En ouvrant à Dinard cette demeure Belle Époque face au Castelbrac, son hôtel 5-étoiles, le groupe Soul Haven ressuscite le temps des bains de mer l’été, des pêches d’équinoxe au printemps et à l’automne, des balades d’hiver sur le sentier des douaniers. Une respiration !
Texte Anne-Marie Cattelain-Le Dû
Sophie Bannier, directrice générale de Soul Haven, fondé par Yann et Lydwine Bucaille, caressait un rêve : concevoir un lieu pour recevoir des hôtes comme chez soi, ou plus exactement comme chez eux, en toutes saisons. Un lieu qui peut être privatisé ou, comme une maison d’hôtes chic, partagé, loué à la chambre. Un lieu où très vite, chacun accroche, sans façon, son ciré à une patère dans le vestibule ou à la rampe du ravissant escalier en colimaçon, abandonne dans le parc d’un hectare, à l’ombre des grands arbres, raquettes de jokari et maillets de croquet pour, à marée basse, piéger dans sa bichette bouquets roses et crevettes grises. Et au retour, affamé, partage un repas aux accents bretons préparé par le chef Rémi Ledauphin, entre légumes du potager, coquillages et poissons livrés le jour même. Un lieu dans le même esprit que l’hôtel Castelbrac, 5-étoiles, où, à la demande, les résidents de la Villa Haute Guais, sont accueillis à bras ouverts… comme des proches cousins.


C’est dans cet esprit, que, passionnée de décoration, de chine, de brocante, madame la directrice a aménagé La Villa Haute Guais – nom du hameau –, puisant dans l’histoire de ses habitants successifs, dans leurs photos, leurs souvenirs, son inspiration. Avec la Manche en jetant plein la vue, dans la baie du Prieuré, Saint-Malo d’un côté, Dinard de l’autre, elle a enchanté les pièces, mixant les époques, les styles, les couleurs, les motifs, les continents, de la Grande-Bretagne à l’Inde, avec un petit grain de sel normand et une grande bolée de Bretagne. Elle a, avec intelligence, non pas recréé le passé mais détricoté et retricoté le temps pour que la villa, à deux pas de la plage, continue d’exister plus de 140 ans après la pose de la première pierre. Plusieurs mois de travaux, de réflexion, avec la complicité et le savoir-faire de l’atelier d’architecture rennais Dupriez, d’entreprises et d’artisans locaux, heureux de mettre en valeur l’architecture de la Côte d’Émeraude.


Peu à peu, tout a repris vie, le salon où lorsque le ciel chagrine, un feu flambe dans la cheminée, la salle à manger avec sa longue table d’hôtes, et dans les étages, les cinq chambres avec chacune leur salle de bains. « Ici, entre le papier peint, les tissus, les lumières, les objets, j’ai abattu mon joker 100 % britannique », raconte Sophie. Allant jusqu’à baptiser chacune du prénom d’une aristocrate d’outre-Manche tentant de traduire leur caractère. De Diana, suite familiale très fleur bleue accueillant jusqu’à quatre personnes, à Charlotte, junior suite, primesautière, charmante, très végétale, évoquant la petite princesse, fille de Kate et William. Aucune ne se ressemble, toutes dégagent « un supplément d’âme qui vibre ici, nous relie à nous-même et nous rapproche de l’autre », philosophie de Soul Haven.
Incroyables mosaïques

Né en Bretagne de parents italiens, Isidore Odorico, diplômé des Beaux-Arts de Rennes, décide de travailler avec Isidore, son père mosaïste, et son oncle Vincent. Très vite, il dirige l’atelier qui, en quelques années, acquiert une incroyable réputation et fait de Rennes le porte-drapeau de la mosaïque Art déco. Bâtiments publics, hôtels particuliers, boutiques témoignent toujours de cet engouement. Pas un architecte, un propriétaire qui ne fasse dès lors appel à l’atelier Odorico pour embellir maisons et villas de frises et de parements colorés originaux. C’est ainsi qu’en rachetant, en 1915, l’actuelle Villa Haute Guais, la famille Pillet-Houet passe commande auprès d’Isidore Odorico, pour son jardin d’hiver sur lequel ouvre aujourd’hui la salle à manger et ses salles de bains, des mosaïques aux motifs végétaux et marins. Toujours visibles et en parfait état.
Article paru dans le numéro 144 d’Hôtel & Lodge.



