Esprit boudoir

Nuances poudrées, parfum envoûtant sans être entêtant, velours pané et soie brodée, globe d’opale et lampes de cristal, graciles orchidées et roses joufflues, le Narcisse Blanc vogue à contre-courant des modes hôtelières. Inspirant, reposant, un enchantement.

C’était un jeudi de novembre grimaçant à souhait. Avec le vent retournant comme une crêpe le parapluie laissant la pluie traversière gifler le visage. Un jeudi où Paris suffoquait victime d’embouteillages tonitruants. Un de ces jeudis où l’on se promet de quitter cet enfer urbain pour hiberner sous les Tropiques, loin du froid et des tracas du monde. Et puis, conscience professionnelle oblige, on court sur le pont des Invalides, frigorifiée, pour franchir misérable comme un chien mouillé le seuil en demi-cercles du Narcisse Blanc. Mission : tester ce nouveau cinq étoiles de la rive gauche. Remettant à plus tard ses rêves d’ailleurs meilleurs, on détaille, on observe, on sort son stylo, lovée dans le salon pastel jouxtant le Cléo, restaurant de poche de vingt couverts où officie avec talent, Zachary Gaviller, jeune chef venu de Montréal. Puis, accompagnée du réceptionniste, on grimpe les étages non sans avoir caressé la boule en verre très sensuelle. Miracle, la pression tombe au même rythme que l’ascenseur s’élève. Destination porte 501, suite Aurore. Impression de pénétrer dans un appartement haussmannien au corridor traversant, sinuant d’ouest en est. Côté ouest, il dessert la chambre ouvrant plein cadre sur la Tour Eiffel, qui à dix-huit heures sonnant entre en effervescence. On a beau se repaître souvent de ce spectacle scintillant, on ne s’en lasse pas. Scotchée derrière la vitre comme un Papou découvrant la ville jusqu’à ce que les lumières se calment, laissant le loisir de palper la soie grège aux broderies pointillistes des double rideaux, d’admirer la poignée de narcisses ton sur ton, peinte en fond de lit, et les fauteuils rosissant enveloppants, invitation à la paresse. Assurément les designers Laurent & Laurence, alliés aux décorateurs Thierry Martin et Thibaut Fron, ont travaillé en bonne intelligence, interprétant la même gamme, celle du luxe discret, voluptueux, inspiré par la belle et rebelle Cléo de Merod, muse du photographe Nadar et du musicien Reynaldo Hahn qui l’appelait son « joli petit narcisse ». Mais, la vraie surprise se dévoile côté est de la suite Aurore, la bien nommée, dans la salle de bains de marbre noir prolongée par une terrasse. Lorsqu’au petit matin, le soleil pointe son nez au de-là des Lilas, peu à peu Paris sort de l’ombre projetant ses monuments symboliques jusque dans la baignoire. Le Sacré-Cœur, le Grand Palais, le pont Alexandre III mais aussi les Tuileries avec sa roue gigantesque aussi illuminée que la Tour Eiffel semblent concentrés dans un mouchoir de poche que survolent en bandes amoureuses les pigeons. Une vue magistrale que l’on quitte presqu’à regret pour, boostée par ce ciel fanfaronnant où la lumière orangée le dispute aux nuages, nager avec vigueur dans la grande piscine du spa Carita, en sous-sol… Pas prête cependant à cette heure matinale à dérouiller ses muscles sur les machines de la petite salle de fitness. On préfère sacrifier aux gourmandises du petit-déjeuner, dont un saumon fumé maison d’une tendresse exceptionnelle, tout en s’extasiant sur la décoration florale de Julian qui tient boutique juste à côté. Une évidence, le Narcisse Blanc mérite plus qu’un passage éclair. C’est dit, on y entre en hibernation jusqu’au printemps afin de jouir sur la terrasse de « sa » salle de bains de la tiédeur de l’air retrouvée et commencer sa journée avec Paris à ses pieds.

 

Le Narcisse Blanc

19 Bd de la Tour Maubourg Paris 7

+33140 60 44 32

30 chambres, à partir de 285 €

www.lenarcisseblanc.com

Texte : Anne-Marie Cattelain-Le Dû – Photos : D.R