Follement parisien

Préouvert en catimini fin juillet, l’hôtel National des Arts & Métiers, nom peu glamour pour un lieu qui l’est, a, dès la rentrée, attiré la faune des modeux et des happy few dans ce quartier proche de Beaubourg jusqu’alors en déshérence hôtelière. On applaudit.

Investir un quartier peu sexy mais en devenir, telle est la politique des entrepreneurs hardis qui se lancent dans l’hôtellerie. Ils évitent ainsi de se heurter de plein fouet à une concurrence agressive et marquent plus facilement des points. Après avoir ouvert, avec succès, il y a deux ans, le Bachaumont, quatre étoiles décontracté dans le deuxième arrondissement, le Clé Group, monté par Samy Marciano, propriétaire de la Maison Rodier, récidive. Cette fois, il place la barre un peu plus haute avec une capacité plus grande, 66 chambres et un concept plus élaboré. Pour implanter le deuxième membre de sa collection parisienne, le groupe a jeté son dévolu sur le troisième arrondissement, côté Arts et Métiers.

Un quartier bâtard avec son Centre Pompidou, ses grossistes tous azimuts, ses rues étroites sinisées, ses immeubles de guingois, parfois lépreux. Le vieux Paris, un rien maltraité, mais qui recèle des pépites tels ces deux immeubles haussmanniens réunis avec brio pour former l’enseigne hôtelière. Afin de réhabiliter et transformer autour de jolies cours ces bâtiments historiques, le designer israélien Raphaël Navot a travaillé en relation étroite avec Daniel Vaniche, architecte ingénieur de l’agence DVVD, spécialisée dans ce style d’opération complexe. Il s’est aussi attaché les compétences d’experts en développement durable et des meilleurs artisans français, ébénistes, marbriers, tisseurs, poseurs d’enduits naturels, etc. Le résultat est à la mesure des moyens développés, saisissant et convaincant.

Pour découvrir les sept étages, boudant l’ascenseur, on emprunte le superbe escalier qui grimpe jusqu’au rooftop. On le dévalera plus tard jusqu’au rez-de-chaussée. Surprise, lorsqu’on débouche au faîte sur une terrasse tout en longueur jouant les bars. Ses immenses balconnières ensemencées d’herbes folles par la talentueuse et jeune paysagiste franco-américaine, Kali Fermes, donnent un côté champêtre, très fashion, à l’ensemble très linéaire. Derrière les hautes graminées et fleurs à tiges géantes que balance le vent, se profilent Montmartre, le centre Pompidou, les clochers et les dômes émergeant des toits de zinc que grillent les rayons de septembre. On se dispute les places sur les gros coussins blancs pour savourer un drink, attendant que le soleil décline là-bas à l’opposé de Montmartre.

Puis, les images de cartes postales plein la vue, on gagne, au même étage, l’Atelier. Une chambre peu commune, sous les toits, romantique en diable, qui peut à la demande être connectée avec le studio la jouxtant, formant une suite parentale. Plus bas, le penthouse affiche avec fierté ses 100 mètres carrés que prolonge un balcon. On se laisse conter que Francis Ford Coppola y posa récemment ses valises, admirant de sa terrasse les placettes et les églises alentour et l’énorme chat graffité sur le mur adjacent qui semble espionner celles et ceux se hasardant sur le balcon. On imiterait bien le producteur passant quelques jours au National. Le temps d’apprécier les cocktails délirants d’Oscar Quagliarini, la cuisine italienne du Ristorante ou les tapas de La Cicchetteria. A l’heure du thé, on coloniserait la verrière végétalisée avec poésie par Kali Fermes, pour dévorer en croquant une madeleine, le dernier roman de Paul Henry Bizon, La Louve, ayant en partie pour cadre ce quartier. Et le soir, on se mêlerait à la faune nomade qui se baptise influenceuse pour collecter les derniers potins mondains, les derniers buzzs avant qu’ils ne filtrent sur les réseaux sociaux. Ainsi en est-il aujourd’hui de la vie parisienne migrant d’un quartier à un autre au gré des ouvertures, au gré des caprices et des tendances.

 

Hôtel National
243 Rue Saint-Martin
75003 Paris

Tel : 01 80 97 22 80

www.hotelnational.paris

 

Texte : Anne-Marie Cattelain-Le Dû – Photos : D.R

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