivité, son côté au milieu de nulle part, par l’unique route très étroite, longeant tantôt la rivière, tantôt des champs où frémissent des chevaux. À destination, accueillis par Cat Kirkwood, la maîtresse des lieux, on se croit d’emblée dans The Crown et The Queen, dont certains épisodes ont été tournés ici. Bottes en caoutchouc alignées dans l’entrée, parfum de bois brûlé, portraits d’ancêtres semblant dévisager, d’un œil sévère, les nouveaux arrivants. Stupéfiant ! Comme au XIXe siècle ! Parfaite illusion entretenue par le cabinet londonien Ward Denton qui, avec la maison Ralph Lauren, a adapté le lodge à l’accueil d’hôtes, dix au maximum, choisissant tissus, papiers panoramiques, dessinant des fresques exclusives, des tapis, du salon aux cinq chambres situées toutes à l’étage.

On se rêve princesse, forcément, en découvrant son incroyable suite dite de la Tour avec son lit profond, à baldaquin fleuri. Jusqu’à ce qu’on comprenne qu’il est haut perché, que c’est pour certains une gageure de l’atteindre. Pas d’autre solution que de prendre son élan pour atterrir sans grâce sur le gros édredon. N’est pas Kate Middleton qui veut ! Entrée en demeure ponctuée par les notes de la cornemuse de Spud the Piper s’échappant du jardin. Ode de bienvenue ! L’écosse, la vraie, quotidienne, avec ses traditions immuables.

Rustique, le Highland écossais, croisement de percheron et d’hispano-breton, se prête à toutes les corvées. © Alex Baxter
Partir en 4 x 4, avec un guide naturaliste, pour apprécier de visu les effets positifs de la reforestation. © Nick Law
Cours de la rivière Feshie qui prend sa source sur les hauts plateaux sauvages de Glenfeshie Forest. © Nick Law

L’écosse toujours, lorsqu’au petit matin, Grant Shorten, chauffeur et guide naturaliste, en kilt et manches courtes, affrète le 4 x 4 pour partir à l’assaut de la lande, traverser la rivière aux eaux si transparentes qu’on repère les saumons s’y accouplant dans quelques trous préservés du courant. Grant Shorten, expert en conservation, explique comment WildLand, qui gère désormais le domaine de quelque 18 200 hectares de Glenfeshie, régénère les terres épuisées. Le non-contrôle, pendant des années, de la population de cervidés, qui sans prédateur s’est développée et s’est régalée à l’envi des troncs et des feuillages, l’homme inconscient, ont accéléré la déforestation. Cerfs et biches sont désormais chassés, sous contrôle, pour réguler les hardes… « Notre projet est ambitieux, s’étendant sur deux cents ans, pour que le paysage des Highlands, unique au monde, reste vivant, que les oiseaux, les rongeurs, les insectes, retrouvent leurs espaces, leurs habitats. » Le programme commence à porter ses fruits. Le nombre de balbuzards pêcheurs, de tétras-lyres, de loutres augmente. Le paysage de Glenfeshie avec ses forêts indigènes, ses lochs aux eaux pures, entourés par la chaîne de montagnes la plus sauvage et la plus impressionnante de Grande-Bretagne, revit. Encourageant ! Pour preuve, plane, au-dessus de nos têtes, alors que nous progressons dans la lande, en file indienne sur un petit sentier, un couple d’aigles royaux, dont un tient dans ses griffes une proie, un lièvre sans doute. Plus loin, près d’un bothy, un de ces refuges ouverts en permanence, bien entretenus, comme ceux qu’on trouve en montagne pour dormir, se restaurer, dans les endroits les plus isolés, deux écureuils roux surpris, détalent, escaladant à vive allure le tronc le plus proche.

La terre regorge d’eau, la tourbe reprend ses droits. Le soleil à son apogée, on retraverse la rivière en 4 x 4 pour rejoindre le Lock Morlich et sa « plage » de sable, histoire de tester le « wild swimming ». Température extérieure, 9 °C. Température de l’eau, 6 C°… Expérience saisissante, fascinante. Tracer, pendant quelques minutes, des ronds dans l’eau d’une limpidité extrême, se fondre dans le paysage, dans le silence, rien de plus euphorisant, un shoot d’adrénaline. Mais niet au pique-nique sur la berge. La témérité a ses limites. On reviendra au printemps. Pour l’heure, on rêve, ses vêtements enfilés, de s’installer au chaud, autour de la table joliment dressée par Cat, savourant les mets du chef Andrew Wallis. Un chef qui, du petit déjeuner 100 % scottish et généreux, de l’afternoon tea très gourmand au dîner accompagné de jolis crus, apprécie que ses hôtes entrent dans sa cuisine chiper un morceau de tarte aux pommes, goûter un plat en préparation. Comme à la maison.

Au salon, reproduction du Monarch of the Glen, toile peinte ici par Sir Edwin Landseer, amant de la reine Victoria. © Nick Law
© Alex Baxter
Comme au temps où le lodge était relais de chasse, les hôtes, bottes retirées, s’installent douillettement dans le salon. © Alex Baxter
Réconfortant, de retour de randonnée, de pêche, le bain préparé par le butler. © Alex Baxter
De l’entrée-salon, l’escalier d’origine dessert au premier étage les cinq chambres et suites. © Nick Law

Potins mondains

Lorsque le Palais de Westminster lui passe commande pour la Chambre des lords d’une œuvre animalière, Sir Edwin Landseer, artiste anglais renommé, s’installe à Glenfeshie, puisant son inspiration, au cours de longues balades dans ces vallées, ces cours d’eau, ces lacs, tout en vivant, entre deux esquisses, ses amours clandestines avec la reine Victoria qui le rejoint régulièrement. Au final, la chambre des communes refuse le prix demandé pour le tableau The Monarch of the Glen. Acheté par le propriétaire d’une distillerie, le célèbre cerf de Glenfeshie va illustrer pendant de longues années les flacons de whisky Glenfiddich. Mis en vente en 2018, le tableau est acquis, grâce à la générosité de nombreux mécènes, par The National Galleries of Scotland d’édimbourg. Où chacune et chacun peut désormais l’admirer. Destin plus royal !

Des soirées animées

Dans les Highlands, l’hiver, les soirées traînent en longueur, la nuit tombant sans prévenir vers 17 h. Le lodge meuble le temps en invitant, avant le dîner, au moment de l’apéritif, Alistair Heather, historien, écrivain, animateur radio et télévision, spécialiste de la culture et de la langue scots, à échanger autour du rôle majeur des femmes dans cette vallée reculée, mais aussi des modes de vie des habitants. Après le dîner, débarque The Cairngorm Ceilidh Band, avec Amy Henderson, accordéoniste, chanteuse, et Ewan MacPherson à la guitare. Et hop, c’est parti pour deux heures de musique et de danse.

Article paru dans le numéro 144 d’Hôtel & Lodge.

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