La croisière sourit : The Strand – Birmanie

10 Services

10 Confort

8 Caractère

10 Environnement

8 Intimité

1

7.8

Au moment où le Strand, l’hôtel mythique plus que centenaire de Yangoon, s’offre un lifting, ses propriétaires lancent sur l’Irrawaddy son clone aquatique. So smart ! Hotel & Lodge était à bord pour sa première croisière. Exclusif. 

Alignés au bas de la coupée, l’ensemble de l’équipage, capitaine et directeur de la croisière en tête, accueille un à un les passagers du Strand, Ecossais, Hongkongais, Canadiens… et une Française. Ancré à Bagan, ville aux mille pagodes, en contrebas d’un hameau de huttes en palmes, le bateau flambant neuf ne perturbe en rien la vie des villageois. Ils se baignent, lavent leur linge et mènent paître leurs buffles comme si de rien n’était, étendant même leur lessive sur les amarres. Preuve que le tourisme balbutiant ne les perturbe pas encore. La passerelle, lancée entre le navire de luxe et la berge, tangue un brin sous les pas. Jusqu’à ce que des mains secourables assurent la progression des plus hésitants. Les sourires remplacent les mots, car si les plus gradés parlent anglais voire français, les autres ne maîtrisent que leur langue. Mais, les Birmans, en majorité bouddhistes du petit véhicule, contraints sous le joug militaire et privés de contacts, s’appliquent à oublier ce long tunnel sombre. Du charmant garçon de piscine à la thérapeute, du matelot à la serveuse, aucun ne se départ de sa sérénité, de sa bonne humeur, multipliant les attentions envers ces étrangers venus découvrir la vie du fleuve et les trésors architecturaux eux aussi censurés.

Fauteuils profonds, meubles coloniaux, teck, marbre, cotonnade épaisse, les cabines déclinent les mêmes codes raffinés que les suites ancestrales du Strand Hotel. Tel l’a voulu Christophe Vielle, PDG du groupe GCP Hospitality, propriétaire. Dans les coursives filant d’un pont à l’autre, de grandes photos en noir et blanc content les gens de la rivière à coté d’une carte dessinée à la main par Bilou, traçant le parcours du bateau. Bilou ! Un phénomène, un personnage comme on n’en rencontre qu’en voyage. Français, expatrié depuis des lustres en Asie, coiffé d’un éternel feutre rond noir, il a d’abord exercé la seule fonction de magicien et ressort volontiers ses cartes le soir au Sarkies à l’apéritif, épatant tout un chacun. Mais, ses airs de clown tout en rondeurs dissimulent un érudit féru d’histoire des religions et d’architecture. C’est lui qui orchestre les excursions sur-mesure. Du marché de jade, à la rue du marbre où des gamins sous la férule d’un contremaître taillent dans la pierre blanche des bouddhas, du vol de montgolfière au lever du soleil, jusqu’au char flanqué d’un cheval famélique menant à la cité royale d’Ava sur la rive orientale du fleuve, accessible depuis peu. Ava, devenue Innwa, un choc émotionnel, esthétique dans la sérénité de la campagne. Ici, les Dieux de pierre que le soleil couchant maquille d’ocre dissimulent leur sourire bienveillant dans la flore envahissante. Quelques gamins chahutent entre les ruines des palais et des pagodes, ornées de sculptures d’une finesse incroyable, tandis qu’un paysan aidé de sa paire de bœufs laboure son champ. Monde oublié, non connecté encore, qu’on quitte à regret, grimpant à nouveau dans la frêle carriole dont les roues en bois n’amorcent aucune bosse.

Regagnant le bord, on se précipite dans la grande piscine sur le pont supérieur pour regarder le soleil aux éclats métalliques plonger dans le fleuve. Puis on confie aux mains expertes de Pyone Kay Chine, l’une des deux thérapeutes du spa, le soin de remettre d’équerre les muscles éprouvés par cette escapade. Parée après un cocktail d’anthologie dont Thibault, le barman rennais a le secret, à descendre la passerelle. Dans la nuit étoilée, sur un banc de sable coincé entre deux bras de l’Irrawaddy, Marc et Navil, les directeurs de croisière, attendent leurs hôtes pour partager un dîner gastronomique concocté par le chef thaï. Ainsi vogue The Strand Cruise… quatre jours durant jusqu’à Mandalay, ultime royaume de la dynastie Konbaung. Entre plaisirs épicuriens et escales sacrées !

www.thestrandcruise.com

Retrouvez l’intégralité de l’article dans le numéro 92 d’Hotel & Lodge ici 

Texte : Anne-Marie Cattelain-Le Dû – Photos : D.R