Royal, forcément !

10 Services

10 Confort

8 Caractère

6 Environnement

8 Intimité

10

8.7

Demeure du Vicomte Lanesborough, à la fin du XVIIIe siècle, hôpital militaire pendant les deux guerres mondiales, puis hôtel de luxe, Lanesborough rouvre sous pavillon Oetker.

Pour fuir Londres, le dernier Vicomte Lanesborough bâtit à la fin du XVIIIe siècle sa maison de campagne dans les faubourgs de la capitale, là où les chevaux s’ébrouaient dans les grasses prairies avant de galoper cravachés par de fières amazones. Et là où le roi George III venait d’acquérir sa résidence privée, Buckingham House. Agrandie, Buckingham est désormais la résidence officielle de la reine au point, pour des raisons de sécurité, de contraindre le Lanesborough à n’ouvrir ses fenêtres qu’après autorisation des services de sa majestés Elisabeth II.

Quant aux chevaux, ils trottinent désormais dans les seules allées équestres d’Hyde Park dont les frondaisons se devinent du palace. Si, sur le fronton du bâtiment subsiste gravé “Saint George Hospital”, vocable cher aux Londoniens, le seuil franchi, salué par deux chasseurs en frac et chapeau melon, rose à la boutonnière, aucun doute ne subsiste. L’établissement a bel et bien changé de vocation.

Le luxe se reflète dans le marbre du lobby, brave l’allure des ancêtres encadrés. Alberto Pino qui, pendant deux ans, juste avant son décès, a orchestré la rénovation de l’hôtel n’a rien négligé, ni les soies, ni les dorures, ni les meubles en bois exotique, ni les bibelots japonisants et indiens. À sa mort, sa soeur Linda a repris le flambeau exécuté ses plans, menant le chantier à son terme. Le résultat est saisissant. Tout est à l’identique mais flambant neuf sous une lumière un peu crue demandant a être adoucie, notamment dans les parties communes.

Mais c’est assurément du bel art, du grand art, correspondant au style du quartier, du bâtiment et à l’attente d’une clientèle, d’un bâtiment et à l’attente d’une clientèle internationale appréciant le charme en un rien guindé des demeures british et une table française de haute volée. Sous la verrière, façon orangerie, et les plafonds peints du Céleste, le seul restaurant, officie une brigade formée par Eric Frechon, chef triplement étoilé du Bristol à Paris. Le jeune Florian Favario aux commandes, maîtrise parfaitement sa partition. Sa carte courte, équilibrée entre viandes et poissons, légumes et sauces légères, ses cuissons justes et ses mets devraient lui valoir des étoiles. Quant à Nicolas Rouzand, le chef pâtissier, du petit déjeuner à l’afternoon tea, il oblige les adeptes du régime sans sucre à baisser les armes, sa silhouette affûtée témoignant en faveur de ses gâteries.

Même plaisir partagé et gourmand au bar, où cohabitent dans une ambiance un rien débridée , des bandes de filles appréciant le Bellini du barman français, des tablées d’hommes d’affaires levant et relevant leur chope, des amoureux discrets savourant quelques bulles, nichés dans les alcôves conçues à leur intention. Un condensé de la bonne société anglaise qui aime prendre ses marques dans les pubs d’hôtels avant de regagner son domicile. Astucieusement situé à l’entrée du lobby, le bar ne perturbe en rien la quiétude des grands salons et moins encore celles des chambres en étages. Seul le majordome, disponible 24h/24h, franchit la lourde porte insonorisée des suites ouvrant sur un univers feutré, version gentilhommière.

Lit à baldaquin, rideaux fleuris, champagne Taittinger rafraîchi, produits de courtoisie Roja, symbole extrême de raffinement et marque de luxe la plus vendue chez Harrods, projettent les hôtes dans un autre monde, un autre siècle. Sans les écrans de télévisions cachés dans des meubles bibliothèque et des miroirs, la wifi galopante et comble de technicité, les clés électroniques ouvrant sans contact, les chambres à distance, on s’imaginerait héroïne à la Jan Austen, guettant les pas pressés de son amoureux, revenant de quelques chevauchées dans Hyde Park et traquant sa belle à travers le dédale de la suite Royale, des sept chambres et salles de bains aux salons et au dining room.

Hyde Park Corner, London SW1X 7TA, Royaume-Uni

+44 20 7259 5599

Réserver

Texte : Anne Marie Cattelain-Le-Dû – Photos : D.R