À la croisée des fuseaux horaires et des territoires horlogers, Manon Colombies, directrice générale de Festina Group, pilote l’entreprise espagnole comme on trace une carte : avec précision, intuition et ambition. Portrait d’une cheffe d’orchestre.
Texte Aymeric Mantoux / Photos DR
Passionnée, discrète mais tenace, Manon Colombies, directrice générale de Festina Group – chapeautant l’horlogerie Festina, Lotus, Jaguar, Candino, Calypso, Kronaby, L.Leroy et Perrelet – seconde le propriétaire du groupe depuis 1984, Miguel Rodríguez : « Il a bâti un empire avec une idée simple : rendre l’horlogerie accessible sans rien céder sur la qualité. C’est aussi ma mission », affirme la juriste de formation, passée par la mode enfantine chez Zannier.
Arrivée à 25 ans à Barcelone, siège de Festina, cette grande voyageuse a rapidement démontré son sens du terrain. En 2009, elle ouvrait quelque 240 points de vente espagnols. Aujourd’hui à la tête d’un groupe qui pèse plusieurs centaines de millions d’euros de chiffre d’affaires et emploie plusieurs milliers de collaborateurs selon les sources, elle a fait de Festina plus qu’un simple distributeur : un groupe intégré capable de produire ses propres mouvements en Suisse, grâce à l’acquisition, en 2008, de Soprod, et d’assurer une production connectée via Kronaby, utilisant la technologie made in Malmö (Suède). Son ambition ? Ajouter une corde au quatuor horaire de Festina : la souveraineté industrielle, l’excellence (du quartz à l’automatique), puis la technologie connectée, sans oublier l’engagement sociétal – avec ReWatch, programme de récupération et recyclage de montres. Sa posture est celle d’un artisan-conseil autant que celle d’une meneuse stratégique : pour elle, « une montre n’est pas seulement un accessoire fonctionnel, c’est un symbole de style, un élément qui reflète la personnalité de celui ou celle qui la porte ».
Cette directrice, modèle rare dans un univers encore largement masculin, ne s’en tient pas à l’image. Elle s’engage dans une vision durable, en sponsorisant la protection des océans avec son label Lotus, et en faisant du recyclage un vecteur de responsabilité industrielle. Son credo ? Conserver une fabrication maîtrisée, mise en valeur par la distribution robotisée depuis Barcelone (10 000 colis par jour, 2 millions de montres en stock).
Mais pour Manon Colombies, diriger, c’est aussi raconter. Raconter un territoire, un ADN, une histoire – celle d’une marque qui fêtait en 2022 ses 120 ans, d’origine suisse, établie à Barcelone pendant la Seconde Guerre mondiale, devenue multimarque. À l’heure où la montre se connecte, elle fait vivre les gestes ancestraux suisses (valeur ajoutée Swiss Made, mouvements ETA/Ronda, manufacture dans la vallée de Joux, test d’étanchéité à 100 m) tout en séduisant la génération numérique. Elle gère l’écosystème équilibré : de l’entrée de gamme à la haute horlogerie (Perrelet, L.Leroy), de l’analogique au « connected », touchant chaque secteur d’âge et de style. Manon Colombies porte Festina sur les rails d’un luxe démocratique maîtrisé.
Festina Field, modèle emblématique

La collection Field incarne la robustesse et la lisibilité militaire, dans une version contemporaine. Boîtier acier 316L, bracelet nylon type NATO, chiffres surdimensionnés et mouvements à quartz précis : tout y est pensé pour l’action, sans sacrifier le style. Une montre conçue pour le quotidien comme pour les terrains plus exigeants,
à l’image de la marque qu’elle représente.
Article paru dans le numéro 142 d’Hôtel & Lodge.



