Coquillages et crustacés, cocotiers et fleurs de tiaré, kitesurf et plongée : l’exotisme se vit et s’apprécie de mille manières. Dans les boutique-hôtels, resorts et lodges les plus ravissants, les plus exclusifs de la planète, il prend un caractère exceptionnel, gage de souvenirs précieux. Tour d’horizon, du Brésil aux Seychelles, de la Polynésie à la Thaïlande.
Dossier réalisé par Céline Baussay, Delphine Cadilhac, Jean-Bernard Carillet, Anne Marie Cattelain Le Dû, Jean-Pascal Grosso, Sokha Keo
Khao Lak, Tikehau, Zanzibar, Florès… La seule prononciation de leur nom déclenche des envies d’ailleurs. De s’envoler, de traverser les fuseaux horaires, et de se projeter au bord d’une plage de sable blond aux eaux turquoise. Pour passer du rêve à la réalité, c’est simple, il suffit de choisir sa destination, son resort, de réserver une suite sur pilotis ou une villa les pieds dans le sable. Puis de se laisser porter, profiter, les cinq sens en éveil… Au JW Marriott Khao Lak en Thaïlande, les familles partagent des moments rares et intenses, entre les jeux d’eau dans la piscine à vagues et l’observation des bébés requins. Au Tikehau comme au Taha’a, deux Relais & Châteaux du groupe Pearl Resorts en Polynésie française, la splendeur des atolls, au son du ukulélé, une couronne de fleurs au cou, éblouit, fascine. Au Zanzibar White Sand, l’arôme puissant des épices, traversant les jardins du spa jusqu’aux rivages de l’océan, enivre de bonheur. Au Ta’Aktana, sur l’île indonésienne de Florès, la plongée sous-marine au milieu des raies manta et la rencontre avec les varans de Komodo promettent des sensations fortes.
En Indonésie toujours, Aman a tissé sa toile avec trois hôtels extraordinaires : deux resorts à Bali – Amandari, près d’Ubud, et Amankila, à l’est de l’île – et Amanjiwo, une merveille de palais, à Java, sous l’influence de son prestigieux voisin, le temple de Borobudur. Le luxe tropical ici est teinté de spiritualité, de discrétion, et convie à la quiétude, au repos du corps et de l’âme. De l’autre côté de l’océan Indien, aux Seychelles, la collection Cheval Blanc a inauguré il y a tout juste un an son sixième opus, sur l’île de Mahé. Un bijou créole à flanc de colline, blotti dans une anse, où l’excellence de la marque s’exprime entre la forêt exubérante, les blocs de granit et la plage idyllique.

Autre océan, autre atmosphère, direction le Brésil, l’une des destinations parmi les plus tendance du moment pour les Français. De nouvelles adresses confidentielles, au charme fou et de haut standing, ont été créées ces derniers mois dans l’une des régions les plus captivantes du pays, le Nordeste, au bord de l’Atlantique. Là où les Alizés soufflent sur des plages sans fin, dessinent des dunes au blanc immaculé. Les bungalows chics de Casa Daia, les villas immenses de Casas Elilula, ou encore les suites de la pousada Maria do Mar, sur l’île principale de Fernando de Noronha, un archipel classé Unesco, ultra-préservé et considéré comme l’un des derniers paradis préservés sur la planète, sont autant de refuges d’une remarquable élégance, et surtout, parfaits entre deux activités au plus près de la nature et des communautés locales. En immersion. Le luxe de l’authenticité.
01 – CASA DAIA
Sables émouvants
Quelque part dans l’immensité du Nordeste, une ancienne propriété agricole entre océan et rivière, dunes et landes, accueille sur ses terres un nouvel écolodge, Casa Daia. Un modèle de tourisme régénératif dans un paysage à la beauté brute et magnétique.

Eduardo Hargreaves, son fondateur, en est convaincu : le spot où se trouve aujourd’hui Casa Daia a des vertus apaisantes, réconfortantes et revigorantes. Lui-même en a fait l’expérience, après un burn-out pendant la pandémie de Covid-19. À l’époque, il met de côté son métier dans la finance, sa vie survoltée de Rio de Janeiro à São Paulo en passant par New York. À l’extrême ouest de l’État du Ceará, il déniche son eldorado pour se ressourcer et surtout pratiquer le kitesurf, sa grande passion. « Plus je venais, plus je réalisais à quel point cet endroit est magnifique, varié, et méconnu. Il s’appelle Barra dos Remédios, “barra” désignant le lieu où la rivière rencontre l’océan. J’ai décidé d’investir ici. Au départ pour construire ma résidence de vacances, puis a germé l’idée d’un petit hôtel. Il n’y avait rien. Juste une petite maison au milieu d’une ferme, dont nous avons affiché la photo en grand format, en souvenir. Nous en avons gardé la structure et elle est devenue l’espace commun de Casa Daia. » Autour, 220 hectares de terrain vierge, un paysage de landes sauvages ponctué de palmiers menant à 3 kilomètres de façade maritime. Accessible en fat bike, en quad ou en 4 x 4, la plage de Praia Nova est à 600 mètres du lodge : une incroyable étendue de sable fin et blanc, à perte de vue, avec de rares cases de pêcheurs déglinguées, des ânes, quelques cochons, des condors dans le ciel. À l’arrière, des dunes aux pentes douces façonnées par le vent. Lorsqu’il souffle très fort – et c’est souvent le cas –, il semble les caresser et fait onduler le sable comme dans une danse hypnotique. Le vent, mais aussi les marées modifient l’aspect de la plage, des bassins se forment et s’effacent en permanence.

Conscient de la singularité du site et de la richesse de la biodiversité, Eduardo Hargreaves, avant même d’entamer le chantier, a dressé un état des lieux, avec des consultants spécialistes du développement durable. Puis il a élaboré les contours d’un projet de tourisme régénératif, destiné à valoriser les expériences liées à la nature et à impliquer les communautés locales. Une quête de sens qu’il entend partager aujourd’hui avec ses clients. Lui-même a beaucoup voyagé, notamment pour pratiquer ses sports favoris, de la plongée au Mexique au ski à Courchevel en passant par le kitesurf, encore lui, sur les plus beaux spots du monde. Forgeant sa vision d’une hospitalité porteuse de valeurs environnementales et sociales fortes.


Avec un architecte français installé au Brésil depuis plus de vingt ans, Grégory Bousquet, il a dans un premier temps créé trois chambres, accolées à ce qui restait de la maison d’origine. Devant elles, de larges terrasses, des coins salon, une piscine et une grande table d’hôtes où le chef Fábio Vieira régale de ses créations pleines de fraîcheur et de saveurs locales : manioc sous toutes ses formes, fromages du Sertão, fruits exotiques au goût divin, viande et poissons cuits à la braise.



L’architecte d’intérieur Ana Paula Campos du studio Black Arquitetos a aussi mis la main à la pâte : « Nous souhaitions une décoration vraiment chaleureuse, imprégnée d’une identité et d’une histoire : nous avons opté pour les tons terracotta, sable, vert, qui se marient bien avec la pierre, les fibres naturelles et surtout le tanimbuca. Ce bois des forêts amazoniennes a été utilisé pour le mobilier aux formes massives. Tout ce que j’ai dessiné a été fabriqué par des artisans et des artistes locaux, c’était important pour nous de les mettre en lumière. Mais rien n’était simple : le plus gros challenge a été de trouver les fournisseurs car Casa Daia est au milieu de rien et loin de tout. Nous voulions aussi montrer la richesse culturelle du Brésil au-delà des clichés, du carnaval, de la nature, par le choix des objets, des peintures de Tarsila do Amaral, des photos de Sebastião
Salgado. » Dans la même lignée et dans un style toujours épuré, quatre très grands bungalows avec leur piscine privée ont été ajoutés à l’offre d’hébergements, en septembre dernier. Ils ont été conçus en cinq mois seulement, à partir de structures préfabriquées en bois issu de forêts gérées durablement et posés sur pilotis. Sans empreinte sur l’environnement, naturellement.
Des expériences entre terre et mer
Casa Daia propose de multiples activités, visites et rencontres à la carte, incluses ou non dans le prix du séjour. Au programme : balade en quad sur les dunes et le long de la plage, initiation au kitesurf, paddle et kayak sur la rivière, rando dans la forêt ou circuit à vélo avec un guide, pique-nique ou petit déjeuner au milieu des dunes. Eduardo a installé une beach house sur la plage, une cabane chic en bois, au toit de chaume : le spot idéal pour, le soir venu, à l’abri des rafales de vent, observer le coucher du soleil ou partager un barbecue. Tout près du lodge, il est possible d’aller voir les femmes qui, quotidiennement, ramassent des milliers de sururu (des coques) au fond du sable. Elles les déposent ensuite dans l’eau bouillante pour les faire s’ouvrir. Autre moment fort à vivre en immersion, l’arrivée des bateaux de pêche, avec le tri et la vente des poissons, directement sur la plage. Les plus belles pièces sont achetées par l’équipe du chef pour être cuisinées dans la foulée et servies au déjeuner. Enfin, une sortie en mer permet de découvrir, au large du village de Bitupitá, une méthode de pêche traditionnelle, spécifique à la région. Elle consiste à disposer une enfilade de trois « currais », de très grandes nasses, consolidées par de longs pieux en bois. À marée haute, les poissons s’engouffrent dans ce labyrinthe et sont guidés vers la dernière nasse. À marée basse, ils se retrouvent piégés. Les pêcheurs, équipés d’un masque, peuvent alors les rassembler sous l’eau et les capturer.
Une ferme pionnière
Une partie de la propriété est dédiée à une expérimentation d’agroforesterie et d’agriculture régénératrice. « Nous réalisons des tests sur un périmètre de 2 500 m2 dans un premier temps, pour l’adapter ensuite à grande échelle, explique Vivi, la responsable du projet. Nous avons planté plus de 60 espèces de fruits, légumes, arbres, herbes, fleurs, destinés à la nourriture, à la médecine… » Vivi se charge elle-même des visites, riches en explications et en conseils personnalisés pour les clients qui voudraient tester chez eux les procédés de régénération des sols.
02 – CASAS ELILULA
Au gré des alizés
Projet initié et réalisé par une famille française, sur la côte Nord du Brésil, cet ensemble de trois magnifiques villas indépendantes se niche dans un jardin luxuriant, en bord de plage. Tout un art de vivre dedans-dehors, bercé par le vent.

À quelques kilomètres de la turbulente Jericoacoara, le village de pêcheurs de Preá a réussi à préserver son âme et son calme malgré la présence des touristes. La plupart sont des kitesurfeurs, attirés par les conditions de vent idéales, la côte sauvage qui s’étire à l’infini et l’atmosphère bohème-cool, coupée du monde, la vie les pieds dans le sable. Parmi eux, Christine Pasquier : « Après plusieurs séjours de kite en famille à Preá, c’est ma fille cadette, Laetitia, alors âgée de 16 ans, qui a parlé la première d’acheter un terrain une fois son premier travail trouvé. Son enthousiasme a été partagé par nous tous. Nous avons cherché et signé pour une parcelle en 2017. L’idée d’une petite pousada a pris forme, mais la pandémie nous a effrayés. De plus, aucun de nous n’ayant d’expérience en hôtellerie, il nous a semblé plus judicieux de privilégier des maisons à louer. Ma fille aînée, Élisa, a pris le projet en main, épaulée par un ami, alors qu’elle était encore étudiante en architecture à Londres. Ils ont lancé la construction en 2023 et imaginé une grande partie du mobilier, qu’ils ont fait fabriquer sur place. Mon fils Ludovic, de son côté, a développé le site internet. Ce projet est ainsi resté profondément familial, nourri par l’énergie et la créativité de jeunes talents. »


Casa La, Casa Lu, Casa Eli : les trois villas, dont les noms se réfèrent aux prénoms de chacun des enfants, ont été entièrement conçues avec du bois massif local. Sous leur toit en chaume traditionnel, des lits à baldaquin, des voilages en coton léger, des tapis tissés, des objets de créateurs et des objets d’art. Spacieuses (600 m2 pour la plus grande), tout équipées (salon, cuisine, buanderie…), elles entourent une immense piscine de 625 m2, ponctuée de plateformes flottantes et de transats, alignés à l’ombre des pergolas. Ventilées par les alizés, elles se passent très bien de l’air conditionné. Ici, le luxe se veut épuré, raffiné, contemporain, écologique et largement tourné vers la nature.
03 – MARIA DO MAR
Pousada contemporaine

Une heure de vol de Recife, et à la clé, un changement radical. Exit les gratte-ciels qui défigurent le front de mer de la plus grande ville du Nordeste, bienvenue dans l’un des paradis tropicaux les mieux préservés au monde, à la pointe nord-est du Brésil, Fernando de Noronha. Un archipel inscrit à l’Unesco, un modèle de tourisme responsable : afin de protéger l’écosystème, l’accès à l’île principale et à son parc marin est limité à 11 000 visiteurs par mois et soumis à des taxes. Le prix à payer pour poser sa serviette sur ses plages de rêve, les plus belles du pays (Baía do Sancho), nager avec les tortues et les dauphins (Baía dos Porcos), plonger autour d’une épave (Praia do Porto). Inaugurée récemment dans le quartier animé de Floresta Nova, à quelques minutes à pied de la Praça Flamboyant au sable blond et à l’eau couleur lagon, la pousada Maria do Mar permet de rayonner facilement. Pour mieux revenir ensuite se reposer dans l’une des huit suites (toutes identiques), sur leur terrasse, ou se baigner dans la piscine en sodalite, une pierre 100 % brésilienne, utilisée en joaillerie et connue pour ses vertus énergétiques. De ce mini-hôtel ultra-confidentiel, privatisable, se dégage une agréable atmosphère reposante et décontractée. Un membre du staff est toujours présent pour organiser une sortie en bateau, une rando, conseiller un spot pour le coucher du soleil ou le meilleur restaurant où déguster du poulpe au dîner. Car ici, seul le petit déjeuner est servi (pain, yaourts et crêpes de tapioca sont faits maison). La cheffe prépare aussi un gâteau pour le goûter. Chaque jour, un délice.
04 – JW MARRIOTT KHAO LAK RESORT & SPA
Et au milieu coule une piscine
À 75 kilomètres au nord de Phuket, au bord de la mer d’Andaman, ce resort unique en son genre est un labyrinthe émaillé de restaurants, d’espaces de loisirs et même d’une « nurserie » pour bébés requins. Le tout traversé par un bassin long de plus de deux kilomètres !

Après un passage obligé par la vibrante Phuket, l’arrivée au JW Marriott Khao Lak marque une rupture soudaine. Un chemin en hauteur mène à une pagode. Voilà l’entrée, sous les arches de bois et le regard des divinités qui ornent en statuettes les recoins du large salon. Les hôtesses en uniforme inspiré du Chut Thai, la tenue traditionnelle du pays, s’avancent d’un pas feutré. Rien ne laisse encore présager de l’étendue de cet étonnant hôtel balnéaire, 424 chambres, suites et villas en tout, proche de la plage de Khuk Khak. Un mastodonte qui cache son jeu et où chacun trouve son compte : « Nos clients souhaitent se sentir pleinement présents, profiter du moment et renouer avec eux-mêmes. Nous créons donc des environnements et des expériences qui favorisent la convivialité et leur laissent le sentiment profond que tout va bien », confie le directeur général, Abhimanyu Singh. Comment pourrait-il en être autrement dans cet éden clos, apaisant, ouvert sur la très belle mer d’Andaman ? Vingt et un ans après le violent tsunami qui a fait des ravages ici, le calme règne.


À Khao Lak, le soleil se lève tôt et frappe avec délice. Chaque matin, les employés font craquer des pétards, créant un vacarme censé chasser les mauvais esprits. Puis chacun vaque à ses occupations. Le coup de génie des concepteurs de ce resort, c’est d’avoir réussi le défi de s’adresser à tous : couples, familles, jusqu’aux enfants en bas âge vivent l’expérience à plein, dans les différents espaces. Deux plages sont ainsi séparées par un banc de palmiers et de plantes tropicales. Parmi les onze restaurants, le choix est large, entre le succulent Olive, un italien, le japonais Sakura et les tablées animées du Waterfront Restaurant. Les journées se déroulent entre les ateliers de cuisine et de mixologie, les parties de tennis, les cours de yoga ou de méditation, les visites en famille de la ferme et du potager, les séances d’observation des oiseaux, les sorties à vélo ou en paddle, sans oublier les soins et massages au somptueux Quan Spa. Les enfants, eux, profitent sans modération de la piscine à vagues, des toboggans, du trampoline aquatique, des activités au kids club. Le soir, tous se retrouvent sur la plage pour une séance de cinéma sur un écran géant. De retour dans les chambres à la décoration sobre, ponctuée d’éléments sous influence thaïe, la quiétude du soir enveloppe complètement. Nombre d’entre elles, plus de 150 au total, offrent un accès direct à l’incroyable bassin continu de 2,4 kilomètres qui sillonne toute la propriété. Unique !



Au secours du requin-bambou

Le JW Marriott Khao Lak abrite une curiosité : un centre de protection des bébés requins-chabot bambou, une espèce indigène de la mer d’Andaman potentiellement menacée d’extinction, notamment à cause de la surpêche. Ce poisson prédateur des récifs peu profonds fournit des informations clés sur l’écosystème sous-marin local et contribue à l’équilibre de la chaîne alimentaire. Les clients du resort peuvent participer à une visite guidée du centre interactif pour comprendre son cycle de vie, rencontrer le biologiste marin résident et parfois aussi, relâcher eux-mêmes dans la nature les requins-bambou âgés de plus de six mois, lorsque leurs chances de survie sont optimales.
05 – AMANJIWO
Pierres sacrées de Java
Au cœur de la province de Java Central, ce palais indonésien dialogue à ciel ouvert avec Borobudur, le plus grand temple bouddhique au monde. Une adresse comme il en existe peu, discrète et exclusive, imprégnée de spiritualité.

Carrefour culturel teinté d’histoire royale, la ville de Yogyakarta est une porte ouverte sur l’âme de Java : ses édifices religieux figurent parmi les plus emblématiques de cette île volcanique s’étirant sur plus de mille kilomètres. Bâti au pied des collines de Menoreh dans un amphithéâtre naturel garni de rizières, quatre volcans inactifs en toile de fond, Amanjiwo – « âme pacifique » – offre un panorama magnétique et plus que privilégié sur Borobudur, gigantesque mandala de pierres grises bâti aux viiie et ixe siècles. Le plus grand temple dédié à Bouddha au monde (avec sa surface couvrant plus de 15 000 m²), classé Unesco, est un patrimoine d’autant plus saisissant et singulier que l’Indonésie est le pays qui compte la plus grande population musulmane.


Signé Ed Tuttle, designer fétiche du groupe Aman, Amanjiwo est bien plus qu’un hôtel : c’est une parenthèse intimiste rendant hommage à l’architecture séculaire et à l’aura spirituelle de Borobudur. De son imposante rotonde rayonnent en croissant 33 vastes suites avec terrasse, pour certaines avec piscine privée, entre bas-reliefs et colonnades. Reliées par de petits chemins de pierre – à l’image de ceux évoquant la vie de Bouddha dans l’illustre temple –, elles conjuguent sobrement bois, rotin, œuvres d’art et étoffes traditionnelles. Dans ce royaume où la quiétude s’impose comme souveraine, chaque expérience signature cultive l’émotion du souvenir : du petit déjeuner à l’aube, dressé en bordure de rizières, à la purification protectrice par l’eau près de la rivière Progo, de la visite privative du Keraton Yogyakarta – le palais royal – ou de Borobudur au crépuscule, au dîner hors du temps chez Pak Bilal, villageois accueillant ses hôtes d’un soir dans une maison traditionnelle rustique à la lueur des lampes à pétroles, avec musique gamelan et cuisine sur braises. À la fois présent et invisible tout au long du séjour, le personnel incarne le style Aman avec sincérité, attaché à ce que chaque hôte profite du plus beau des luxes ici : le rythme lent et silencieux.
À Bali, deux Aman au luxe contemplatif

Après Java, la route des « Aman junkies », les plus grands fans de la marque, se poursuit souvent à Bali avec deux magnifiques resorts. Près d’Ubud, surplombant les gorges de la rivière Ayung, Amandari (« esprits paisibles ») cultive l’illusion d’un village balinais avec ses allées de pierre volcanique et ses 30 suites, avec ou sans piscine, sises dans des maisons traditionnelles en bois cernées d’un environnement végétal extraordinaire. À l’est de l’île, dans la région préservée de Karangasem, l’Amankila (« colline paisible »), signé encore Ed Tuttle, domine le détroit de Lombok avec ses 31 suites sur pilotis cachées dans la végétation. Épuré, le resort est tourné vers une piscine à trois niveaux, évocation symbolique des rizières en terrasse peuplant l’île. Moment fort, le dîner royal dans le Water Palace d’Ujung, palais d’eau ayant inspiré l’architecture de l’hôtel, privatisé par Aman pour une visite guidée suivie d’une soirée poétique.
06 – TA’AKTANA
Dans le secret de Florès

Plus préservée, moins touristique que Bali, sa grande sœur, Florès accueille la seconde propriété en Indonésie griffée The Luxury Collection du groupe Marriott : un écoresort situé à deux pas de la ville de Labuan Bajo, la plus animée de l’île, point de départ de plongées exceptionnelles et des excursions au parc national de Komodo, sanctuaire des fameux varans. Son nom, Ta’Aktana, « champ vert » dans la langue locale manggarai, évoque les rizières avoisinantes, notamment celles de Lingko en forme de toile d’araignée, et son propre environnement luxuriant. Bâti sur le flanc d’une colline, tel un amphithéâtre face à la mer de Florès, il compte 45 suites et 25 villas disséminées sur 16 hectares de nature, cinq restaurants, un spa, des espaces dédiés aux enfants. Et pour qui rêve de se laisser bercer par les flots et la brise, sept villas sur pilotis, avec des vues plein cadre sur les pics coniques qui émergent ici et là des eaux bleues scintillantes et sur les couchers du soleil flamboyants.


07 – LE TIKEHAU BY PEARL RESORTS
Tutoyer les Tuamotu
Composé d’atolls qui racontent une histoire d’eau aux mille nuances de bleu, l’archipel des Tuamotu incarne le rêve tropical par excellence. Dans un cadre unique, Le Tikehau by Pearl Resorts offre un dépaysement absolu.

Rien ne peut préparer au choc visuel que provoque un atoll des Tuamotu. Il faut imaginer un anneau corallien à fleur d’eau, planté de cocotiers. Pas le moindre relief, seulement une platitude absolue, un vertige liquide allant du bleu de Prusse le plus pur au turquoise le plus étincelant. Vu d’avion, on dirait un collier de perles scintillantes posées sur un aquarium géant. Peut-on rêver d’un décor plus onirique pour le Tikehau by Pearl Resorts, situé sur l’atoll de Tikehau, à une heure d’avion de Tahiti ? Tous les éléments d’une robinsonnade de luxe sont réunis, à commencer par l’isolement, sur un motu (îlot) de la barrière de corail, accessible uniquement par bateau. Tranquillité absolue, lagon virginal, massifs coralliens, plages de sable clair, horizons sans limite… Avec seulement 29 clés, le Tikehau est un havre exotique qui séduit en priorité une clientèle de couples en quête de ressourcement et d’évasion : « Ils viennent ici pour trouver la zenitude et la déconnexion, souligne Stéphane Pons, le maître de maison. Nous offrons une expérience immersive unique en Polynésie. Lors du départ, il est fréquent de voir nos hôtes verser de chaudes larmes, tant le séjour sur l’atoll a été riche en émotions. »


Dès l’arrivée sur le ponton d’accueil, la magie opère. Les hôtes débarquent au son du ukulélé et sont gratifiés d’une couronne de fleurs, dans la plus pure tradition polynésienne. Au Tikehau, tout est à taille humaine. Les 8 suites sur pilotis sont à une extrémité de l’îlot, ce qui leur assure un caractère exclusif. Spacieuses (93 m2), dotées d’un salon et d’une grande salle de bains avec baignoire et mobilier en acier brossé, elles possèdent un deck privé avec douche extérieure et accès direct au lagon. Idéalement exposées, elles ménagent une vue dégagée du lever au coucher du soleil. Les 13 autres bungalows sur pilotis se déploient à l’autre bout de l’îlot, cette fois dans un hoa (chenal qui entaille la couronne corallienne), traversé par des eaux cristallines. Ils sont équipés d’un plancher à fond de verre, à travers lequel on aperçoit la petite faune sous-marine, et d’une terrasse. Quant aux 8 bungalows plage, noyés dans la végétation pour les rendre les plus discrets possible, ils ouvrent directement sur une plage de sable blanc et le lagon.
Tous les bungalows, conçus dans un esprit polynésien, intègrent des matières naturelles (bambou, teck et pandanus), que soulignent des tons clairs, miel, taupe et grège. Résultat : ils se fondent à merveille dans leur environnement. Les parties communes sont égayées de sculptures monumentales, en bois local ou en bloc de corail, pour restituer l’énergie brute, nature et insulaire du site.


Au restaurant Poreho, à côté de la piscine à débordement, les spécialités de la mer sont à l’honneur, avec un délicieux menu « Trésors du lagon », réalisé avec des produits locaux. Changement d’univers au bar Kaina, qui offre une belle échappée sensorielle dans un cadre coloré, agrémenté de bois et de hublots, dans une ambiance romantique et lounge. Mention spéciale pour le personnel, exclusivement polynésien, et originaire de Tuherahera, le seul village de l’atoll, qui, par son sourire et son sens inné de l’hospitalité, apporte une touche de sincérité et de décontraction. Entièrement rénové en 2024, le Tikehau by Pearl Resorts se caractérise par un luxe tropical sans ostentation.
Parmi les activités proposées, le kayak, la plongée sous-marine, des excursions sur le lagon, complétées par un barbecue sur des îlots sauvages. Et Stéphane Pons ne compte pas s’arrêter là : « Je développe de nouvelles animations. Deux tours en bois local sont en construction, à l’arrière de l’îlot, pour l’observation des étoiles ou pour des dîners privés, ainsi qu’un restaurant de pêcheur, aménagé au milieu de blocs de corail, pour du show cooking. Nous allons aussi ajouter deux bungalows avec piscine privée, un cinéma en plein air, un nouvel espace de réception et un spa. ».
Les quatre perles de Pearl Resorts
« L’authenticité polynésienne », c’est le credo, et même la signature de la collection Pearl Resorts qui, outre le Tikehau dans les Tuamotu, compte trois autres établissements en Polynésie française : le prestigieux Taha’a, son vaisseau amiral, sur l’île de Taha’a (voir l’article page 58) ; le Bora Bora, actuellement l’hôtel le plus en vue sur cette île dont le nom à lui seul fait rêver, et le Nuku Hiva, aux Marquises. Tous sont membres de l’association Relais & Châteaux (depuis juillet 2025, pour le Tikehau). Quatre îles, quatre expériences singulières, mais un dénominateur commun, le respect de l’identité et de la culture locales.
Y aller
Avec Air Tahiti Nui : jusqu’à 7 vols hebdomadaires Paris-CDG/Papeete toute l’année en Boeing 787-9 Dreamliner. Trois classes de voyage : Poerava Business, avec siège inclinable à plat, Mānava Premium, améliorée depuis octobre 2025, et Moana Economy. Lors des formalités de transit à Los Angeles, les passagers ont accès à un comptoir dédié, ce qui évite les files d’attente. Prix : à partir de 1 500 € A/R, comprenant un bagage cabine, un bagage en soute (et un bagage supplémentaire pour équipement sportif), des repas chauds avec boissons, ainsi qu’une trousse de confort. airtahitinui.com En savoir plus sur la Polynésie française : tahititourisme.fr
08 – LE TAHA’A BY PEARL RESORTS
Paradis sur pilotis

et villas de ce Relais & Châteaux. © Pearl Resorts
À faible allure, le bateau longe des îlots magnifiques où la vie semble s’écouler paisiblement. Le tableau est idyllique. Il l’est davantage encore à l’approche du fleuron de la collection Pearl Resorts et premier Relais & Châteaux de Polynésie, installé sur son propre motu, en face de l’île de Taha’a, à 35 minutes de Raiatea. La décoration, dès le lobby, évoque la culture polynésienne, avec des matériaux naturels : bambou, bois exotiques, pierres, coraux, tapa marquisien et cordages de fibre de cocotier. Dans les luxueuses suites sur pilotis, comme dans les villas avec piscine, moult détails soulignent le travail des artisans locaux : gravures de bateaux traditionnels réalisées à la main sur les portes coulissantes, table basse en bois brut, panneaux muraux en fibres tressées. Une immense baie vitrée révèle une terrasse à la vue exceptionnelle. Une échelle privative permet de descendre se baigner dans une eau turquoise et de nager avec les requins à pointe noire – inoffensifs bien sûr !


Le soir venu, le chef Loïc Mercier, supervisé par Jérémy Weiss depuis mars dernier, met à l’honneur le poisson cru et les fruits et légumes : le korori de la ferme perlière de Taha’a, le mautini local, le poisson du lagon, ou encore le citron vert des Marquises. Les papilles sont en éveil et le service, discret, d’une incroyable efficacité. Reste à siroter un cocktail à base de rhum, comme l’incontournable Taha’a, au bar Tiki, au rythme de sonorités envoûtantes. Sous un merveilleux ciel étoilé.
09 – CHEVAL BLANC SEYCHELLES
Sauvagement beau
Autour du croissant poudré de l’Anse Intendance, au sud-ouest de l’île de Mahé, la sixième maison Cheval Blanc s’étale, stylée, des vagues ourlées d’écume explosant sur les roches noires au faîte vert sombre du fouillis végétal.

Une île, la plus grande de l’archipel, avec ses chaos de pierres, sa végétation exubérante. Une nature que l’homme tente mollement de soumettre. La forêt comme la mer demeurent indomptées. L’eau des rivières, non maîtrisée, se jette dans l’océan Indien, le troublant à loisir. L’écosystème fragile mérite qu’on le protège. Cheval Blanc y veille avec l’ONG MCSS, Marine Conservation Society Seychelles.
On devine sur le domaine le jaillissement des blocs de granit arrachés aux entrailles de la terre il y a 750 millions d’années. Ce hamboulement se lit sur les roches du rivage, au hasard des chemins pentus, dans les collines tourmentées. C’est dans cet environnement hallucinant, s’attendrissant de pastel au petit matin, s’enflammant d’orange vif le soir, que Jean-Michel Gathy a dispersé ses 52 villas. Sous l’œil du florentin, héron en langue vernaculaire, cherchant sa pitance dans la vase entre les lotus du marais, l’architecte d’intérieur a bifurqué vers la plage proche pour planter ses premières constructions. Puis il a escaladé la pente sinueuse jusqu’au plus haut sommet embrassant l’infini de l’océan Indien pour poser les ultimes demeures.


Qui préfère le velouté du sable, le roulement de l’océan, élit domicile dans une des 24 Beach Villas. Qui aime l’intimité opte pour une des 28 Jungle Villas dissimulées sous les feuillages. Privilège de l’isolement pour leurs occupants, jouir de leur longue piscine à toute heure. Avec ou sans maillot ! Et se repaître du chant des oiseaux, de la forme des branches et des rocs, de la palette de couleurs. Autant d’éléments qui ont soufflé sa ligne conductrice à l’architecte, l’incitant à privilégier une hauteur sous plafond vertigineuse, du mobilier aux effets striés comme les ombres que dessine la lumière crue et des teintes neutres pour ne pas offusquer le panorama.
La nature ordonne, en maître incontesté, chaque espace, s’impose au spa Guerlain, perché à quelques dizaines de mètres en équilibre au-dessus les flots. Une halte bienvenue, avec ses thérapeutes, dont la moitié d’origine seychelloise, pour gommer la fatigue du voyage, câliner les muscles après quelques brasses contrariées par les déferlantes. À chaque rituel signature, Terre, Océan, Coquillage, Rêve, sa cabine dédiée, son décor en osmose, ses essences, sa gestuelle, sa musique. Comme dans les restaurants, du 1947 gastronomique, au Sula, pieds dans le sable, du White arty au Mizumi, japonais nichant dans une maison créole se reflétant sur le marais, au Vivamento à la carte italienne aussi « waouh » que l’architecture. Cheval Blanc régale… jusqu’aux quelques gourmandises qu’on ne sait refuser du chef pâtissier Samy Loison, chocolat praliné noir qui excite le palais de bonheur, glace vanille aux grains noirs rappelant la minéralité de l’archipel.


Y aller
Avec Émotions de Kuoni : forfait 6 jours/5 nuits en Jungle Hill Villa, petits déjeuners inclus. Vols A/R sur Qatar Airways via Doha, accueil et passages prioritaires à Paris-CDG. Accueil VIP à l’aéroport de Mahé. Prix : à partir de 7 440 €. kuoni.fr/emotions
10 – WHITE SAND VILLAS & SPA
L’âme zanzibarite

Posé sur la plage de Paje, au sud-ouest, là où les kitesurfeurs s’en donnent à cœur joie et où, sur le sable découvert, à quelques centaines de mètres de là, les femmes cultivent les algues bio, ce 5-étoiles raconte Zanzibar, île légendaire de l’océan Indien. Seul Relais & Châteaux de Tanzanie, état dont dépend la petite île, le boutique-hôtel essaime dans son jardin tropical dix-huit villas intimistes, aux dimensions généreuses. En 2026, elles fonctionneront toutes en énergie renouvelable et en autonomie. Une étape importante et une réelle fierté pour les propriétaires des lieux qui placent la protection de l’environnement de cet écosystème insulaire fragile au top de leurs priorités. Tout comme leur équipe s’attache, à travers des expériences sur mesure, à révéler aux hôtes les richesses naturelles zanzibarites, faune, flore, mais aussi culture, traditions et coutumes des habitants. Ici, à l’ombre des baobabs, des manguiers, à l’aplomb des longues vagues turquoise que soulève le vent, le luxe se niche tout autant dans le design où l’artisanat hérité du savoir-faire omanais triomphe – l’île fut longtemps rattachée à cet empire –, que dans les deux cabines perchées du spa, ouvertes sur les jardins paisibles, avec leurs soins à base d’ingrédients locaux, 100 % naturels, que dans les menus où les produits du cru, poissons en tête, tiennent le haut du pavé.


Article paru dans le numéro 143 d’Hôtel & Lodge.



