À Morteau, il n’y a pas que la saucisse qui fleure bon le terroir : Pequignet, joyau horloger fondé en 1973, revient sur le devant de la scène. Grâce à un nouveau souffle entrepreneurial et à une passion intacte pour l’horlogerie française, la maison repousse les aiguilles du destin.
Texte Aymeric Mantoux
On connaît Morteau pour sa saucisse fumée, moins pour ses calibres de précision. Et pourtant, nichée dans le Haut-Doubs, au cœur d’un territoire où l’on réglait le temps avant même d’avoir l’heure, Pequignet incarne ce miracle rare : celui d’une maison horlogère française qui a failli disparaître… et qui renaît. Tout commence en 1973. Tandis que la crise du quartz écrase l’horlogerie européenne, Émile Pequignet, Franc-Comtois de sang et d’âme, parie sur le style. À contretemps de ses pairs, il habille les poignets féminins de montres bijoux, les premières à arborer diamants sur acier. Précurseur jusqu’à proposer des bracelets interchangeables avec sa fameuse Caméléone.
En pleine débâcle industrielle, Pequignet prospère. Jusqu’à sa retraite en 2004, où il laisse une marque florissante et 11 millions d’euros de chiffre d’affaires. Mais la reprise s’annonce difficile. Le marché change, les modes aussi. Son successeur échoue à transformer l’essai. En 2012, ultime sursaut : la maison dévoile le Calibre Royal®, un mouvement automatique intégralement conçu et fabriqué en France. Un acte de résistance autant qu’un manifeste horloger. Mais le coût de l’indépendance fragilise la PME.


En 2017, quatre salariés reprennent la maison au bord du gouffre. C’est là qu’entre en scène Hugues Souparis, via son fonds familial Enowe. Objectif : faire de Pequignet une vitrine du savoir-faire français. Plateforme de marque, gamme, mouvement – tout est repensé. Une signature s’impose : « Artiste ingénieur ». Et les chiffres suivent : + 40 % de croissance, un retour à la rentabilité, plus de 3 000 montres produites cette année selon les prévisions. Derrière les baies vitrées des ateliers, une quinzaine d’horlogers polissent, assemblent, ajustent. Le tout avec une obsession : reconquérir l’international, séduire les femmes et ne plus être un simple motoriste. La Concorde Titane, dernier modèle lancé, s’inscrit dans cette ambition. Emblème d’un renouveau où design, maîtrise technique et fierté tricolore battent à l’unisson. « Je suis rassuré, confie aujourd’hui Émile Pequignet. Ils n’ont pas seulement sauvé mon nom. Ils lui donnent une nouvelle vie. »

Carnet d’adresses
Le Pré Oudot
Émile Pequignet et son épouse Laurence tiennent cette maison d’hôtes en pleine nature, dans le Haut-Doubs, à la frontière suisse. Un endroit magique. On est au paradis. Vraiment. Au choix, trois chambres dans une ferme traditionnelle du xviie siècle et deux suites sous le toit du manège équestre.
Bistrot des Claquets
À Arbois, l’adresse secrète pour déjeuner du chef étoilé de Substance à Paris, Matthias Marc, Franc-Comtois et partenaire de Pequignet. Une ode au terroir, sublimé par son approche contemporaine. C’est la cantine des viticulteurs. Carte des vins incroyable.
Domaine Valentin Morel – Les Pieds sur Terre
Un domaine viticole familial à Poligny, capitale du comté. Ses vignes (AOC Côtes du Jura) sont travaillées en agriculture biologique et biodynamique. Ses meilleurs vins sont à la carte de Substance de Matthias Marc.
Article paru dans le numéro 142 d’Hôtel & Lodge.



