Élue ville la plus agréable du monde en 2025, la capitale danoise coche toutes les cases du bien-être et du bon vivre. À la fois visionnaire et pragmatique, elle porte de grandes ambitions. Patrimoine, architecture, gastronomie, qualité de vie… la dynamique cité portuaire a su tisser une harmonie entre nature, modernité et identité forte.
Texte Jean-Bernard Carillet
Copenhague s’est émancipée de Stockholm, sa grande rivale de la Baltique, à laquelle on l’a très longtemps comparée. Certes, elle n’exerce pas la même séduction immédiate que la charmante ville suédoise. Avant d’être la capitale prospère et opulente qu’elle est aujourd’hui, København fut l’objet de la convoitise des Allemands, des Suédois, des Anglais et des Prussiens. Les différents conflits, les grands incendies de 1728 et 1795, ainsi que le bombardement anglais de 1807 l’ont laissée exsangue d’un grand nombre d’édifices de style baroque, rococo ou néoclassique. D’où cette impression d’absence d’harmonie architecturale qui lui a longtemps collé à la peau. Qu’importe, libérée des figures de style imposées, Copenhague, l’affranchie, en a fait une force. Depuis quelques décennies, la sirène du Nord est un vaste chantier qui ne cesse de se réinventer. On rénove, on reconstruit, on réhabilite les friches et bâtiments industriels et portuaires avec, comme fil directeur, la durabilité. Récompense ultime pour cette bonne élève : elle a été désignée capitale mondiale de l’architecture par l’Unesco jusqu’en 2026.
Le petit village de pêcheurs de harengs est devenu une destination touristique de premier plan en Europe et une métropole qui attire toujours plus : près de 1 000 habitants supplémentaires chaque mois. Parmi les quartiers vitrines les plus attractifs, Nordhavn, dans la partie nord du port, avec un prix au mètre carré autour de 13 000 euros pour des immeubles résidentiels dernier cri. Les anciens entrepôts ont été transformés en bureaux, showrooms et appartements. Autre quartier qui se distingue par son urbanisme de pointe : Carlsberg City. Ce vaste périmètre autrefois dédié à l’industrie brassicole a changé de visage, sans pour autant renier son identité. Ici, les cheminées d’usine dialoguent harmonieusement avec des immeubles modernes. Une franche réussite, mondialement saluée.

La scène hôtelière n’échappe pas à cette dynamique innovante, avec l’ouverture de nombreux établissements ces dernières années. Il en résulte une vive concurrence qui contribue à maintenir les tarifs dans une fourchette autour de 300 à 400 euros pour une nuit dans un hôtel de standing. La tendance est au quiet luxury, le luxe discret, sans esbroufe, avec une prédilection pour une déco design, plutôt minimaliste et fonctionnelle, mais pointue et soignée. La scène culinaire n’est pas en reste. Copenhague est aujourd’hui une destination résolument foodie, portée par l’audace d’une bordée de chefs avant-gardistes inspirés autant par les produits du terroir local que par ceux de la Baltique. Le résultat ? Une cuisine nordique, savoureuse, millimétrée, qui ne triche pas. Un rêve pour les gourmets en provenance de toute l’Europe. Et puisque Copenhague n’en finit pas de truster les premières places, elle se paie le luxe de supplanter Amsterdam comme capitale mondiale de la petite reine. Tout est conçu pour favoriser les mobilités douces. Grâce à des infrastructures hors pair (maillage de voies cyclables connectées, passerelles dédiées), la grande majorité des habitants se déplacent à vélo, y compris au cœur de l’hiver. Quelle fluidité ! Copenhague, c’est l’art de vivre 2.0.
Park Lane Copenhagen, nouveau scénario
Ouvert début 2025 après d’importants travaux de rénovation, ce Small Luxury Hotels of the World, niché dans un ancien cinéma, a rapidement trouvé sa place dans l’univers concurrentiel des boutique-hôtels.

Le Park Lane bénéficie d’un emplacement privilégié, à Hellerup, dans le quartier le plus cossu de Copenhague, à une quinzaine de minutes de l’hypercentre. Au calme, donc, avec en prime la proximité immédiate d’un grand parc arboré et, à seulement 300 mètres, les rivages de la mer Baltique. Déconnexion assurée dans ce havre de paix, où l’on oublie vite que l’on séjourne dans une métropole. De l’extérieur, l’imposante bâtisse blanche au cachet historique (c’est un ancien cinéma au début du xxe siècle) est plutôt discrète, comme pour mieux se fondre dans le décor.
Avec 61 clés, dont six suites, le Park Lane est à taille humaine, dans l’esprit boutique-hôtel. Son style ? Une élégance intemporelle, avec un mélange de sophistication et de personnalisation. Par rapport à de nombreux autres établissements hôteliers de la capitale danoise, le Park Lane ne surjoue pas la carte du design avant-gardiste, mais assume une trame narrative plutôt classique, que traduit le choix des matériaux : cuir, marbre, bois, parquet à chevrons, cuivre, laiton. Les chambres, équipées de baies vitrées bordées d’épais voilages, sont baignées de lumière. Un soin tout particulier a été apporté à la literie, moelleuse et ultra-confortable, ainsi qu’aux oreillers, dont on peut choisir les caractéristiques dans un menu. Les matières se font enveloppantes. On dort à poings fermés sous une opulente tête de lit rembourrée de tissus aux couleurs de l’automne. Pas d’appliques murales mais des lampes de chevet à l’esthétique recherchée, qui font penser à des champignons avec leur dôme en laiton brossé du plus bel effet. L’armoire de rangement, doublée d’une étagère, de couleur noire, apporte une touche de classicisme. Pas de couleurs vives dans les chambres, donc, ni dans les parties communes, où dominent des teintes terriennes (noirs, crème, bruns, vert d’eau), qui font écho au parc voisin, mais quelques plantes et fleurs viennent chahuter la rigueur apparente du décor en instillant un peu de fantaisie et de douceur. À côté de la réception, surmontée d’un monumental lustre, se déploient le bar et le restaurant 2900 (où exerce un nouveau chef depuis octobre 2025), tous deux éclairés par une lumière diffuse distillée par de jolies appliques murales carrées. Le petit plus : un restaurant étoilé Michelin, le Parsley Salon, au sous-sol.



Petra Hotel, esprit showroom
Inauguré en juin dernier, ce tout jeune hôtel incarne l’essence du design danois, mâtinée d’une touche cool et internationale. Un établissement bien dans son temps.

C’est une vision modernisée des boutique-hôtels que traduit le Petra Hotel. Tout dans l’épure, la subtilité, les nuances. Voici l’heure venue du minimalisme chic, étudié dans les moindres détails. Pas étonnant quand on sait qui est à la manœuvre : le groupe Copenhagen Design Hotels, piloté par Jeppe Mülhausen et son épouse Gitte Beha Smed, en collaboration avec le prestigieux éditeur de mobilier &Tradition. « Je voulais un hôtel avec une âme, inspiré du meilleur du design danois mais avec une approche internationale. &Tradition a relevé le défi avec brio ! », souligne Jeppe Mülhausen, particulièrement fier de son nouveau bébé. L’hôtel s’inscrit dans un paysage urbain atypique, à l’arrière du complexe résidentiel de Dronningegården, pensé par Kay Fisker, l’un des architectes les plus connus du pays, entre 1943 et 1958, témoignage du mouvement appelé le fonctionnalisme danois. De l’extérieur, on devine à peine que cette bâtisse sobre, habillée d’auvents sur les baies vitrées du rez-de-chaussée, cache un hôtel haut de gamme. Avec 40 chambres (dont deux suites) et un personnel aux petits soins, le Petra chouchoute ses clients. « Nos hôtes prennent vite leurs aises dans ce cocon inspiré par le hygge », poursuit Jeppe. Ah, le hygge… Tout un art ! Ce terme danois, intraduisible, désigne une atmosphère cosy, douillette, notamment pendant les longs mois d’hiver.
La déco des chambres joue sur les textures – tissus riches, bois blond, métal brossé, carrelage, moquette – pour restituer cette dimension chaleureuse. La patte &Tradition est partout : délicieux fauteuil rembourré Petra, adorable luminaire P376 de Kastholm & Fabricius, tabouret stylé Verner Panton, joli guéridon Sett de Luca Nichetto en guise de chevet… et que dire du so chic portemanteau trois crochets Capture Hook de Space Copenhagen ? Dans le prolongement de la réception, on s’attable dans la salle du restaurant, éclairée par des suspensions Formakami de Jaime Hayon. Pour atténuer l’effet showroom, Jeppe Mülhausen a accroché des tableaux d’artistes sur les murs des parties communes. Si le Petra est avant tout un hôtel, son restaurant est en passe de devenir une adresse prisée dans le secteur, tant la cuisine, façon bistronomie soignée, dans un esprit locavore, fait l’unanimité. Rien à redire sur l’emplacement, très central, dans une rue calme qui donne sur le plus ancien jardin public de la ville, Kongens Have. Des vélos gracieusement mis à disposition permettent d’accéder rapidement aux principaux centres d’intérêt.


4 hôtels de caractère
La très active scène hôtelière, fortement influencée par le design et nourrie par la réhabilitation d’anciens bâtiments, compte de nombreux établissements atypiques.
01 – HOTEL OTTILIA

Appartenant à la chaîne de boutique-hôtels Brøchner, Ottilia est situé dans le quartier en pleine métamorphose de Carlsberg City, dans les murs de l’ancienne brasserie Carlsberg. Effet waouh garanti à la vue de la façade, sur laquelle sont apposés une soixantaine de grands disques dorés. À l’intérieur, l’esprit industriel du site a été conservé, notamment les silos à grain dans le lobby, les murs en béton brut, les fenêtres circulaires et les poutrelles métalliques, mis en valeur par de superbes jeux d’éclairage. Les 155 chambres se démarquent par leurs volumes généreux. Superbe rooftop avec vue imprenable sur Carlsberg City.
02 – HERMAN K

Il fallait oser ! L’Herman K occupe une ancienne centrale électrique construite en 1963. Le charme brut de l’édifice a été valorisé, à commencer par la façade extérieure, de couleur sombre, garnie d’une grille de lames de métal horizontales. À l’intérieur, le lobby, dépouillé et sobre, surmonté d’un lustre réalisé en 3D, impressionne avec sa douzaine de mètres de hauteur sous plafond et les deux énormes portes en acier, d’origine. Dans les 31 chambres, les lits sont sertis dans une coque, façon classes Affaires des avions. Les salles de bains sont en marbre.
03 – KANALHUSET

Plus qu’un hôtel, le Kanalhuset, avec ses 12 chambres et 14 appartements, se veut un lieu de vie. Au bord d’un canal, Christianshavn, il est installé dans un bâtiment de caractère, datant de 1754. La bâtisse est pleine de coins et de recoins, comme une immense demeure de famille. La décoration honore le design danois des années 1930 à 1970, avec des objets et des meubles chinés. Le véritable marqueur du Kanalhuset, c’est son atmosphère, chaleureuse et conviviale, que suscitent les dîners communautaires autour d’une même grande tablée. Tout est fait pour favoriser les échanges dans les espaces communs.
04 – MANON LES SUITES

Membre de Guldsmeden, groupe hôtelier de référence à Copenhague, cet établissement de 87 clés tranche avec le style scandinave habituel, souvent épuré, parfois froid. Ici, le propriétaire, architecte, a insufflé une touche de fantaisie et d’extravagance assumée, à l’image du bar lounge, ultra-coloré, ainsi que de la superbe piscine et de l’impressionnant patio végétalisé au deuxième étage. Toutes les chambres sont agrémentées de tableaux d’artistes et d’objets vintage. Une oasis étonnante en plein cœur de la ville. Restaurant en rooftop.
4 adresses pour s’imprégner du style copenhaguois
Il existe mille et une façons de s’immerger dans le Copenhague des Copenhaguois. Parmi elles, le bien-être, la culture et la gastronomie.
01 – ARK

La haute gastronomie vegan, c’est possible. Ark, fondé par un entrepreneur australien et un chef britannique, bardé d’une étoile verte Michelin, propose une cuisine d’exception entièrement basée sur le végétal et les champignons. Dans une ambiance cosy et raffinée, on découvre des saveurs, des textures, des parfums et des compositions inédites, véritables petits chefs-d’œuvre esthétiques et gustatifs, d’une longueur en bouche incroyable. Légumes et champignons sont marinés avant d’être rôtis ou grillés, avec des influences nippones. Quelle heureuse surprise !
02 – PARSLEY SALON

Auréolé d’une récente étoile Michelin, qui vient récompenser un travail acharné et un talent incontestable, Allan Schultz concocte une cuisine nordique, précise et inspirée, à base de produits de la mer et du terroir, notamment des baies et des plantes qu’il va lui-même cueillir. La langoustine pochée aux algues ? Succulente. Coup de cœur pour le lieu, au sous-sol de l’hôtel Park Lane, dans une petite salle sans fenêtre mais chaleureuse et accueillante, avec vue sur la cuisine ouverte et la brigade en action.
03 – MUSÉE ORDRUPGAARD

Accessible en une vingtaine de minutes à vélo, l’Ordrupgaard est un enchantement pour les amateurs d’art. Caché dans un grand parc, ce musée à l’écart des circuits de visite habituels se démarque par la richesse et la qualité de son fond, principalement des peintures impressionnistes et post-impressionnistes issues de la collection fondée en 1918 par Vilhelm Hansen, homme d’affaires richissime et amateur d’art éclairé. En plus d’œuvres phares de l’âge d’or danois, on y croise des Matisse, Degas, Corot, Monet, Cézanne, Gauguin, Courbet… Le musée comporte une aile tout en courbe de verre et de béton, signée Zaha Hadid.
04 – COPENHOT

C’est bien connu, les Scandinaves pratiquent l’art de la relaxation comme personne. Dans un cadre inhabituel, au milieu des infrastructures portuaires, le spa en plein air de Copenhot rassemble des grandes cuves en bois remplies d’eau de mer chauffée par un feu de bois. Le principe : barboter en alternance dans les bains chauds, les bains froids (16 °C) et les cabines de saunas, en profitant de la vue sur le port et la ville, idéalement au crépuscule. Une expérience insolite et revigorante, dans l’esprit hygge, le bien-être à la danoise. Il est possible de privatiser la séance pour un maximum d’intimité.
La ville des gens heureux
Natifs ou d’adoption, ils évoquent toujours Copenhague avec passion et se sentent privilégiés d’habiter dans une capitale plébiscitée pour sa qualité de vie.
JOSEPHINE JESPERSEN
Directrice générale du Park Lane Copenhagen

Copenhaguoise de naissance ou d’adoption ?
D’adoption ! Je suis originaire de la campagne, de la région de Seeland, le cœur de la Scandinavie. Après une carrière en Amérique centrale, je suis revenue au Danemark et me suis installée à Copenhague. Ce fut un coup de cœur immédiat.
Qu’appréciez-vous à Copenhague ?
C’est une métropole en pleine effervescence mais à visage humain. Je croise fréquemment des gens que je connais en centre-ville. C’est une ville sûre, dans laquelle il fait bon vivre, circuler et… manger. La scène culinaire est extraordinaire ! Mes adresses préférées : Levi, qui mixe des influences italiennes et nippones, et le marché aux poissons.
Et l’hiver, à Copenhague ?
C’est la meilleure époque pour vivre le hygge. Il fait froid à l’extérieur mais chaud dans nos cœurs. Nous aimons cette atmosphère douillette, vivante, chaleureuse, festive. Les rues sont décorées, les vitrines sont opulentes et il y a des illuminations partout.
NIKOLINE DYRUP CARLSEN
Architecte, cofondatrice de l’agence Spacon

« Impossible de suivre le rythme à Copenhague, tout va si vite, dans tous les domaines : architecture, restauration, culture, design… J’aime cet esprit créatif qui innerve la capitale, et la douceur de vivre qui y règne. Je suis née et j’ai grandi ici, et je ne cesse d’être surprise. Je vis à Kartoffelrækkerne, un quartier composé d’anciennes maisons ouvrières accolées les unes aux autres. C’est une vie de village. Quand j’ai besoin de me détendre et de m’évader, je vais à Refshaleøen, un ancien site portuaire réhabilité, très agréable, où je profite des saunas flottants. Une expérience typiquement copenhaguoise ! J’aime aussi beaucoup flâner dans Nørrebro, le quartier étudiant, alternatif et bohème, riche en adresses gourmandes. Ma préférée : la boulangerie-pâtisserie Hart. Et bien sûr, comme toute Copenhaguoise qui se respecte, je ne me déplace qu’à vélo. »
PETER BUR ANDERSEN
Directeur de l’agence d’architecture BRIQ

« J’ai longtemps vécu à l’étranger, et je n’ai pas trouvé d’équivalent à la qualité de vie de Copenhague. Ici tout est confortable, relié, connecté, à petite échelle. Rien n’est massif ni monumental, ce qui crée une certaine poésie urbaine, tout en nuances. Dans cette ville règne un vrai sentiment d’appartenance, il y a un tissu social et communautaire très riche, à mille lieues de l’individualisme qui caractérise la plupart des métropoles. Je ne circule qu’à pied ou à vélo, même en hiver. Pour stimuler mon inspiration, je fais un tour au Jacobsens Have, un petit parc public dans le quartier Carlsberg, ou à l’Assistens Kirkegård, un cimetière où l’on peut pique-niquer. Pour boire un verre avec des amis, je privilégie Nordvest, un coin un peu oublié de la capitale, un quartier resté dans son jus, avec plein de pépites cachées, de friperies et de cafés indépendants. »
Pour en savoir plus : visitcopenhagen.fr – visitdenmark.fr
Article paru dans le numéro 143 d’Hôtel & Lodge.



