Le Felicien, Paris

Défilé haute-couture au Félicien grâce au groupe Elegancia qui lui a donné carte blanche pour projeter son univers fantastique, Olivier Lapidus signe son premier hôtel, le Félicien. En six étages imaginés comme six thèmes d’un défilé de mode. Unique.

TEXTE ANNE-MARIE CATTELAIN-LE DÛ / PHOTOS SHOKY VAN DER HORST POUR KAPTIVE

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TABLEAUX ABSTRAITS

Au mur des tissus précieux

EFFERVESCENCE AU FÉLICIEN, à l’angle de deux rues tranquilles du XVIè arrondissement, près de la Maison de la Radio. Le « buzz » fonctionne à fond autour du patronyme de Lapidus. Dans le lobby, une équipe shoote une série de mode pour le magazine américain V de Karl Lagerfeld. Une bande de blogueuses étrangères dévalent excitées les marches menant à la piscine et au spa. Olivier Lapidus n’a cure de cette agitation. Elle lui rappelle les back-stages au moment des collections devenues Fashion Weeks. Assis comme un gamin, entre deux étages sur la moquette piedde- poule qu’il a dessinée et fait réaliser chez Ulster Carpet, il caresse la rampe en cuir rouge troué, « comme le volant de la Lamborghini de mon père ». Son père, Ted Lapidus, aujourd’hui disparu, avec lequel il fut longtemps brouillé, qu’il évoque avec nostalgie.

Tout comme sa maman, actrice et mannequin, dont un portrait par Jean-Henri Lartigue orne le bar. « Clins d’oeil à mon enfance. » Même si la cinquantaine a joliment argenté ses tempes, Olivier garde intact ses amitiés, ses enthousiasmes et ses utopies d’adolescent. « Ici, au gré du lobby et des six étages, depuis le Black Floor où domine cuir et toile enduite « noir colorée », jusqu’au Sky Floor, blanc, gris, bleu ciel, souligné de touches noires tel un trait d’eye-liner, je raconte mes 20 ans de mode mais aussi de voyages, de rencontres avec des artisans, des artistes, des ingénieurs. Je résume mon parcours de la couture au design. » Tradition et technologie Pour donner naissance à son premier hôtel, Olivier a puisé dans ses notes, s’est adressé à ses amis comme Hippolyte Romain, peintre-écrivain. Il a retrouvé des soies peintes à la main pour ses robes couture qu’il a apposées sur les murs de certaines suites.

Et agrémenté des panneaux et des rideaux mais aussi ses baignoires de fibres optiques grâce à des procédés développés en 1999 avec Cédric Brochier, protégés par des brevets déposés. Et surtout il a repris crayons, gouaches, palette graphique pour dessiner fauteuils, bureaux, lits, baignoires, tables, etc. Puis chercher les matériaux les plus à même de se plier à sa volonté. « J’ai ainsi privilégié le Krion, résine mise au point par la société espagnole Porcelanosa. Un matériau qui ne pardonne aucune erreur car tout se voit mais offre une grande liberté, frais sans être glacé, satiné comme une robe du soir. Il prend et reflète facilement la lumière grâce à des jeux de leds. J’aime à dire qu’il est comme la trilogie d’Henry Miller, « Sexus, Plexus, Nexus ».

Un écrin de briques blanchies

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Olivier Lapidus a voulu pour Le Félicien, situé dans un immeuble datant de 1930, et hôtel depuis 1931, à l’angle de la rue Félicien David et de la rue des Pâtures, dans le XVIè arrondissement, une façade renouvelée, bien identifiable, tout en lui gardant son allure caractéristique des années 30. « J’ai d’abord aimé le nom choisi, « Félicien », premier prénom du compositeur de musique classique du XIXè siècle David, avec sa racine latine « Félix » signifiant heureux. J’ai voulu pour lui le meilleur, le plus chic. J’ai fait blanchir les briques, étudié avec méticulosité l’éclairage pour souligner le côté majestueux du bâtiment qui, avec ses structures en T, évoque la proue d’un bateau. J’ai aussi voulu bien délimiter son territoire en reprenant les codes couleurs des parties communes. Ainsi j’ai opté pour l’anthracite dans le bas de l’immeuble, le blanc pour la structure supérieure et le « rouge Félicien » pour le garde-corps qui ceint les terrasses comme une petite couronne surplombant l’immeuble. Je lui ai donné une véritable identité et une signalétique. On le voit dès que l’on s’engage rue des Pâtures.